Financé par l’État britannique, Pathways est un jeu éducatif destiné à prévenir l’extrémisme chez les 11-18 ans dans plusieurs établissements scolaires de la ville d’Hull et d’autres villes du Yorkshire de l’Est.
Derrière une interface colorée et un scénario banal, un jeu vidéo éducatif britannique financé par l’État propose une mécanique singulière : mesurer la radicalité idéologique des adolescents de 11-18 ans à partir de ses opinions, notamment sur l’immigration. Il est utilisé dans plusieurs établissements scolaires de la ville d’Hull – qui, en 2024 avait été le théâtre de manifestations autour d’un hôtel accueillant des demandeurs d’asile, dans un climat social particulièrement tendu – et d’autres villes du Yorkshire de l’Est. Pathways s’inscrit dans le cadre d’un programme antiterroriste du ministère britannique de l’Intérieur chargé de lutter contre l’extrémisme, affiche le gouvernement britannique.
Le joueur incarne Charlie, un adolescent blanc, garçon ou fille, récemment entré à l’université. Le jeu se déroule sous la forme d’une succession de situations de la vie courante, essentiellement sur les réseaux sociaux, raconte The Telegraph . Le joueur est donc tour à tour propulsé de l’université à des forums en ligne, mais aussi dans des manifestations. À chaque étape, plusieurs actions sont proposées. Certaines apparaissent en vert — les choix à privilégier afin d’être catégorisé comme «sûr» —, d’autres en rouge, signalant un risque idéologique. En arrière-plan, un indicateur mesure le degré de « radicalité » du comportement du personnage et ainsi de l’élève derrière l’écran.
« Messages idéologiques violents »
Après la vidéo initiale de présentation, Charlie est confronté à plusieurs situations notamment à l’université : il se sent dépassé par un camarade noir, plus performant académiquement. Le jeu invite alors le joueur à choisir entre accepter cette difficulté ou en attribuer la cause à l’immigration et à des emplois prétendument « volés ». Le choix n’est pas anodin : il influe directement sur le score idéologique du personnage.
«Quelqu’un dans la classe a raconté à Charlie qu’il avait des preuves que les migrants venant au Royaume-Uni volait le travail des britanniques»
Capture d’écran
La navigation se poursuit. Charlie tombe sur une autre vidéo, affirmant que des hommes musulmans bénéficieraient de logements d’urgence à la place de vétérans britanniques sans domicile. Là encore, plusieurs options s’offrent au joueur : faire défiler le contenu, interagir avec la publication ou chercher à en savoir plus.
C’est à ce stade que Pathways révèle pleinement sa logique, le fait de s’engager avec le contenu est montré comme une étape problématique, bien qu’il ne s’agisse parfois que de s’informer. Lorsque le joueur choisit d’approfondir le sujet, Charlie est montré submergé de statistiques, d’articles, de contenus liés aux manifestations et à la théorie du « grand remplacement » des populations blanches. On peut ainsi lire « que des hommes musulmans volent les places des anciens combattants britanniques dans des logements d’urgence » et que « le gouvernement trahit les Britanniques blancs et nous devons reprendre le contrôle de notre pays ». Le jeu précise alors que le personnage commence à absorber des « messages idéologiques violents », certains provenant de groupes qualifiés d’illégaux.
« Charlie remarque que la manifestation semble plus à propos de racisme et anti-immigration que des valeurs britanniques et des veterans»
Capture d’écran
Peu après, Charlie est sollicité pour rejoindre un groupe fictif baptisé Action for Britain. L’invitation peut être ignorée, mais si le joueur poursuit, une nouvelle étape s’ouvre : la participation à une manifestation dénonçant « les changements qu’a connus la Grande-Bretagne ces dernières années » et « l’érosion des valeurs britanniques ». En cas de participation, le jeu explique que la manifestation relève davantage du racisme et de l’hostilité à l’immigration que de la défense des valeurs nationales. Le personnage échappe de peu à une arrestation.
« S’attaquer à tout risque de discours d’extrême droite »
À la fin du parcours, Pathways affiche un écran de synthèse : « Bravo, vous avez accompli tous les scénarios ». Commence alors l’examen des conséquences. Si Charlie a effectué des choix jugés modérément problématiques, l’élève est signalé par un enseignant au programme d’état Prevent, qui vise à endiguer la radicalisation, avance The Telegraph. Il bénéficie d’un accompagnement sous forme de conseils et d’ateliers destinés à lui apprendre à « exprimer correctement ses opinions politiques. » Enfin, si tous les choix signalés en rouge ont été effectués, il est orienté vers un dispositif britannique lié à la prévention du terrorisme, avec l’attribution d’un mentor spécialisé, poursuit le journal britannique.
D’après le conseil municipal de la ville de Hull cité par The Telegraph, le jeu a été conçu pour « lutter contre tous les récits d’extrême droite » c’est‑à‑dire pour s’attaquer aux risques de récits liés à l’extrême droite dans ces collectivités confrontées à des tensions autour de l’hébergement de migrants.
« Il a été décidé que Charlie etait à risque de radicalisation au vu de ses réponses »
Capture d’écran
Le projet a été financé par le Preventing Radicalisation Fund, un fonds du ministère britannique de l’Intérieur. Interrogé par le quotidien britannique, un porte‑parole du ministère de l’Intérieur a défendu le dispositif, soulignant que « Le programme Prevent a détourné près de 6000 personnes des idéologies violentes, a permis de stopper les terroristes et de préserver la sécurité de notre pays » et que les projets financés visent à « cibler les risques locaux de radicalisation ».
Linda Tock, conseillère en charge des enfants, des jeunes, des familles et de l’apprentissage de la ville de Hull, insiste sur l’importance de préparer les jeunes à identifier les dangers sur internet. « Il est essentiel d’équiper les enfants et les jeunes des connaissances et compétences nécessaires pour identifier les risques en ligne. Comprendre l’extrémisme et son apparence est extrêmement important », explique-t-elle sur le site du gouvernement. Les conseils locaux du Yorkshire de l’Est et de Hull n’avaient pas répondu aux sollicitations du Telegraph au moment de la publication.