« Je suis épuisée, je viens au boulot avec la peur de faire une erreur. » Face à la dégradation alarmante des conditions de soins aux urgences liée à un afflux massif de patients, Karen, infirmière aux urgences du CHU de Rennes, et une trentaine de ses collègues infirmiers et aides-soignants, a débrayé pendant dix minutes et fait un sit-in devant l’entrée du service, ce mercredi 14 janvier 2026.
« Entre le 13 décembre 2025 et le 13 janvier 2026, on a eu en moyenne 220 à 230 passages par jour, alors que le service est dimensionné pour accueillir 150 patients, explique Olivier, infirmier depuis une quinzaine d’années aux urgences du CHU de Rennes. Et lundi, on a eu un pic à 280. On n’a jamais vu ça. »
« Des doubles rangées de brancards dans les couloirs »
En cause : un pic épidémique de maladies hivernales, notamment la grippe, conjugué à la grève des médecins libéraux. Lundi, les syndicats avaient déjà tiré la sonnette d’alarme et dénoncé le décès de deux patients installés sur des brancards durant la nuit du dimanche 11 au lundi 12 janvier « par manque de surveillance », estimaient-ils. Une version démentie par la direction du CHU, qui réfute tout lien avec la situation de tension au sein du service.
« Au moins un de ces patients est arrivé en soins palliatifs, mais ce que l’on regrette, ce sont les conditions dans lesquelles il est décédé, sur un brancard dans un box des urgences au milieu de 30 patients, dénonce Olivier. Les urgences aujourd’hui, ce sont des doubles rangées de brancards dans les couloirs et des patients qui y passent des nuits. On n’est parfois dans l’incapacité de répondre à leurs besoins ».
« On joue avec notre diplôme tous les jours »
Tous dénoncent un état d’épuisement et de stress. « On joue avec notre diplôme tous les jours, estime un autre infirmier. 280 patients par jour, cela fait environ 20 par heure. L’infirmier d’accueil, qui doit estimer le délai dans lequel le patient doit être pris en charge par le médecin, a donc trois minutes pour évaluer chaque patient. C’est de l’abattage. La prise en charge ne peut qu’être mauvaise et certains collègues arrivent avec la boule au ventre, avec la peur de faire une erreur ».
Face à cette crise, la direction du CHU de Rennes a, ce mercredi matin, décidé de mettre en place la régulation 24 h/24 des urgences. Jusqu’au 21 janvier, l’accès aux urgences adultes du CHU est conditionné à un appel préalable au 15. D’autre part, dans le cadre du plan blanc déclenché le 6 janvier, quelques renforts en personnel ont été dépêchés et 30 lits supplémentaires ont été ouverts. « Ils sont déjà pleins, répondent les soignants. On reconnaît les efforts de la direction, mais cela reste insuffisant et on ne sait pas combien de temps ces mesures vont durer. La première demande, ce sont des lits d’aval (qui permettent d’accueillir les patients des urgences devant être hospitalisés) car aujourd’hui, on craque de partout aux urgences. »