De par des choix toujours pragmatiques, travaillés et rétro compatibles, les suspensions Formula ont notre attention. Or, vous avez pu apercevoir un set composé de la toute nouvelle Formula Selva V et du Formula Nebbia sur le Meta V5 d’essai FullAttack. C’est donc le moment de vous en dire plus sur ce qui se cache à l’intérieur, et sur ce que ça donne sur le terrain, en action…

Jusqu’ici

Formula, marque européenne historique, est une référence dans le monde du VTT, et s’implique depuis quelque temps maintenant, dans le domaine des suspensions. Depuis un certain temps même, on suit son évolution avec une attention particulière chez FullAttack, pour plusieurs raisons. D’abord, sa démarche pionnière en matière de rétro compatibilité,dans un contexte où habituellement, le marketing ne se soucie guère de ringardiser des produits qui remplissent encore honorablement leurs fonctions. Mais aussi des choix techniques audacieux et pour lesquels le travail des ingénieurs en développement transpire toujours dans les solutions retenues. On n’a jamais prétendu que Formula soit la solution ultime, ni la marque la plus hype, mais elle a su se forger une identité singulière et respectable, notamment grâce à des produits finalement plutôt accessibles et bien pensés.

Rappelons-nous les réducteurs de volume souples Neopos lorsque les tokens sont devenus à la mode, les cartouches à clapets interchangeables CTS qui permettent ce qu’aucune autre fourche concurrente permet aussi facilement en matière d’ajustement hydraulique presque à la volée, Un piston pneumatique monté sur rotule bien avant que la concurrence n’explore des solutions équivalentes pour réduire les frictions, ou encore du châssis à plongeurs de 35 mm, un choix volontairement généreux en matière de complaisance… Même sans disposer des moyens colossaux qui permettent de perturber constamment le marché, Formula a su imposer sa vision, sans verser dans la tentation de la disruption. La dernière fois qu’on a évoqué la marque, c’était à l’occasion de la sortie de la fourche Formula Selva JB et de l’amortisseur Nebbia. Des produits qui ont marqué une étape importante dans l’offre de la marque. Mais avec la Selva V, Formula semble franchir un nouveau cap, encore. En touchant à des éléments fondamentaux de la suspension, comme le châssis et le ressort pneumatique négatif – tout en restant rétro compatible ! – la Formula Selva V ose bousculer certains acquis et explorer une fois de plus des solutions différentes de la concurrence.

Les deux grosses nouveautés…

On l’aura donc compris, la Formula Selva V introduit deux nouveautés rétro compatibles au catalogue Formula : un nouveau châssis, et un nouveau ressort pneumatique. Les deux points capitaux sur lesquels on se penche en détail…

Nouveau châssis

Au premier coup d’œil, c’est immanquablement les fourreaux/les jambages/le casting de la Formula Selva V qui sautent aux yeux. La forme un peu plus angulaire de l’arceau, la matière répartie différemment autour des joints spy, la patte de roue un peu plus massive et généreuse que par le passé sur son flanc intérieur… On sent à ces premiers mots que l’intention porte sur quelque chose de plus rigide. Certes, mais pas n’importe comment. Pas à l’aveugle. Pas dans tous les sens. 

L’axe de travail de ce nouveau jambage, consiste à ce que ça se traduise par de la précision directionnelle – quand on tourne le guidon – sans pour autant faire perdre dans les autres dimensions – comprenons par là que la fourche ne devienne pas une barre à mine par ailleurs… Tout ça, en conservant, certes, les plongeurs en 35mm qui ont fait sa réputation, mais en espaçant davantage les bagues de guidage, là aussi pour jouer sur la rigidité, mais aussi la qualité de guidage – axe de travail auquel la concurrence s’est attelée ces derniers temps également. 

Nouveau ressort pneumatique

Jusqu’ici, le travail sur les ressorts des différentes versions de la Formula Selva a fait l’objet de bien des tentatives de la part de Formula. Ressort positif à air et négatif à ressort, full coil, ressorts positifs et négatifs pneumatiques avec chacun leur valve d’ajustement… Tous ont jusqu’ici eu en commun ce à quoi le nouveau ressort pneumatique reste fidèle : l’absence de rainure permettant l’égalisation entre chambre positive et négative, dans la face intérieure du plongeur. Sauf que cette fois-ci, le nouveau ressort pneumatique de la Formula Selva V parvient tout de même à ce que l’égalisation se fasse automatiquement entre les chambres positive et négative, au repos…

Comment ça ? L’animation ci-dessus nous en dit plus ! L’opération se fait via la valve que composent la pièce anodisée violette et la tige du piston. Cette dernière est creuse, en communication avec la chambre positive (au-dessus du piston) et percée (sous le piston) là où loge la pièce violette. Quand la fourche est dans son débattement, l’orifice et naturellement bouché par la pièce violette, maintenue en place par son ressort de rappel. Mais quand la fourche est au repos/détendue, le tampon de détente (en noir) vient pousser la pièce violette contre le piston, et libérer par là même les orifices qui permettent aux deux chambres de communiquer et s’égaliser. Une solution somme toute élégante pour éviter d’entailler les parois des plongeurs et garder des fourches pleinement compatibles avec toutes les solutions exploitées par la marque.

Mais ce nouveau ressort pneumatique ne s’arrête pas là. Son piston principal aussi, vaut le coup d’œil. Jusqu’ici monté sur rotule pour offrir un degré de liberté favorable à la sensibilité de l’ensemble, le nouveau piston qu’exploite la Formula Selva V se place cette fois-ci sur un support – (joint) élastique. L’intention est la même, la réalisation différence, et la vue de coupe de l’animation vu précédemment peut expliquer les raisons d’encombrement que cette solution peut permettre de solutionner.

Les autres détails à ne pas rater…

Outre ces deux points primordiaux pour saisir les intentions de la Formula Selva V, quelques détails méritent aussi d’être évoqués. Pourquoi ? Parce qu’ils placent la Formula Selva V sur l’échiquier du moment. Celui dicté par la concurrence et le reste de l’industrie qui n’est pas trop du genre à se contraindre avec certains standards. En matière de fourche, ça implique par exemple que celles offrant 150/160/170mm de débattement et les cadres en faisant usage, ne se sont pas privé de prendre quelques millimètres de plus ces dernières années. Si bien qu’à hauteur équivalente, les précédentes Formula Selva étaient plus généreuses en débattement, mais moins en rigidité par exemple. Dis autrement : à débattement équivalent, les précédentes Selva sont facilement 10mm plus courtes que la concurrence. À course identique, la nouvelle Formula Selva V est 8mm plus longue que les Formula Selva R, S, C, JB & Cie – et s’aligne donc sur le reste du marché. 

Dans la même veine, les Selva précédentes ont longtemps été proposées avec un jambage capable de couvrir les versions de 120 à 170mm de débattement. Et donc pour monter les diamètres de disques qui vont avec. La patte de fixation Postmount était donc jusqu’ici faite pour monter un étrier directement positionné pour fonctionner avec un disque en 160mm. Utile, certes, sur les plus petits vélos, mais pour ceux, plus musclés, auxquels se destine la Selva V proposée en 160/170 et 180mm, l’étrier PM7 pour disque en 180mm sans adaptateur s’impose. Dans ce contexte, on accepte en tout cas sans trop sourciller les 100g tout juste que la Formula Selva V prend par rapport à ses devancières. Ça reste logique et contenu, d’autant que c’est maintenant à l’aune de ce que ça donne sur le terrain que ça mérite surtout d’être jugé…

Premières impressions : la précision directionnelle

Dès les premiers tours de roue, le changement apporté par le nouveau châssis de la Formula Selva V saute aux yeux, ou plutôt aux mains. Si, sur le papier, tout ça ne semble pas être des évolutions spectaculaires, en pratique, la différence est palpable, et immédiatement quand on compare back-to-back avec la Silva JB. Sur des portions techniques où la direction doit être vive et précise, comme dans des enchaînements de virages serrés ou sur des sections scabreuses qui demande de serpenter en guise de meilleure option, la Selva V réagit de manière plus directe et précise. Ce n’est d’ailleurs pas juste une question de rigidité supplémentaire, mais plutôt de réactivité et de contrôle dans chaque mouvement du guidon. Les trajectoires, même les plus subtiles, y gagnent le zeste de précision et de vivacité pour passer un step. Ce gain est d’autant plus appréciable qu’il se traduit aussi quand il faut charger le train avant. Sans délai, ni dérive, la roue avant prend sa trajectoire et s’y tient davantage qu’avec la Selva JB et consœurs qui peuvent s’en écarter un peu plus. 

Pour autant, je ne suis pas en train de vendre la lune. À aucun moment j’en viendrais à laisser sous entendre qu’on est sur une concurrence à la ZEB ou à la FOX 38. Non, simplement la Selva V me paraît se placer en concurrence de ce qu’une Lyrik peut proposer par exemple. Pour parler d’une autre concurrence, le terrain me fait souvent penser que Formula et BOS peuvent être concurrents ou du moins, se rejoindre par moments. Le fait de compter sur un châssis complaisant fait justement partie des raisons qui m’y poussent. Et souvenons-nous que cet été, à l’essai de la BOS Deville 35 Grabber,j’appelais justement à ce que la fourche fonctionnant si fort, qu’elle mériterait d’avoir un châssis plus directionnellement réactif. La Formula Selva V versus ses devancières, participe à ce raisonnement. Si parmi nous, certains semblent avoir fait le tour des précédentes Sevla en se disant « ok, ça marche mais j’aimerais quand même un peu plus de précision dans la direction, sans perdre cette complaisance » le nouveau jambage de la Selva V mérite le coup d’œil…

L’ADN Formula ?!

Je l’ai glissé en introduction, et vous l’avez certainement remarqué sur les images qui illustrent cet article, c’est bien un set de suspension complet Formula – Selva V et Nebbia – qui retient mon attention ces derniers temps. C’est donc l’occasion pour moi de vous glisser ce que je perçois et retiens de l’ADN des suspensions Formula. En premier lieu, toujours, cette sensibilité très concurrentielle, qui a d’ailleurs fait partie des atouts de la marque avant que la concurrence ne fasse, finalement, que s’aligner, chacun à sa manière. Là-dessus vient s’ajouter ce que la linéarité des ressorts utilisés apporte toujours : cette capacité à gérer un second impact sans brutalité, même si la fourche n’a pas pu reprendre tout son débattement. C’est tellement évident dans les enchaînements rocheux comme celui qui illustre cet article !

Ensuite, le tempérament Formula repose forcément sur ce que l’hydraulique apporte. En l’occurrence, les clapets CTS comportent deux familles qui sont toujours à l’ordre du jour. Les clapets de la série Traction – Rouge/bleu/bronze – qui ont en commun de maximiser la sensibilité à basse vitesse avant de charger sur les hautes vitesses. Les clapets de la série Support – violet, or, orange, vert et titane – qui chargent davantage les basses vitesses avant d’être plus ouverts sur les hautes vitesses. Tout ça ne change pas avec la Selva V. Le choix est toujours au rendez-vous. Ça mérite simplement, à mon sens, de gagner sur deux aspects pour faire mieux que se démarquer de la concurrence. 

Le Nebbia, et la suite…

En premier lieu, faire en sorte de moins monter en raideur quand on ajoute de la compression. On sait que la concurrence, BOS et FOX en tête, sait proposer du maintien sans que ça tape de trop dans les mains. Qui plus est à mi-plage, les fameuses vitesses moyennes. Celle-là même où on pourrait souhaiter que Formula apporte un peu plus de contrôle et d’amortissement pour être au top du top. Pour l’heure, il y a cette phase, entre basses vitesses et hautes vitesses clairement déterminées avec les clapets CTS, où les suspensions Formula débattent bien, beaucoup, mais mériterait d’offrir un peu plus de support et d’amortissement pour garder le cap, le rythme et l’assiette du vélo. 

Ce que je dis là vaut pour la Selva comme pour le Nebbia, même si dans les faits, l’amortisseur est plus facile à cerner…Dans le sens où ses clapets CTS sont au nombre restreint de 3 et qu’il s’agit simplement de choisir celui qui convient le mieux au vélo sur lequel il est monté, plutôt que d’être dans l’embarras du choix que la large gamme de clapets pour la fourche peut causer. Mis à part ça, le Formula Nebbia s’avère fonctionner comme il se présente visuellement : proche d’un Fox Float X auquel le profil de son air can fait immanquablement penser. 

Quoi qu’il en soit, au sujet de l’hydraulique à moyenne vitesse ; C’est justement ce à quoi la marque pourrait s’atteller. Est-ce que ça peut passer par un nouveau clapet CTS à la gamme, ou bien est-ce que ça exigerait une nouvelle cartouche qui conserve le concept mais en fait évoluer les caractéristiques ? L’avenir nous le dira peut-être. Mais connaissant l’attachement de la marque au concept de rétro compatibilité, il y a fort à parier que quoi qu’il arrive, les prochaines évolutions pourraient une fois de plus prendre place dans le nouveau châssis dont il est question ici. En attendant, j’espère avoir donné de bons repères pour que chacun puisse se situer versus ses besoins, et sans attendre les prochaines mises à jour… S‘il le faut, on poursuit en commentaires 😉