Jusqu’à la fin avril 2026, Agata Ingarden présente « Au grand jour », une double exposition personnelle conçue par Triangle-Astérides, coproduite par la Friche la Belle de Mai et la Collection Lambert à Avignon, en partenariat avec le Cirva.

Après une première rencontre lors d’Art-o-rama 2018, on avait réellement découvert son travail en 2019 avec Venus, une sculpture associant coquilles d’huîtres, silicone, fils de cuivre et sucre carbonisé, présentée à BOOM Jeune Création à Montpellier. Cette œuvre était également montrée dans « Street Trash : L’effet spécial de la sculpture », une exposition imaginée par Amandine Guruceaga et Benjamin Marianne à la Friche pendant le printemps 2020, entre deux confinements.

Agata Ingarden - Venus, 2019 - Street Trash - Friche La Belle de MaiAgata Ingarden – Venus, 2019 – Street Trash – Friche La Belle de Mai

Au printemps dernier, Social Security (Grandma’s cupboard) et Social Security (Bathroom fridge), conçues en 2022 dans le cadre d’un partenariat de production pour « Barbe à Papa » au CAPC de Bordeaux, figuraient dans l’exposition « Comme un printemps, je serai nombreuse » au Panorama de la Friche.

Agata Ingarden – Social Security, 2022. « Comme un printemps, je serai nombreuse » au Panorama de La Friche la Belle de Mai, 2025. Photo Adrien Mole

En quelques années, Agata Ingarden s’est imposée comme une figure marquante de la scène contemporaine européenne. Son travail, nourri de récits liés aux « post-humanités » et à la science-fiction, interroge la matérialité et le corps. Il explore les conflits entre nature et architecture, les oppositions entre espace public et privé et l’instrumentalisation des corps. Proche des réflexions de Nicolas Bourriaud sur l’anthropocène et le capitalocène, Agata Ingarden développe des formes sculpturales hybrides intégrant vidéo, éléments organiques, technologiques et architecturaux.

Depuis 2021, elle structure sa recherche autour du projet « The Dream House World ».
Plusieurs textes définissent cet univers fictionnel comme « un programme imaginaire qui génère une simulation de vie réelle pour un groupe de personnages appelés les Butterfly People, supervisés par des personnages nommés Emo-Polis. Tantôt séparés, tantôt fusionnant en un seul personnage, les Butterfly People explorent les limites de leurs corps, de leurs états émotionnels et de la communication par la danse et des mouvements non structurés. Leurs efforts et leur énergie, qui alimentent d’une part l’ensemble du programme, deviennent d’autre part une forme de révolte contre les normes sociales généralisées et un moyen de s’affranchir du système. La dimension émotionnelle est un terrain de jeu pour explorer l’expérience de devenir un “être”, l’idée de mémoire ».

Quelques semaines avant le vernissage, Victorine Grataloup, directrice de Triangle-Astérides, souligne : « Agata a conçu l’exposition à Marseille comme tournée vers l’extérieur du “Dream House World” : toutes les pièces sont en verre et travaillent l’idée de la transparence, d’intimités exposées. L’exposition à la Collection y répond en contrepoint avec des œuvres plus organiques, viscérales. C’est ce que les deux sous-titres donnent à imaginer ».

Pour « Au grand jour », Agata Ingarden présente des œuvres inédites en France et deux séries produites par Triangle-Astérides et la Collection Lambert. Les Hermits constituent le lien entre les deux lieux. Ces douze sculptures en verre sont réalisées au Cirva à Marseille.

Au Panorama de la Friche, « Au grand jour/In Broad Daylight » s’articule autour d’une grande installation de 2021, In-corporate elevators. Cette architecture construite à partir de fenêtres récupérées dans un immeuble de bureaux à Kiev abrite divers objets : sculptures en bronze, ensembles textiles, chaussures et écrans vidéo.

Agata Ingarden - Rescue Dummies: In-corporate Elevators and Friends wearing Suits, 2021. Fenêtres trouvées dans un immeuble de bureaux (69 Kyrylivska, Kiev), vidéo multicanal, son, sculptures en bois, sculptures en bronze, costumes en stores de bureau, vêtements faits main, chaussures, harnais, lumières, cire, cuivre, ruban adhésif. Installation pour le Future Generation Art Prize 2021, prix spécial, Pinchuk Art Center, Kiev, 2021.

Agata Ingarden – Rescue Dummies: In-corporate Elevators and Friends wearing Suits, 2021. Fenêtres trouvées dans un immeuble de bureaux (69 Kyrylivska, Kiev), vidéo multicanal, son, sculptures en bois, sculptures en bronze, costumes en stores de bureau, vêtements faits main, chaussures, harnais, lumières, cire, cuivre, ruban adhésif. Installation pour le Future Generation Art Prize 2021, prix spécial, Pinchuk Art Center, Kiev, 2021.

Suspendues au plafond, les sculptures en verre soufflé réalisées au Cirva devraient se refléter dans les vitrages bleutés de l’installation. Selon le communiqué de presse, ces Flying Hermits sont « des ermitages sans dedans, des refuges qui non seulement ne protègent pas, mais plus encore exposent, au double sens du terme puisque leurs vitres en expansion ont pris toute la place »…

À la Collection Lambert, dans le grand « L » au premier étage de l’Hôtel de Montfaucon, « Au grand jour/In Broad Moonlight » s’organise autour de cinq sculptures monumentales (séries Atlas et Elation) et de quatre œuvres gravées sur métal (Evacuation plans).

Agata Ingarden, Elation, 2025. Eléments d’ascenseurs trouvés, acier inoxydable, acier galvanisé, cordes d’instruments, moulages en bronze, adhésif, boulons, vis, fils d’acier, fil de cuivre. Photos ©Tomasz Koszewnik, courtesy of the artist and Gdansk City Gallery et Evacuation Plan 2, 2024. Plaque de cuivre, impression UV, oxydation, vernis, cadre en aluminium

Elles ont, semble-t-il, été présentées dans « Elations » à la Gdanska Galeria Miejska au printemps dernier. Six Hermits muraux accompagnent cet ensemble.

Par l’ampleur du projet et l’exigence des lieux, cette double exposition personnelle constituera sans doute un moment important dans le parcours d’Agata Ingarden.

Chronique à suivre après les vernissages.
À lire, ci-dessous, quelques repères biographiques et des extraits de textes de son portfolio à propos de « The Dream House World » et de « Rescue Dummies : In-corporate and Friends wearing suits ».

En savoir plus :
Sur le site de Triangle-Astérides
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Sur le site de la Collection Lambert
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Sur le site d’Agata Ingarden et sur Instagram
Sur le site de la galerie Berthold Pott, Cologne
À voir cette conférence d’Agata Ingarden enregistrée le 19 mars 2024 à l’Ensad Limoges

Agata Ingarden : repères biographiques

Agata Ingarden (née en 1994 en Pologne) vit et travaille à Paris.
Etudes aux Beaux-Arts de Paris (2016-2018) et à la Cooper Union de Brooklyn (2016-2017).

Elle utilise plusieurs médias et sa pratique sculpturale s’étend à des œuvres collaboratives combinant vidéo, performance, son et écriture. Sa pratique est motivée par la recherche matérielle ainsi que par des investigations dans les domaines des post-humanités, de la sociologie, de la science-fiction et des récits mythiques.

Expositions récentes
2025 : « Desire Path », exposition personnelle à la Kunsthalle Appenzell, Suisse (octobre 2025- février 2026) ; « Elations », exposition personnelle à la Gdansk Galeria Miejska, Pologne (avril-juin 2025) ; « EmoPolis », exposition personnelle au Museum Sztuki, Łódź, Pologne (11 octobre 2024 – 9 février 2025) ; « Comme un printemps », exposition collective à Triangles Asteroids, Marseille, France (février-juin 2025).
2024 :
« Shifting », One Minute Club. Athènes, Grèce, commissariat : Florent Frizet (janvier/février 2024) ; « Huidenclub », Rotterdam, commissariat : Leo Orta et Oliver Zeitoun (Centre Pompidou) (février/mars 2024) ; « Stranger Things » à la Neue Galerie Gladbeck, Allemagne, avec Jürgen Klauke, Valie Export, Toni Schmale et Joanna Pietrowska (mai/juin) ; Liste Basel avec Piktogramm (juin) ; Eclipse à 66P Subjective Institution of Culture Poland, commissariat : Agnieszka Pindera (juin/juillet) ; Biennale de Gwangju, commissariat : Nicolas Bourreaud, Corée du Sud (7 septembre – 1er décembre 2024) / Exposition collective au Musée national de Cracovie, Pologne (décembre 2024 – avril 2025)

Expositions passées (sélection) :
Centro de Cultura Digital, Mexico (2023) ;CAPC, Bordeaux (2022), commissariat de Cédric Fauq) ; The Radicants : « Changement climatique », commissariat : Nicolas Bourriaud, Palazzo Bollani, Venise (2022) ; Fondation Fiminco, Paris (2022) ; Centre d’art Pinchuk, Kiev (2021) Kunstfort bij Vijhuizen, Pays-Bas (2021) ; Muzeum Sztuki Lodz, Lodz (2021) ; Art Encounters Biennial, Timișoara (2021) ; le Musée de Silésie, Katowice (2020) ; le Nassauischer Kunstverein Wiesbaden (2020) ; le Künstlerhaus, Vienne (2020) ; Palais de Tokyo, Paris (2019) ; le Frac, île-de-France, Paris (2019) ; le Mo.Co, La Panacée, Montpellier (2019)

Résidences :
Fondation Fiminco, Paris, France (2021-22), Cité internationale des arts, Paris, France (2021), A l’œuvre, Lafayette Anticipations, Paris, France (2020), La Totale, Les studios Orta, France (2020), Villa Belleville, Paris, France (2018), Leo XIII Gastatelier, Tilburg, Pays-Bas (2018)

The Dream House World

Le projet « The Dream House World » a débuté avec l’exposition « Rescue dummies », présentée à Kiev en 2021 dans le cadre du Future Generation Art Prize au Pinchuk ArtCentre, et s’est poursuivi à travers plusieurs œuvres : « Inside The Dream House » (2022) et « Mushroom Brain » (2022), toutes deux exposées à la Fondation Fiminco à Paris en 2022, ainsi que « 4Rooms » (2023), une installation vidéo présentée au Festival Tono, dédié à la performance, à la danse et à l’art vidéo, au Centro de Cultura Digital de Mexico.

Rescue Dummies : In-corporate and Friends wearing suits (2021)

Prix spécial Future Generation Art Prize 2021, Centre d’art Pinchuk, Kiev.

L’installation d’Agata Ingarden est une structure architecturale composée de fenêtres récupérées dans un immeuble de bureaux de Kiev. Ces fenêtres abritent divers objets : moules en bois, sculptures en bronze, ensembles textiles (deux modèles), chaussures de cyclisme modifiées et écrans vidéo. La pièce, débarrassée de ses plaques de plâtre blanches et de son faux plafond, révèle un système de ventilation et une composition éclectique. Entre les reflets kaléidoscopiques du verre semi-transparent se dessine un réseau d’ascenseurs, de couloirs et de sous-sols, créant une dimension émotionnelle, à la fois réelle et accessible par les écrans. Les objets en bois et en bronze sont inspirés des mannequins de sauvetage utilisés pour l’entraînement au sauvetage aquatique. Les moules en bois sont peuplés de champignons arborescents scannés en 3D, qui poussent généralement à l’horizontale. Ici, en se tournant dans toutes les directions, elles indiquent soudainement un point de gravité différent ou changeant, tout en imitant un système imaginaire d’organes internes. Des pièces de bronze, recouvertes de cire rouge à modeler à l’extérieur, polies à l’intérieur et oxydées sur les bords, évoquent des armures. Les costumes sont composés de multiples couches cousues ensemble, avec des points de couture apparents. Jouant avec l’idée de moule, Ingarden nous présente différentes coquilles sculpturales, faisant référence à la multiplicité des couches qui composent le Corps, animé par l’installation. Ce décor plonge le public dans un univers ludique.
Dream House – un programme imaginaire générant une simulation de la vie réelle pour un groupe de personnages appelés les Butterfly People et supervisés par des personnages nommés la Police Émotionnelle. Tantôt séparés, tantôt fusionnant en un seul personnage, les Butterfly People explorent les limites de leurs corps, de leurs états émotionnels et de la communication par la danse et des mouvements non structurés. Leurs efforts et leur énergie, qui alimentent d’une part l’ensemble du programme, deviennent d’autre part une forme de révolte contre les normes sociales généralisées et un moyen de s’affranchir du système. La dimension émotionnelle est un terrain de jeu pour explorer l’expérience de devenir un « être », l’idée de mémoire.