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Tracteurs entrés dans Toulouse à la faveur de la nuit, face-à-face tendus avec les forces de l’ordre, rassemblements maintenus : ce mercredi, la mobilisation agricole s’est jouée entre incursions nocturnes et démonstration de fermeté de l’État, sur fond de revendications toujours intactes.

Sur une bretelle de l’A64, à Toulouse, une dizaine de tracteurs sont alignés, sous un ciel d’encre. Quelques hommes, bonnets jaunes enfoncés jusqu’aux oreilles, se réchauffent autour d’un feu alimenté par des branchages tronçonnés à la hâte. Adossés aux glissières de sécurité, ils attendent. Le froid mord, la fatigue se lit sur les visages. La nuit a été courte, presque blanche. Il est un peu plus de 7 heures.

La nuit précédente a laissé des traces. Des tracteurs ont pénétré dans Toulouse, des tensions ont éclaté aux abords de la préfecture, et plusieurs agriculteurs ont été interpellés. Les autres n’ont pas quitté l’agglomération.

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Ce mercredi matin, les axes aux alentours de la sortie 38 saturent rapidement. La police propose alors aux agriculteurs de les escorter vers le rond-point de Roques-sur-Garonne pour qu’ils repartent. Les manifestants hésitent. Ils ne veulent pas « avoir affaire aux gendarmes ». Après discussion, le petit convoi se met en branle à 9 h 30. L’échangeur rouvre dans la foulée.

« On ne lâchera pas »

Au volant de son tracteur, Nicolas, céréalier à Aurignac et membre de la Coordination rurale de Haute-Garonne, cigarette aux lèvres, résume l’état d’esprit : « Tant que le gouvernement continue, on sera là. S’il n’y a rien de signé, on ne lâchera pas. » Les agriculteurs décident de manger sur place, et demandent l’autorisation de rester au moins jusqu’à 16 heures.

Arrivés pour la plupart du Gers tard mardi soir, les agriculteurs avaient également installé leur campement sur l’un des ronds-points menant à l’aéroport, face à l’entreprise GE Aerospace. Entourés de camions de gendarmes et de CRS, visages fatigués mais déterminés, ils ont maintenu le blocage dans une ambiance bon enfant.

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À la mi-journée, le calme est revenu sur l’agglomération. Aucun point de blocage n’est signalé, la circulation est fluide. L’interpellation de deux figures syndicales, Lionel Candelon, président de la Coordination Rurale 32 et Luc Mesbah, président de la FDSEA 31 remobilise les troupes. Une soixantaine d’agriculteurs se sont rassemblés devant la gendarmerie de Castelginest pour réclamer la libération du premier. D’autres ont pris la route de Villefranche-de-Lauragais, où était retenu Luc Mesbah. Le parquet assure qu’il n’y aura ni déferrement ni comparution immédiate. Les gardes à vue ont été levées dans la soirée.

« Nous ne sommes pas des criminels ! »

Céréaliers, éleveurs et autres artisans de la terre, nombreux à porter le bonnet jaune de la Coordination rurale, ont attendu leur retour. « Ils ont sauté sur Lionel et l’ont embarqué, menotté comme un bandit », s’indigne un céréalier, militant au sein de la Coordination rurale 32.

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Des interpellations que les manifestants perçoivent, une nouvelle fois, comme un signe de mépris du gouvernement à l’égard du monde agricole. Le mot revient en boucle dans les propos, à l’image d’Éric Lasbats, céréalier et éleveur du Gers, autre cadre de la Coordination rurale. « Aujourd’hui, on escorte les gros industriels à Paris et nous, on nous traite comme de la racaille. Regardez le nombre de CRS qui nous entourent. Nous ne sommes pas des criminels, nous sommes là pour nourrir la population ! »

Ce jeudi, ils seront de retour au travail, prêts à « reprendre la mobilisation si nécessaire ». Ce mercredi 14 janvier, la mobilisation, officiellement interdite, a donc pris des formes diffuses et fragmentées. À quoi ressembleront les suivantes ? Le flou demeure. Après près de 24 heures à braver les interdits, les agriculteurs repartent avec une certitude : la crise est loin d’être refermée. Vendredi, les syndicats doivent se réunir.