Depuis le jeudi 8 janvier, la dernière fois où elle a pu parler à sa mère, Sahar (1) ne lâche plus son smartphone. Même si les télécommunications ont été coupées par le pouvoir, de peur que des images des manifestations monstres, et surtout de leur sanglante répression, ne parviennent à l’étranger, elle espère toujours qu’une bonne nouvelle apparaîtra sur son petit écran. « La situation en Iran est grave. Cette fois, les gens sont très nombreux à manifester dans la rue. Je suis inquiète car je sais que la vie ne vaut pas grand-chose pour le pouvoir en place. Alors l’impossibilité de parler avec ma famille me stresse », confie la jeune femme.

Massacres redoutés

À près de 5 000 km de Téhéran, la jeune femme, qui appartient à la minorité kurde d’Iran, est bien impuissante, mais elle veut rester positive. « Je sais que pour le régime, seule sa survie compte. Mais je me dis que, si tous les Iraniens sont dans la rue, les pasdarans (les Gardiens de la révolution de 1979, NDLR) et autres forces de sécurité ne pourront pas tuer tout le monde… À chaque seconde, j’espère apprendre que le régime des mollahs est enfin tombé ».

Les rares informations qu’elle glane ici et là ne sont pourtant guère encourageantes jusqu’à présent. Selon Iran International, un média d’opposition installé à Londres, « douze mille personnes auraient été tuées jeudi et vendredi dernier. 12 000 morts en à peine deux jours ! Quel régime est capable d’une telle violence envers son peuple ? », interroge-t-elle, abasourdie par l’ampleur des massacres présumés.

Pour Sahar, les condamnations internationales ne suffisent plus. « Finies les réprobations ! Les États-Unis, l’Europe doivent agir. Avec le soutien de Trump, le peuple iranien qui, dans sa grande majorité, n’en peut plus du pouvoir en place, peut contribuer à faire tomber le régime des mollahs », assure la jeune femme. Elle va même plus loin en affirmant que : « En juin dernier, lors de la guerre dite des 12 jours, c’est assez bizarre de dire cela, mais les Iraniens – véritablement à bout par la situation économique et l’absence de liberté – étaient plutôt contents qu’Israël et les États-Unis bombardent leur pays ». Des propos pour le moins surprenants qu’elle explique en ces termes : « Les bombardements israéliens et américains sur l’Iran n’ont fait aucune victime innocente. Il n’y a pas eu de dommages collatéraux (2) ».

Reconnaissante envers la France

Une nouvelle ingérence étrangère, véritable cauchemar des mollahs, n’est pas impossible. Trump n’a-t-il pas menacé Téhéran à plusieurs reprises ces dernières semaines ? « Les dirigeants iraniens condamnent toute ingérence étrangère, mais alors que fait l’Iran au Liban, en Syrie, en Irak, ou encore au Yémen ? », rétorque Sahar.

Si elle appelle de ses vœux la chute du régime, la jeune femme n’est pas pour autant prête à rentrer au pays. « Je dois toute ma vie à la France. Ce pays m’a soutenue dans ma vie personnelle, comme professionnelle. C’est par exemple la France qui paye ma formation en école paramédicale. Je lui suis extrêmement reconnaissante et je veux rendre à la France ce qu’elle m’a donné », témoigne Sahar, très émue. Après quelques instants pour se reprendre, elle raconte : « J’ai toujours voulu travailler dans le médical. Lorsque j’étais en première année de médecine en Iran, à l’occasion de la fête nationale, les étudiants ont été invités à piétiner les drapeaux américain et israélien dépliés au sol à l’entrée de l’université. J’ai refusé et j’ai été aussitôt black-listée, interdite de poursuivre mon cursus ».

1. Pour ne pas exposer sa famille qui vit toujours en Iran, le prénom a été changé.

2. Selon l’ONG Human Rights Activists, basée à Washington, les bombardements israéliens et américains sur l’Iran auraient fait au moins 1 054 morts et 4 476 blessés.