Samedi à 15 heures, (14 h en France), les Jaune et Bleu fouleront une pelouse où le Rugby français a vécu l’un de ses pires cauchemars. Sous un orage de fin du monde qui avait retardé le match et lancé une improbable chorégraphie de balaies afin d’évacuer avec les moyens du bord le déluge en provenance de l’océan Indien, le XV de France avait fini le bec dans l’eau dans une demi-finale de Coupe du Monde où 4 essais leur furent refusés et où les hommes de François Pienaar s’étaient ouverts en grand les portes d’un titre mondial fédérateur et réunificateur pour la nation arc en ciel. C’était en 1995…

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Ce jour-là, les joueurs tricolores étaient probablement les figurants malgré-eux de la reconstruction du peuple arc-en-ciel qui accueillait pour la première fois post-apartheid une compétition mondiale. 5 ans après la libération de Nelson Mandela et le début des travaux politiques qui mèneront en 1991 à l’abolition des lois raciales. Le monde entier n’avait d’yeux que pour les Springboks engagés sur leur terre et devant un public euphorique et multiethnique à la troisième Coupe du Monde de rugby, la première de leur Histoire (après avoir été écartés des compétitions mondiales durant l’Apartheid). Des stades pleins, une foule en délire et une tournée nationale (à résonnance mondiale) pour « Madiba » le père de la nation arc-en-ciel enfin réunie dans un sport (historiquement porté par les colons et pratiqué par leurs descendants uniquement) qui longtemps joua les mauvais élèves. L’histoire était trop belle pour que ce déluge ne vienne stopper son épilogue la semaine suivante à Johannesburg lorsque François Pienaar, capitaine des Boks désigné réunificateur national ne reçoive le trophée Webb Ellis des mains de Nelson Mandela portant le maillot des Springboks : l’un des plus beaux symboles sportifs à l’échelle géopolitique. Des images gravées aux yeux d’un monde heureux de voir la réunification d’un peuple trop longtemps divisé, séparé et malmené. Et tant pis si des soupçons de tentatives d’intoxication alimentaire, les quatre essais refusés au XV de France dont celui d’Abdelatif Benazzi que la VAR actuelle aurait bien eu du mal à contester dans la marre du Kings Park à la fin d’un match qui n’aurait jamais dû être disputé dans des conditions apocalyptiques… l’histoire était trop belle et a donné au Rugby un élan fédérateur incroyable en Afrique du Sud.

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Le Rugby est devenu un marqueur social, culturel et historique en Afrique du Sud et particulièrement à Durban, dans la province du Natal qui a depuis toujours porté des valeurs de combats féroces. C’est la province des avants sud-africains, celle de John Smit (l’ancien capitaine champion du Monde en 2007 et ancien clermontois), celle des Etzebeth, Nché, Kolisi, Mbonambi qui pourraient croiser la route des Auvergnats samedi. Les Sharks ont vu passer les plus grands noms du rugby sud-africains et ont réussi à faire du rugby un lien sociétal fort. Que ce soit au stade où toutes les générations et toutes les communautés partagent un moment de fête mais aussi dans les zones défavorisées de Durban où les Sharks multiplient les actions dans les Townships. Autrefois symbole de division et outil de pouvoir, le Rugby est devenu une passerelle sociale grâce aux politiques de transformation du sport sud-africain. Des programmes scolaires et communautaires ont permis aux jeunes joueurs des townships et écoles publiques du KwaZulu-Natal d’accéder à une éducation de qualité et des bourses scolaires. Dans une ville marquée par la coexistence de cultures zouloue, indienne et européenne, le rugby agit comme un langage commun.

Alors tant pis pour cette demi-finale perdue et les regrets du XV de France, c’est probablement aussi bien ainsi à la vue du chemin parcouru par le rugby sud-africain depuis ce déluge. Samedi, les Auvergnats seront sur les lieux de ce moment historique face à une équipe des Sharks soutenue par un public qui sait ce que veut dire la résilience et la communion.