« La dernière fois qu’on vous a parlé, c’était après l’élimination contre Fnatic à Madrid, aux portes des Worlds 2025. Comment l’avez-vous digérée ?
Caliste « Caliste » Henry-Hennebert : La pilule est passée assez vite en vérité. La saison dernière a complètement déraillé, il y avait toujours de l’espoir mais ce n’était pas une surprise qu’on perde contre Fnatic. Aujourd’hui ça va très bien, il y a un vent d’air frais, une nouvelle dynamique, je suis content, j’ai envie de travailler. C’est un peu le jour et la nuit comparé à la fin de saison dernière. On est sur une dynamique similaire au Winter 2025, je pense même qu’elle est encore meilleure en termes d’ambiance, d’envie, d’implication…

Je voulais partir sur de nouvelles, de bonnes bases, pas sur un chemin avec des fissures et des traumatismes, des mauvaises habitudes. Il fallait enlever ce qui était mauvais et ne garder que le bon. Ce n’était pas une saison horrible non plus : on fait titre, puis trois et quatre, je pense faire une bonne entrée en LEC, je crois avoir bien répondu à mes propres attentes et à celles qui m’entouraient… Après, on apprend plus des moments difficiles. Et j’ai appris. En tant qu’humain, que joueur, split après split j’ai pris des choses pour la suite. Pour moi, la différence entre le Winter et le Summer est énorme, qu’on parle de niveau ou de mentalité.

À Madrid, vous aviez évoqué le fait de vous impliquer dans les décisions du mercato à venir. Est-ce que ça a été à la hauteur de ce que vous attendiez ?
J’ai principalement eu le choix sur le support. Sur les autres postes, j’ai demandé quelles étaient nos options, quels étaient nos plans… Je n’ai pas été en contact avec Reapered (Han-gyu Bok, le nouveau coach de la KCorp) avant que les discussions soient à un stade avancé mais j’ai demandé les débriefs avec tous les coaches pour me faire une idée des profils, pour pouvoir donner mon avis. Ce n’était pas à moi de faire l’effectif, évidemment, j’ai juste dit que je voulais participer aux décisions (sourire). J’ai eu l’implication que je voulais, et de toute façon il ne faut pas que ce soit plus.

Comment jugez-vous l’équipe, alors ?
Franchement, en termes d’environnement, c’est tout ce que tu as envie d’avoir. Tout le monde est très posé, on rigole énormément. Mais quand il faut y aller, on y va. Nous sommes déjà très proches et très focus, on réfléchit beaucoup sur le jeu. Notre point de départ c’était : « Nous sommes tous nuls. » Pas d’ego, on peut toujours faire mieux. Nous savons que nous sommes une bonne équipe, mais il faut rester humble, respecter tout le monde. Au niveau des profils, on a un petit clown qui ne fait que hurler sur la midlane (Ye-hoo « kyeahoo » Kang), Canna (Chang-dong Kim, toplaner) se montre plus, on sent qu’il veut plus rigoler, plus jouer, Yike (Martin Sundelin, jungler) revit un peu… Et le coaching staff aide beaucoup, il y a beaucoup de connaissances, plus d’expérience.

La question désormais c’est comment est-ce qu’on maintient cet état d’esprit, pour éviter une trajectoire similaire à celle de la saison dernière ? Vous avez déjà essayé de répondre à cette question entre vous ou vous laissez les choses se faire ?
C’est un peu un mix des deux. On en a parlé avant même de revenir à Berlin, il y a plus d’un mois, avec Reapered… Nous essayons d’être en prévention de ce qui ne va pas, de ce qui peut ne pas aller. S’il y a un truc qui se passe mal, on va se dire : « Ok ça c’est red flag, je ne veux plus le voir. » Ensuite, nous essayons de faire des choses en groupe, des activités, on sort tous les matins, on marche, on mange, on joue, on rigole ensemble. On fait ce qu’il faut pour la cohésion.

On a encore peu parlé de Busio (Alan Cwalina, support), votre « jumeau » physiquement et désormais duo sur la botlane : comment ça se passe avec lui ?
Ça a matché directement. Dès le premier appel, pendant le mercato, j’ai compris que c’était quelqu’un avec qui ça allait coller sur tous les plans. C’est un super humain, il est très humble, très intelligent, mais aussi très bon mécaniquement… C’est super important pour un support de nos jours, parce que la « nouvelle vague », les bons joueurs à ce poste sont très forts individuellement, ils créent des différences. Il partage aussi beaucoup ses idées, il est dédié à LoL, il a vraiment envie de gagner, il a fait savoir à tout le monde qu’on pouvait aller le voir si on avait quelque chose à dire… Dans le jeu on clique bien, je pense qu’il n’y a pas une seule botlane qui nous fait peur alors qu’on a encore beaucoup à apprendre.

Qu’est-ce qui change par rapport à Targamas ?
Targa, c’est un support top 4 à son poste en LEC. Donc à partir du moment où on change, on prend un risque, parce qu’il n’y a pas beaucoup de joueurs qui sont vraiment plus forts. Mais je pense que Busio sera le meilleur support de la ligue. De loin. Il va faire la différence avec les autres sur le skill individuel (la maîtrise des champions, notamment), son agressivité, sa « présence » : il prend beaucoup d’espace en laning phase, il n’a pas peur d’aller loin, de prendre des risques… Targa n’avait pas peur non plus, honnêtement il n’y a pas énormément de différences, c’est une question de microdétails, mais en faveur de Busio.

Le staff a complètement changé lui aussi, comment ça se passe de ce côté-là ?
Je n’ai jamais eu un aussi bon coaching staff que celui-ci, c’est certain. Je ne dis pas ça pour dénigrer les précédents, pas du tout, ce sont des gens que j’apprécie beaucoup, qui ont toujours tout donné, qui sont de bons coaches. Mais je crois qu’on a désormais les meilleurs disponibles. Reapered a énormément d’expérience et ça se voit. Il nous laisse beaucoup de liberté, mais pas trop non plus. Il a posé un cadre qu’on sait respecter. Il a aussi de très bonnes idées sur le jeu, comment nous guider, nous donner des lignes directives, ce qu’on doit faire ou pas… Mais surtout il sait analyser nos faiblesses et c’est très important. Zeph (Quentin Viguié, coach adjoint), ça fait des années qu’on le connaît en Europe et à son poste, sur les drafts notamment, c’est le meilleur. Il excelle à nous faire dire ce dont on a envie pour nous mettre dans les meilleures conditions. Pour l’instant tout se passe bien, je suis très content de ce qu’ils sont et ce qu’ils font.

Zeph, justement, disait dans une interview qu’il vous considère comme le meilleur adc de la ligue : où vous situez-vous par rapport à cette affirmation et surtout sur quoi vous êtes-vous dit qu’il fallait travailler pour assumer ou atteindre ce statut ?
Je pense que je suis d’accord avec lui. C’est quelque chose que je ressens intérieurement mais que je ne vais pas me répéter ou crier sur tous les toits parce que ça ne sert à rien. Avoir trop d’ego, la grosse tête, c’est mauvais. Mais c’est aussi ce que je disais il y a deux ans et demi  : je me suis lancé parce que je sais que j’ai un talent, que j’ai envie de le travailler, et ça paiera un jour. Il faut garder la tête sur les épaules, savoir dans quelle direction aller.

Alors sur quoi je dois bosser ? Tout. Je peux encore tout peaufiner, améliorer. Cette année mon objectif c’est d’être tranchant individuellement pour creuser l’écart entre moi et les autres, mais surtout entre notre botlane et les autres. Je veux aussi gagner en constance sur l’ensemble de la saison. L’an passé, je voulais faire partie des trois meilleurs adc’s européens, je pense que j’ai réussi. En 2026 je veux être le n°1 incontesté. Comme Hans sama (Steven Liv, adc de G2) a pu l’être pendant six ou sept ans. Maintenant, c’est à mon tour. Mais il est loin d’être fini donc il va falloir se battre (sourire).

La nouvelle saison a amené pas mal de modifications sur la carte : pour vous, qu’est-ce que ça change ?
En solo queue c’est le bordel, donc c’est cool (rires). En compétitif, ça devrait être assez lent au début parce que tu n’as plus l’Atakhan, donc il y aura moins de throws à la con. Et puis les débuts de saison sont toujours un peu étranges parce qu’il faut bien lire la meta, les champions… Les gens se regardent un peu. Mais moi j’adore le changement, parce que ça te force à t’adapter et c’est l’une des qualités les plus importantes à avoir en tant que joueur de League of Legends. Sinon, il y a pas mal de champions scaling ou agressifs qui semblent meta, ça peut être très bon pour moi. Il y a aussi du changement sur comment jouer la lane, comment jouer bot, mais je ne rentrerai pas dans les détails (sourire). La tempo est différente, les wards, les priorités sont différentes…

Vous avez hâte de tester tout cela en match officiel ?
Ah ouais, j’ai hâte de jouer, de remonter sur scène… On a déjà fait un test, j’ai ressenti les sensations de l’année dernière c’était vraiment cool. J’adore jouer « on stage ». Je ne sais pas comment l’expliquer mais ça me fait me surpasser. Maintenant, j’ai envie d’y être mais je n’ai pas envie de sauter les jours qui nous séparent du moment. J’ai envie de profiter de chacun d’entre eux avec l’équipe, de jouer, de discuter, de progresser… J’ai hâte d’y être, mais un pas après l’autre.

Ça commence par un duel avec l’académie du club, la Karmine Corp Blue : il va falloir leur rappeler la hiérarchie ? On ne vous demande pas si vous êtes Red (l’un des surnoms de l’équipe première) ou Blue dans ce débat qui anime les fans par contre…
Je jouerais un peu contre mon camp en disant « Blue » (sourire). En vrai c’est peut-être la première semaine la plus gentille pour la KC en LEC. On n’a pas G2, Fnatic et KOI pour commencer. C’est bien de débuter avec deux équipes d’ERL et KOI, qui est une bonne équipe mais qui ne me fait pas peur. Maintenant, je pense qu’il faut quand même faire attention à KCB. Los Ratones c’est un peu « whatever », mais l’académie peut être meilleure que certaines équipes de LEC. J’ai hâte de voir comment ils vont se comporter.

Dernière chose : votre contrat court jusqu’à la fin de cette saison, est-ce qu’on peut attendre de vous un renouvellement prochain ? On a l’impression que votre lien avec la Karmine et les fans est puissant, mais aussi que vos progrès, vos ambitions, sont liés. Mais vous voyez peut-être les choses différemment…
Les choses n’ont pas changé : mon but premier sera toujours de gagner. Si je me suis lancé dans l’esport, c’est pour ça. Et je ne veux pas prendre de décisions que je pourrais regretter plus tard dans ma carrière. Donc la priorité sera toujours d’avoir le meilleur environnement pour gagner. Mais à côté, je l’ai toujours dit, y compris à Kamel (« Kameto » Kebir, fondateur de la Karmine Corp) droit dans les yeux : si je peux faire toute ma carrière ici, je le ferai. Parce que l’histoire serait magnifique. C’est un club français, j’ai une super position ici, il y a beaucoup de fans, qui apportent énormément, qui me poussent à être meilleur, sans qui je ne serais pas la même personne…

J’avais signé trois ans, ils se termineront fin 2026, entre-temps j’ai grandi, je ne suis plus un rookie. Je comprends mieux comment le milieu fonctionne. Je ne compte pas resigner trois ans, ce serait trop long et potentiellement dangereux. On verra, je veux rester à la Karmine tant que les conditions pour la performance sont là. Je ne cherche pas à toucher 2 000 euros de plus, je veux juste gagner. Si j’ai le choix entre un million et les Worlds, je prends les Worlds. »