Salutations à toutes et à tous,
Notre mise à jour de janvier se poursuit aujourd’hui avec une rétrospective dédiée à un des personnages principaux de la saga… Et plus particulièrement à sa capacité de revenir d’entre les morts. Vous l’aurez compris, nous allons parler des résurrections de Sheev Palpatine, alias Dark Sidious, alias l’Empereur !
Si Dark Vador, de par son charisme et son apparence marquante, s’est imposé comme le méchant emblématique de la saga Star Wars, c’est un autre personnage ayant traversé la saga qui s’impose comme la représentation parfaite du Mal. Palpatine, le petit sénateur de Naboo devenu chancelier d’une République chancelante ; Palpatine, l’être qui élabore une guerre pour se débarrasser de ses ennemis et obtenir un pouvoir quasi-illimité.
Mais l’aspect le plus dérangeant du Seigneur Sombre des Sith, sans doute l’un des plus controversés également, est peut-être sa capacité à rebondir lorsque tout le monde le pense détruit. Et je ne parle pas d’une défaite politique ou d’une faillite économique : non, ce dont Palpatine revient, c’est de la Mort elle-même. Un récit qui est au cœur de la saga de L’Empire des Ténèbres dès le début des années 1990, qui irrigue les décennies suivantes et a même survécu à l’arrêt de l’Univers Legends pour se frayer un chemin au cinéma dans L’Ascension de Skywalker en 2019. Intéressons-nous donc aux résurrections de l’Empereur, et aux multiples contenus irrigués par ce mystérieux pouvoir défiant la nature de la vie !
I. La résurrection, un motif initialement religieux repris par la pop-culture
Le dieu égyptien Osiris.
Avant de nous intéresser au cas de Palpatine en particulier, il est intéressant de revenir sur la symbolique que représente la résurrection dans la culture.
Si le terme de “résurrection” a des origines latines, le concept d’un retour à la vie après la mort est lui plus universel. En Asie du Sud et de l’Est, le bouddhisme et l’hindouïsme s’intéressent à l’immortalité de l’âme, mais théorisent plutôt une renaissance ou réincarnation dans un nouveau corps. Dans le bassin méditerranéen, en revanche, la résurrection est attachée au corps du défunt, et cela dès l’Égypte Antique dont le principal dieu, Osiris, revient à la vie après sa mutilation. Les religions monothéistes abrahamiques apparues dans cette même région (judaïsme, christianisme et islam) comportent toutes des exemples de résurrection mis en avant par leurs textes sacrés. Le concept est particulièrement présent dans le Nouveau Testament chrétien à travers le récit du martyr de Jésus. Ces visions différentes se retrouvent d’ailleurs dans le traitement des défunts : alors que la crémation est depuis longtemps traditionnelle chez les bouddhistes et hindouïstes, c’est l’inhumation qui a été ou est toujours la norme dans les pays chrétiens (en particulier catholiques) et musulmans.
Au sein des narratifs religieux antiques comme contemporains, la résurrection reste avant tout un des exemples les plus flagrants de manifestation d’une puissance divine, en contrant l’ordre naturel des choses, en faisant succéder la Vie à la Mort et non l’inverse. L’être ramené à la vie est généralement un innocent ou un méritant, ayant gagné cette faveur exceptionnelle de son vivant. Les exceptions, telles que le mythe du phénix renaissant de ses cendres, sont rares.
La littérature va toutefois faire évoluer cette vision. En 1818, l’anglaise Mary Shelley publie Frankenstein ou le Prométhée moderne, un des récits fondateurs de la littérature fantastique. Cette fois, c’est le progrès scientifique – ou plutôt la façon dont il est fantasmé à cette époque – qui permet de créer une vie à partir de défunts. Il ne s’agit pas à proprement parler d’une résurrection, mais on s’en approche !
L’idée d’une résurrection offerte uniquement à des êtres méritants, si ce n’est même divins, reste néanmoins bien ancrée. Deux auteurs britanniques marquants vont reprendre ce motif au milieu du XXème siècle : C.S. Lewis avec son personnage d’Aslan dans Le Lion, la Sorcière blanche et l’Armoire magique (le premier tome publié du Monde de Narnia) et J.R.R. Tolkien avec le retour du magicien Gandalf dans Les Deux Tours. Deux figures qui, avant leur mort, sont déjà clairement identifiées comme distinctes du commun des mortels, et sont bien sûr éminemment positives.
Gandalf et Aslan, deux personnages littéraires dont la résurrection est centrale pour leur parcours dans l’œuvre dont ils sont issus.
Enfin, dans les dernières décennies du siècle, le concept de résurrection/réincarnation a été largement usé par les auteurs de comics. L’attachement du public à ses héros populaires ne date pas de l’ère Marvel-DC, et Arthur Conan Doyle lui-même avait dû faire revenir d’entre les morts son célèbre détective, Sherlock Holmes, face aux multiples sollicitations de ses lecteurs. Mais les comics, qui instituent une forme de récit de masse à travers de multiples séries régulières, vont développer ce système. Et si des héros tels que Jean Grey ou Barry Allen en bénéficient, ils ne sont pas les seuls : des antagonistes tels que Norman Osborn et Ra’s al Ghul défient également la Mort dès les années 1970-1980. Ce n’était donc qu’une question de temps avant que le concept émerge dans une autre saga mêlant magie et technologie…
II. L’Empire des Ténèbres : L’Empereur Contre-Attaque
Dès ses débuts, Star Wars offrait à son public un concept proche de la résurrection. Devenu “plus puissant que jamais” après avoir été tué par Dark Vador, Obi-Wan Kenobi revenait guider Luke comme mentor, d’abord en tant que voix désincarnée puis comme esprit éthéré ; un sort que partagent, à la fin du Retour du Jedi, Yoda et Anakin Skywalker. Toutefois, il ne s’agit pas d’un retour à la vie, plutôt d’une existence se poursuivant après la mort sous une autre forme.
C’est une série de comics qui va finalement proposer le retour à la vie d’un personnage de la saga. La plupart des héros étant encore en vie lors de la période post-Retour du Jedi investie par les auteurs Cam Kennedy et Tom Veitch, c’est un antagoniste qui est choisi par ce dernier pour être au cœur du récit : l’Empereur Palpatine.
Le scénariste a exploré plusieurs pistes : Palpatine aurait pu être une machine, ou possédé par une entité extragalactique ayant voulu prendre le contrôle de la galaxie. Mais c’est finalement sur un être humain capable de se réincarner dans un corps cloné que son histoire s’est fixée. Tom Veitch s’est expliqué sur ce choix dans cet entretien (probablement réalisé en vue de la publication des articles Of Light and Darkness: The Making of Dark Empire par le magazine Star Wars Insider en 2015) :
Tom Veitch : Des méchants de substitution (N.D.L.R. : Il fait ici référence au Grand Amiral Thrawn et à Joruus C’Baoth, les antagonistes créés par Timothy Zahn dans ses romans publiés à la même époque) similaires à des figures emblématiques peuvent convenir, mais il faut généralement beaucoup de temps pour les rendre crédibles. Notre idée était de capitaliser sur l’immense pouvoir que l’Empereur, Jabba le Hutt et Boba Fett exerçaient déjà sur l’imaginaire des spectateurs. Et plutôt que de faire basculer Luke du côté obscur par un nouveau personnage, nous voulions montrer que l’essence même du côté obscur – l’Empereur – est toujours vivante, plus puissante que jamais.
Interviewer : Et Luke tombe sous son charme. C’est plutôt cool, mais comme vous le savez, certains n’ont pas apprécié le retour de l’Empereur.
Tom Veitch : Je comprends… mais ces personnes ignoraient probablement l’histoire des feuilletons et des bandes dessinées, où les grands méchants ne meurent jamais vraiment ; ils reviennent toujours. Star Wars, comme vous le savez, s’inspire en partie de Flash Gordon, un feuilleton et une bande dessinée où le principal antagoniste, le maléfique empereur Ming, n’est jamais définitivement éliminé. Prenons par exemple le film Flash Gordon de 1980, où Max von Sydow (N.d.T : nul autre que l’interprète de Lor San Tekka !), dans le rôle de Ming, est empalé par sa propre roquette (dont Flash avait pris le contrôle). Après une tentative vaine pour empêcher Flash de l’attaquer, Ming finit par pointer son anneau vers lui et disparaît. Puis, juste avant le générique, son anneau est récupéré par un inconnu, et les mots « Fin » et un point d’interrogation apparaissent, tandis que le rire diabolique de Ming résonne en fond sonore, suggérant qu’il n’est pas vraiment mort.
Interviewer : Zahn a déclaré en interview que le retour de l’Empereur contredit l’histoire du Retour du Jedi, où l’on voit l’Empereur vaincu par Dark Vador.
Tom Veitch : Zahn passe à côté d’un élément essentiel de cette scène du Retour du Jedi : lorsque l’Empereur défie Luke de « me frapper », il semble totalement indifférent à sa propre mort ! Il est convaincu que, quel que soit le résultat de cette confrontation avec Luke, lui, Palpatine, triomphera.
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EMPEREUR : La haine t’envahit maintenant. Prends ton arme de Jedi, sers-t’en. Je ne suis pas armé, sers-t’en pour me terrasser. Donne libre cours à ta colère. Tu n’as pas compris qu’à chaque moment que tu laisses passer tu deviens un peu plus mon esclave ?
Ma thèse était que, dans Le Retour du Jedi, l’Empereur a choisi ce moment pour sortir de sa profonde retraite dans la Cité Impériale car il ne craignait plus pour la sécurité de son corps physique. Sa maîtrise du Côté Obscur était telle qu’il était désormais prêt à opérer une transition qu’il préparait depuis des années : le remplacement de son corps vieillissant, malade et infirme par un jeune clone ! Tenter Luke de le frapper avec un sabre laser sous le coup de la colère aurait ainsi permis d’atteindre deux objectifs : faire basculer Luke du Côté Obscur… et marquer le moment où Palpatine aurait transféré sa conscience dans son corps cloné. Comme nous le savons, Luke a résisté à la tentation de tuer l’Empereur. Vader a alors précipité l’Empereur dans le puits du réacteur, et nous avons vu une série d’éclairs bleus annoncer sa mort. Ces éclairs représentaient l’énergie vitale de l’Empereur, sa conscience du Côté Obscur, quittant son corps. Selon notre récit, sa conscience a été transférée à travers la galaxie presque instantanément et a investi un nouveau corps, plus jeune. Grâce à ces corps clonés, Palpatine pouvait vivre éternellement… et régner sur l’Empire pendant des millénaires !
Il est intéressant de noter que Veitch lie ici directement la résurrection de Palpatine à celle de l’empereur Ming de l’univers de Flash Gordon… Une des inspirations les plus évidentes de George Lucas pour la création de son propre univers. Toutefois, le créateur de Star Wars évoquera plus tard son regret quant à l’introduction de ce concept de résurrection. Selon des propos de la directrice de publication de l’époque Lucy Autrey Wilson – ancienne secrétaire de Lucas lors du tournage du film d’origine, et connaissant donc bien le cinéaste – au podcast TalkingBay94 en 2022, c’est ce rejet du clonage et retour de l’Empereur qui l’aurait incité à superviser davantage les œuvres postérieures de l’Univers Étendu – du moins, à les cadrer un peu plus.
L’apparence de Palpatine semble elle aussi inspirée de celle du Ming de Max von Sydow.
Autre élément notable : Palpatine n’est pas ressuscité par une force extérieure. Son retour à la vie vient de ses propres pouvoirs et compétences… Ce qui le rend plus effrayant encore, puisqu’il se hisse au niveau d’une puissance divine.
L’Empereur meurt à plusieurs reprises pendant Dark Empire : usé par son pouvoir, détruit par sa tempête de Force, puis finalement abattu par Han Solo sur Ondéron avant d’être emporté par le Néant par le Jedi mourant Empatojayos Brand. L’histoire de Palpatine s’arrête là, mais le mystère de sa résurrection (ou, plutôt, de sa réincarnation), ne va pas cesser d’être exploré.
III. Exar Kun et Freedon Nadd : Les Seigneurs Sith ne meurent jamais
Avant même la mort définitive de Palpatine dans Empire’s End à l’automne 1995, l’Univers Étendu encore balbutiant se met à explorer une autre époque… et d’autres Seigneurs Sith, dont certains ont des pouvoirs rappelant ceux de Palpatine.
La série Tales of the Jedi (Les Légendes des Jedi) introduit ainsi le personnage de Freedon Nadd, un Seigneur Sith ayant régné sur Ondéron environ 4300 ans avant l’époque des films. Après sa mort aux mains de chevaliers Jedi, il revient en tant qu’esprit pour enseigner les arts du Côté Obscur à ses descendants.
Le Sith Freedon Nadd, l’un des premiers exemples de Sith défiant la mort dans l’Univers Étendu.
Même l’enfermement de sa dépouille sur Dxun dans un tombeau censé être inviolable, après une défaite de son apprenti et héritier Ommin, ne l’empêche pas de nuire puisqu’il parvient à corrompre Satal et Aleema Keto, puis le Jedi déchu Exar Kun – qui le détruit finalement.
Exar Kun est l’autre esprit Sith marquant de cette période de la création de l’Univers Étendu. Si les comics explorent davantage sa vie et ses combats jusqu’au moment de son trépas, il apparaît surtout comme l’antagoniste majeur de la série de romans de L’Académie Jedi. Prisonnier des temples de Yavin IV depuis le rituel accompli au moment de sa mort, Exar Kun est éveillé par l’installation de Luke Skywalker et de ses premiers disciples sur le site. Il les manipule et provoque la mort de l’un d’entre eux, Gantoris, avant de plonger Luke dans le coma. Comme Freedon Nadd, il manifeste donc à la fois une conscience et des pouvoirs tangibles sur le monde physique, mais sans s’incarner comme l’avait fait Palpatine grâce à ses clones.
Avec 4000 ans au compteur, Exar Kun est sans doute l’un des Sith ayant le plus longtemps échappé à la mort en ayant transféré sa conscience au sein des temples de Yavin IV.
À la fin de la décennie, le fait de faire survivre des personnages via leurs clones devient monnaie courante dans l’Univers Étendu post-Épisode VI. Ysanne Isard, Sate Pestage et, dans une certaine mesure, le Grand Amiral Thrawn ont droit à cette forme de “continuité” plus ou moins assumée. Mais ces retours sont controversés… et celui de l’Empereur en particulier, car vu comme amoindrissant l’impact de la victoire remportée sur Endor et du sacrifice rédempteur de Dark Vador. Une notion que renforce d’ailleurs la sortie, en 1999, de La Menace Fantôme qui positionne Anakin Skywalker en tant qu’Élu chargé de détruire les Sith.
IV. Les enseignements de Dark Andeddu et le transfert d’essence
La question de la résurrection de l’Empereur semble assez lointaine au début des années 2000, et presque “mise sous le tapis”. L’Univers Étendu s’intéresse à la Guerre des Clones, au Nouvel Ordre Jedi ou encore à l’Ancienne République ; et, même si le Seigneur Sombre des Sith reste un personnage de premier plan dans les films de la prélogie, c’est davantage son ascension au pouvoir suprême qui attire l’attention que sa capacité à revenir de la mort. En 2005, toutefois, un dialogue de La Revanche des Sith attire l’attention des connaisseurs de l’Univers Étendu : Palpatine y évoque un Sith nommé Dark Plagueis “le Sage”, qui aurait été capable de manipuler la Force au point de repousser la mort. Une aptitude qui, si elle n’équivaut pas encore aux capacités de l’Empereur, commence à s’en approcher.
Palpatine évoquant l’histoire de son maître.
Toutefois, selon The Star Wars Archives: Episodes I-III, 1999-2005, aux yeux de Lucas, il s’agit d’un mensonge destiné à tromper Anakin. Trop tard, cependant, car cette idée va faire son chemin et fasciner peu à peu le fandom.
En parallèle, l’exploration du passé des Sith se poursuit et la lutte contre la mort semble, là aussi, s’imposer comme l’une de leurs caractéristiques. Mais ni Marka Ragnos (Jedi Knight III: Jedi Academy), ni Dark Nihilus ou Dark Sion (Knights of the Old Republic II: The Sith Lords), malgré leurs fantastiques pouvoirs ne parviennent à cette simili-immortalité, à cette capacité de renaissance attribuée à Palpatine.
En 2004, toutefois, le comics Republic présente dans son #63 la récupération par Dooku d’un holocron appartenant à un Seigneur Sith, Dark Andeddu. Si on ignore dans un premier temps le contenu de cette relique, le duo à l’origine de cette histoire – John Ostrander et Jan Duursema – va utiliser à nouveau ce personnage dans son histoire la plus tardive de la chronologie galactique, Legacy. Le récit #27, publié en 2008, approfondit ce personnage et le montre capable d’exister après la mort de son corps physique. Andeddu a en réalité transféré son esprit dans son « holocron » et se montre capable d’investir un autre support – y compris son propre corps. Le cross-over Vector lie également ce qu’accomplit Andeddu aux accomplissements de Karness Muur, un Sith ayant transféré sa conscience dans son talisman… Mais incapable de s’en détacher.
L’année suivante, Drew Karpyshyn publie le troisième roman de sa trilogie Dark Bane, à savoir La Dynastie du Mal. Le créateur de la Règle des Deux, qui est déjà parti sur les traces de Freedon Nadd dans l’opus précédent, découvre les traces de ce Seigneur Sith et parvient à s’approprier son holocron. Il apprend les secrets du transfert d’essence, le pouvoir déployé plus tard par Dark Sidious lors de sa mort en orbite de la Lune Forestière d’Endor… Et pourrait même l’avoir utilisé contre son apprentie, Dark Zannah. Le roman nous offre même une conclusion très intéressante en nous présentant ce que ressent Bane lors de son ultime tentative.
Tout devint noir. Aveugle et isolé, il sentit le néant se refermer sur lui. Dans un geste désespéré, il tendit la main gauche et saisit le poignet de Zannah toujours étendue auprès de lui. Il fit appel à ce qui lui restait de pouvoir et invoqua le rituel du transfert d’essence.
Son esprit se connecta sur les courants de la Force, happa le pouvoir du Côté Obscur et plongea dans les circonvolutions complexes qu’il avait arrachées à l’holocron d’Andeddu.
Les ténèbres glacées qui avaient commencé à l’avaler se dissipèrent, remplacées par une explosion brûlante de lumière écarlate quand le pouvoir du rituel se déploya. Bane sentit la chaleur inimaginable qui consumait ses chairs en un millième de seconde. Mais déjà il ne faisait plus partie de son propre corps. Son esprit l’avait rejeté comme une vieille coquille pour en investir un nouveau.
Il eut soudain pleinement conscience de son environnement physique. Il voyait par les yeux de Zannah, il entendait avec ses oreilles. Il sentait le brasier du rituel et son éclat écarlate à travers la peau de la jeune femme. Mais Zannah était toujours présente. Elle se rendit compte de son assaut. Il éprouva sa terreur et sa confusion comme si elles étaient siennes. Et quand elle hurla d’horreur, il hurla à l’unisson.
Les tentacules ténébreux s’évanouirent dès que la concentration de Zannah se brisa et disparurent comme de la fumée dans le vent. D’instinct, elle lutta pour repousser l’envahisseur. Bane la sentait qui bloquait ses efforts et le rejetait alors même qu’il tentait de la chasser de son propre corps.
L’affrontement devint un duel entre deux volontés, leurs deux identités luttant dans l’esprit de Zannah pour la possession du corps de la jeune femme. Ils vacillèrent au bord du néant, Bane cherchant à effacer toute trace de l’identité de l’apprentie tandis que celle-ci luttait pour le précipiter dans les ténèbres.
Un moment, ils parurent se neutraliser parfaitement, sans qu’un des deux gagne ou cède du terrain. Et soudain tout fut terminé.
À noter que, si Bane n’a peut-être pas su utiliser ce pouvoir (le récit garde une certaine ambiguïté sur le sujet), l’holocron d’Andeddu est quant à lui tombé entre les mains d’un Jedi Obscur, Set Harth, qui aurait mis en application son enseignement pour survivre jusqu’à l’époque du Nouvel Ordre Jedi… grâce à des corps clonés. Un Palpatine avant l’heure, le goût du pouvoir en moins !
En 2012, James Luceno fait référence à son tour à Andeddu et à Bane dans son roman Dark Plagueis… Mais c’est pour que le Sith éponyme se refuse à employer cette technique.
Les disciples de Bane pensaient qu’il avait expérimenté une technique plus cruciale encore : celle du transfert d’essence, qu’il avait apprise après avoir acquis et pillé l’holocron de Dark Andeddu. Il s’agissait de transférer la conscience d’un individu dans un autre corps ou, dans certains cas, dans un talisman, un temple ou un sarcophage. C’est ainsi que les plus puissants des anciens Seigneurs Sith avaient encore vécu après leur mort et avaient pu hanter et harceler ceux qui pénétraient dans leurs tombeaux.
Mais rien de tout cela n’équivalait à la survie corporelle.
Plagueis n’avait aucune envie d’être réduit à une présence désincarnée, coincée entre deux mondes, incapable d’agir dans le monde matériel, si ce n’est par l’intermédiaire d’êtres velléitaires dont il pourrait guider les actions. Il ne voulait pas non plus expédier son esprit dans le corps d’un autre, qu’il s’agisse d’un Apprenti, comme on pensait que Bane avait tenté de le faire, ou d’un clone cultivé en cuve. Il ne se satisferait que de l’immortalité de son corps et de son esprit.
Il voulait la vie éternelle.
On comprend donc que l’élève de Plagueis, Sidious, n’aura pas les mêmes scrupules. Fait intriguant, le maître de Plagueis, Dark Tenebrous, utilise lui-même une technique rappelant par certains aspects le transfert d’essence lors de son trépas, mais avec des résultats… disons, moins concluants ! Un récit à retrouver dans la chronique oubliée La Voie des Ténèbres.
V. Vitiate, le Palpatine de l’Ancienne République
L’ultime démonstration du transfert d’essence dans l’Univers Étendu originel va être aussi la plus démonstrative. Quelques semaines avant la parution de Dark Plagueis, la galaxie Star Wars connaissait une petite révolution avec la sortie d’un MMORPG encore populaire à ce jour : The Old Republic. Cette suite des jeux Knights of the Old Republic nous présente une République en guerre avec un Empire Sith dirigé par un Empereur apparemment immortel : Tenebrae, aussi appelé Vitiate. Ce contemporain de Naga Sadow, vieux de 1500 ans, est parvenu à acquérir ses pouvoirs via un rituel ayant consommé toute la vie de sa planète natale, Nathema (un élément approfondi dans le roman Revan). Mais cette expérience ne l’a pas empêché d’utiliser le transfert d’essence… De façon assez différente à celle de Palpatine.
Né au sein de l’espèce Sith, Vitiate n’a semble-t-il pas éprouvé le spécisme de son lointain successeur, puisqu’il a occupé plusieurs corps d’espèces différentes, dont des humains. Il s’est montré également capable de transférer son essence dans plusieurs corps à la fois, se payant le luxe d’être simultanément Empereur Sith sous son identité de Vitiate et Empereur de l’Empire Éternel en tant que Valkorion. Un défi que Palpatine lui-même n’a pas tenté !
Tenebrae / Vitiate / Valkorion.
Si cette démonstration du transfert d’essence est la plus flamboyante et montre qu’auteurs et scénaristes ont pleinement intégré le concept du transfert d’essence, ils n’auront pas l’occasion de l’explorer plus avant dans l’Univers Étendu originel. Au printemps 2014, celui-ci est catégorisé « Légendes » ; au regard des seuls médias alors conservés (les films et la série The Clone Wars), l’Empereur Palpatine est bel et bien mort sur Endor et le transfert d’essence n’a plus lieu d’être.
Mais « les morts parlent », et Dark Sidious n’a pas dit son dernier mot…
VI. L’Ascension de Skywalker : « Il semble que Palpatine soit de retour »…
À qui doit-on l’idée de faire revenir Palpatine comme méchant dans l’Épisode IX de la saga ? Les récits divergent, en raison de la production compliquée du dernier opus numéroté de la saga à ce jour. L’idée n’était apparemment pas présente dans les scripts de Colin Trevorrow, réalisateur initial du film, mais la directrice de Lucasfilm Kathleen Kennedy a affirmé qu’elle était envisagée de longue date pour la postlogie.
Toujours est-il que le retour à la vie de l’Empereur est évoqué dès le tout début du film, dans le générique déroulant, et le personnage apparaît dans les premières scènes du film.
PALPATINE : Le Premier Ordre n’était qu’un début. Je te donnerai beaucoup plus.
KYLO REN : Vous mourrez avant.
PALPATINE : Ça m’est déjà arrivé. Le Côté Obscur de la Force donne accès à de nombreux pouvoirs que certains jugent… contre-nature.
La nouvelle arrive rapidement jusqu’à la Résistance, au sein d’une scène qui n’a pas manqué de générer son lot de mêmes…
POE DAMERON : On a décodé le message de l’espion du Premier Ordre, et il confirme le pire. Il semble que Palpatine soit de retour.
ROSE TICO : Mais attendez… Est-ce qu’on peut y croire ?
AFTAB ACKBAR : Ce n’est pas possible ! L’Empereur est mort !
BEAUMONT KIN : Une science occulte. Un clonage. Un secret connu des seuls Sith !
POE DAMERON : Il a planifié sa vengeance. Ses partisans préparent quelque chose depuis de longues années. La plus grande flotte que la galaxie ait jamais connu. Il appelle ça le Dernier Ordre.
Si l’on dépasse l’écriture assez contestable de cette scène, on s’aperçoit que les références à L’Empire des Ténèbres sont multiples. Les suppositions de Merry Brandebouc Beaumont Kin renvoient directement aux techniques employées par Palpatine dans les comics et à ce transfert d’essence revenu à de multiples reprises au cours des années 2000-2010 dans l’Univers Légendes. Quant à la flotte / super-arme, c’est peu ou prou la technique utilisée pour réaffirmer sa domination dans Dark Empire : une politique de la peur à tout-va et de dévastations en tous genres.
La piste du transfert d’essence semble se confirmer un peu plus tard dans le film avec les projets de Palpatine pour Rey : s’emparer du corps de sa petite-fille pour ne faire qu’un avec elle.
La novélisation du film (dans sa version étendue), puis le livre The Secrets of the Sith en 2021, donnent quelques éclairages complémentaires sur la réalité de la technique utilisée par l’Empereur. Appelée « transférence », elle est plus ou moins un équivalent du transfert d’essence Légendes ; toutefois, une différence majeure est qu’il s’agit cette fois d’un pouvoir découvert par Dark Plagueis (incapable de le mobiliser au moment de sa mort). Ici comme dans L’Empire des Ténèbres, Palpatine a utilisé le clonage pour se créer un corps capable d’accueillir sa conscience ; mais le Côté Obscur a dégradé et déformé celui-ci. Détail amusant, le support de vie utilisé par l’Empereur est appelé « harnais Ommin »… Et ressemble effectivement à celui du descendant de Freedon Nadd dans Tales of the Jedi.
D’autres tentatives de clonage de Palpatine donnent naissance à Snoke ou à son « fils » (le père de Rey). Si l’on manque de détails sur la façon dont ces projets furent élaborés, les productions télévisuelles diffusées sur Disney+ depuis 2019 semblent parsemer quelques indices. Est-ce lié au « Projet Nécromancie » sur l’enrichissement en midi-chloriens des clones, initialement porté Royce Hemlock dans The Bad Batch puis par Brendol Hux à l’époque de The Mandalorian ? Est-ce la raison pour laquelle les Vestiges de l’Empire s’intéressent à Grogu et à ses échantillons génétiques ? Nul doute que les futures sorties nous en dévoileront un peu plus à ce sujet…
Voilà pour cette plongée dans l’historique de la technique du transfert d’essence et de son utilisateur le plus célèbre, l’Empereur Palpatine… En attendant d’autres détails qui permettront d’en savoir plus à ce sujet et, qui sait, nous feront peut-être découvrir d’autres Sith capables d’employer ce pouvoir aussi terrifiant que fascinant !


