Entre 2014 et 2020, DirectVelo donnait régulièrement des nouvelles d’anciens coureurs qui ont arrêté leur carrière cycliste après avoir longtemps été suivis par notre média dans les rangs Élites, depuis les catégories Espoirs, Juniors ou même parfois dès les Cadets. Après cinq années d’interruption, la rubrique « On a retrouvé » reprend son voyage à travers le temps et les parcours de vie.
Ce deuxième numéro de la version 2.0 se conjugue au féminin puisque c’est Pasquine Vandermouten qui donne de ses nouvelles, à 24 ans. Ancienne spécialiste de cyclo-cross et de VTT, elle avait montré de très belles choses dans les jeunes catégories, jusqu’à devenir l’un des grands espoirs du cyclisme féminin français. Avant de “péter un câble”, de son propre aveu, et d’abandonner la pratique du sport cycliste, se débarrassant même en peu de temps de tout son matériel, histoire de s’assurer de ne pas revenir. Depuis, la Perpignanaise est passée des vélos… aux camions.
DirectVelo : Voilà quatre ans et demi que tu n’as plus disputé la moindre compétition. Que deviens-tu depuis l’été 2021 ?
Pasquine Vandermouten : Je sors de chez le notaire (rire), je viens d’acheter ma première maison. Tout se passe très bien, je suis posée et j’ai une vie qui me plaît. Sur le coup, lorsque j’ai arrêté, ça n’avait pas été facile car il a fallu trouver quoi faire de ma vie. J’ai d’abord fait des tests pour devenir pompier volontaire, j’ai passé quelque temps en caserne. Puis j’ai voulu reprendre l’école, je suis partie à Lille, au soleil (rire), pour me lancer dans des études d’infirmière mais j’ai laissé tomber au bout de six mois, j’ai pété un plomb. Je suis vite retournée à Perpignan. Et j’ai fini par, naturellement, bosser dans un domaine dans lequel j’ai baigné depuis petite.
« J’AI TRACÉ MA ROUTE ET J’APPRÉCIE CE CHOIX »
C’est-à-dire ?
Mon père gère une boîte de transports sur Perpignan, j’ai fini par suivre la même voie. J’ai passé tous mes diplômes pour monter ma propre boîte, et je l’ai fait. Aujourd’hui, je suis à la tête de ma société, j’ai quatre chauffeurs qui tournent tous les jours. Mais ce n’est pas fini, j’aimerais continuer de grandir. Mon père sera très prochainement à la retraite et l’idée est de reprendre la suite de sa boîte aussi, l’année prochaine. Ça va faire du boulot mais petit à petit, j’ai tracé ma route et j’apprécie ce choix.
Et voilà un petit bout de femme qui gère une entreprise très masculine !
C’est sûr que ça reste un métier de mecs mais franchement, j’ai réussi à me faire ma place car j’ai un caractère assez trempé, je ne me laisse pas faire. Cette situation en a parfois étonné certains, y compris mes propres chauffeurs qui se retrouvent avec une jeune patronne mais je crois que ça leur convient (rire). Je sais être assez souple et ferme à la fois.
« JE N’ÉTAIS PAS PRÊTE À TOUS LES SACRIFICES »
Tu es donc passée du vélo aux camions !
Oui, j’ai passé tous les permis poids lourds d’ailleurs, y compris les super-lourds. Mon activité me prend beaucoup d’énergie et j’avoue que je n’ai plus trop le temps de faire du sport à côté, mais c’est un choix de vie, il fallait avancer. Je n’oublie pas pour autant tout ce que m’a apporté le vélo, notamment le sérieux, le côté carré et la régularité.
Que te reste-t-il, désormais, de tes années de cross et de VTT ?
De bons souvenirs mais j’ai gardé peu de contacts, si ce n’est avec Amandine Fouquenet. Elle était déjà ma copine à l’époque et c’est toujours le cas aujourd’hui, on s’écrit pratiquement tous les jours. Elle a toujours été mon amie avant d’être mon adversaire. Je la suis toujours, je regarde ses courses et je suis impressionnée de ce qu’elle réalise. Je suis très fière. Elle prouve plus que jamais qu’elle a sa place parmi les meilleures.

T’arrive-t-il encore de faire un parallèle avec ton propre parcours, de t’imaginer à sa place ?
Oui et non. Il y a toujours un peu de nostalgie, forcément. Parfois, quand je suis des manches de Coupe du Monde, je reconnais des circuits sur lesquels j’ai évolué, que ce soit en VTT ou en cyclo-cross. Il y a le parallèle, c’est sûr, car on avait sensiblement le même niveau avec Amandine. C’est la même chose avec Loana Lecomte pour le VTT. Je me dis que si je m’étais acharnée davantage, que j’avais été sérieuse sur tous les à-côtés, ça aurait pu le faire. Mais je n’étais pas prête à tous les sacrifices pour performer à l’époque, même si je bossais dur à l’entraînement. Et j’ai fini par péter un plomb. J’aurais pu être là aussi, comme Amandine ou Loana, mais je n’ai aucun regret. C’est la vie, et celle que je mène aujourd’hui me convient à 200%. Avec des si, on peut refaire le monde.
« J’AURAIS PU PRENDRE UN PEU PLUS MON TEMPS »
Avec le recul, qu’est-ce qui n’a pas fonctionné sur la durée à l’époque, alors que tu as été Championne de France Juniors de VTT, vice-Championne de France de la même catégorie en cyclo-cross… ?
J’ai commencé à marcher fort très jeune, chez les Cadettes. Toute ma vie tournait autour du vélo durant mon adolescence. J’ai peut-être fait des choses prématurément et ça a fini par me jouer des tours. Peut-être également que je n’étais pas assez forte mentalement, je ne sais pas… Je me dis que je me suis mis trop de pression, aussi. Quand on a des parents à fond derrière soi, qu’on marche fort en étant la plus jeune de l’équipe, avec MASSI, ça pousse à toujours en faire davantage. Je ne voulais pas être ridicule par rapport aux autres, j’ai toujours été une gagneuse, et j’aurais pu prendre un peu plus mon temps par moments, j’imagine…
Pourquoi avais-tu arrêté la compétition ?
Disons que ça faisait un petit bout de temps que ça me trottait dans la tête, j’avais déjà fait une pause. Je ne prenais plus trop de plaisir aux entraînements. J’en ai eu ras-le-bol. J’avais arrêté les études, je donnais tout pour le vélo, mais ça a fini par me faire peur, je me suis dit que j’allais me retrouver sans bagages. L’air de rien, il y a encore quatre ou cinq ans de ça, le cyclisme féminin n’était pas celui qu’il est aujourd’hui. Je ne voulais pas m’acharner pour sans doute pas grand-chose, j’avais peur de ne pas réussir à faire carrière, et j’ai perdu la motivation. Lorsque j’ai arrêté, j’ai rendu tout le matériel que j’avais, j’ai pété un câble. Je me suis débarrassée des casques, des chaussures, des gants, de tout… J’ai tout largué. J’ai continué la course à pied mais je ne voulais plus entendre parler de vélo.
Et depuis ?
Il y a un an et demi environ, l’envie m’est revenue. Je me suis pris un gravel et je vais rouler de temps en temps, une heure ou deux, pour le plaisir. Mais ça n’ira pas plus loin, je ne reprendrai pas la compétition pour me prendre un tour. Je suis trop compétitrice pour ça, je ne l’accepterais pas mais j’ai conscience que je serais complètement larguée maintenant tant le niveau a augmenté chez les filles. Ma vie est ailleurs maintenant.
