« Les conditions ne sont pas remplies pour permettre une réouverture de la médiathèque. » Depuis plusieurs semaines, ce message en rouge s’affiche inlassablement sur le site de la mairie de Paris concernant la médiathèque de la Canopée.
Fermé depuis le 19 décembre dernier pour « suspicion de punaises de lit », l’établissement du Ier arrondissement reste clos, sans date de réouverture en vue. Mais derrière ce problème sanitaire se cache une crise sociale bien plus profonde.
Succession d’infestations
Lundi 12 janvier, le syndicat SUPAP-FSU a publié un communiqué de presse dénonçant les « graves difficultés » subies par les bibliothécaires. Depuis ce lundi après-midi, plusieurs agents exercent leur droit de retrait, refusant l’ouverture au public réclamée par leur hiérarchie. Le syndicat a déclenché une alerte pour « Danger Grave et Imminent », entraînant une co-enquête avec l’administration.
Les problèmes sanitaires ne datent pas d’hier. Dans une lettre ouverte adressée le 10 décembre à l’ensemble du réseau des bibliothèques de la Ville de Paris rappelait que depuis 2023, l’établissement subit des infestations récurrentes de punaises de lit et de poux de corps, ayant entraîné « plusieurs fermetures ».
La Ville de Paris relativise. Elle indique qu’en novembre dernier, le SMASH a constaté « la présence d’une punaise vivante isolée ne présentant aucun risque d’infestation ». « Plusieurs mesures de précautions » ont été prises : passage d’un chien détecteur, désinfection générale et lavage de la moquette effectué lundi 12 janvier.
Agressions quotidiennes et climat de violence
Mais c’est surtout le climat de violence qui mine l’équipe. En octobre 2025, dix-sept incidents de niveau 2 ou plus ont été recensés sur vingt-cinq jours d’ouverture, dont deux agressions caractérisées sur agents et des menaces de mort. Les bibliothécaires rapportent des insultes à caractère raciste, sexiste et validiste. « Va te faire enculer salope, tu es mal baisée », « Si tu me fais chier je te défonce la gueule », ou encore « Vous êtes une merde » et « Je vais vous torturer » : autant de propos recensés dans les fiches d’incidents.
Avec 16 000 visiteurs par mois en moyenne, pouvant atteindre 20 900, la médiathèque de la Canopée figure parmi les plus fréquentées du réseau parisien. « Pourtant, l’équipe ne compte que 23 agents, contre 41 à Hélène Berr et 49 à Marguerite Duras. Actuellement, seuls 13 équivalents temps plein sont présents, soit « moins 30 à 40 % de l’effectif cible », dénonce le syndicat.
L’établissement ouvre 41 heures par semaine, soit plus que la plupart des bibliothèques du réseau, mais ne dispose que de 1 050 m2 et 35 places assises. Les agents réclament entre autres « l’instauration de la NBI » (Nouvelle Bonification Indiciaire), « la présence d’un vigile » et « une réduction drastique de l’amplitude horaire ».
Des mesures annoncées par la Ville
La Ville de Paris assure que « la sécurité de ses agents » est « la priorité ». Plusieurs mesures ont été annoncées : des horaires d’ouverture aménagés (14h-18h du mardi au vendredi au lieu de 12h-19h), « l’arrivée d’un agent de sécurité présent tous les jours aux horaires d’ouverture » pour un coût de 35 000 euros, et « l’arrivée de 4 nouveaux agents prévue le 1er février ».
Mais pour le syndicat, ces annonces ne suffisent pas. La semaine dernière, alors que la présence de punaises était confirmée et pas encore traitée, le Service des bibliothèques et de la lecture (SBL) aurait exigé la réouverture, selon le syndicat. Après intervention des représentants du personnel, l’administration a reculé.
Mais quelques heures après une réunion avec l’équipe lundi dernier, « le chef du SBL adresse un mail à l’établissement demandant la réouverture immédiate », dénonce le SUPAP-FSU, qui pointe « l’absence totale d’empathie ». L’équipe évoque des « arrêts maladie », des « consultations en urgence de la médecine du travail », des « départs » et une « non-attractivité des fiches de poste ».
Réouverture repoussée à début février
Compte tenu de la procédure de danger grave et imminent déclenchée par le syndicat, une « enquête conjointe administration/syndicat » doit commencer « au plus tôt afin d’objectiver la situation », indique la Ville. « Dans ce contexte, il est probable que la bibliothèque demeure fermée au moins jusqu’au début de février », précise-t-elle.
Le 18 décembre 2025, le SUPAP-FSU avait déposé un préavis de grève pour toute l’année 2026, comme ce fut le cas en 2025 et affirme dans son dernier communiqué être « prêts à appeler à la grève ».