Comme un air de déjà-vu. Le groupe « cyber » de l’Office de lutte contre le trafic illicite de migrants et son antenne à Roissy, les Douanes et l’Office anti-cybercriminalité viennent à nouveau de percer à jour un important réseau de faussaires sur une messagerie cryptée. Celui-ci excellait dans la fabrication de faux documents officiels français : cartes d’identité, permis de conduire et cartes grises, chèques… À sa tête, un homme répondant au pseudonyme de Zhen Pong. « Les clients les contactaient en toute sécurité — croyaient-ils — sur la messagerie cryptée Telegram et réglaient leur commande en cryptomonnaie », indique une source proche de l’enquête.

Au terme d’une longue et minutieuse enquête entamée fin 2024, quatre suspects ont été interpellés mardi au petit matin. Âgés de 25 à 30 ans, trois d’entre eux sont sous le coup d’une garde à vue prolongée. La quatrième personne, épouse de l’un des suspects, a été remise en liberté. Lors des perquisitions, la panoplie du parfait faussaire a été découverte. Des faux documents et des supports vierges ont été saisis. En garde à vue, ils auraient reconnu les faits et donné des détails sur le mode opératoire.

En décembre 2024, une enquête préliminaire est ouverte par le parquet de Bobigny en raison de sa compétence sur l’aéroport de Roissy. Elle vise un large spectre d’infractions et laisse entrevoir les contours d’une organisation criminelle bien structurée et chevronnée : « fourniture d’une plate-forme en ligne pour permettre une transaction illicite en bande organisée, fourniture frauduleuse des faux documents administratifs, escroquerie en bande organisée, blanchiment ».

Une organisation gérée « à la manière d’une entreprise »

De leur côté, les douaniers de Roissy interceptent un colis qui renfermait 300 films de sécurité contrefaits pour des cartes d’identité françaises. Malgré l’utilisation de Telegram, application réputée héberger de nombreuses activités peu orthodoxes, les enquêteurs parviennent à révéler au grand jour les pratiques d’un ambitieux réseau criminel. Policiers et douaniers lèvent ainsi le voile sur « une organisation structurée de fraude documentaire, d’escroquerie et de blanchiment de cryptomonnaie ».

Cette organisation était gérée « à la manière d’une entreprise ». La gestion des clients s’effectuait sur Telegram, la fabrication des faux documents dans un endroit discret. Comme sur les plates-formes commerciales licites, les commandes bénéficiaient d’un courrier de suivi jusqu’à la livraison finale. Le paiement se faisait lui aussi en toute discrétion, par cryptomonnaie. Des questions se posent aussi sur l’origine des fonds brassés par le réseau de faussaires. Un volet blanchiment a été ouvert.

Avant le réseau Zhen Pong, un autre faussaire du net tout aussi ingénieux est tombé. En septembre 2024, ce dossier avait été jugé à Pontoise (Val-d’Oise) pour des faits remontant à 2018. À sa tête, un certain Monsieur Chong, autre pseudo à consonance asiatique. Cet homme de 28 ans proposait de faux papiers sur le Darknet et supervisait leur fabrication dans son garage au Thillay (Val-d’Oise), dans les Hauts-de-Seine et en Seine-Saint-Denis. Parfait autodidacte, il s’était formé sur le tas en s’appuyant sur des tutoriels. Il se faisait livrer des produits en provenance de Chine. Les paiements étaient réglés, là aussi, en cryptomonnaie, puis il envoyait les commandes par la Poste. Il a été condamné à trois ans de prison, dont un avec sursis, assortis de 50 000 euros d’amende.