Souveraineté
Après une concertation publique jalonnée de débats parfois houleux, le dossier est soumis à enquête publique. Lancée peu avant la trêve de Noël, celle-ci se termine en boulet de canon ce 15 janvier. La procédure est prescrite au titre de l’autorisation environnementale, incontournable pour une industrie de type Seveso seuil haut. D’elle dépend aussi la mise en compatibilité du règlement d’urbanisme (PLUI) de Bordeaux Métropole. Sachant qu’en l’état, le terrain ciblé à l’arrière du terminal portuaire de Grattequina est inconstructible.
La surface totale du projet atteint 32 hectares. Le Grand Port maritime de Bordeaux (GPMB) est propriétaire du foncier. Il espère 20 % de croissance du trafic fluvial de porte-conteneurs. D’autres soutiens font valoir les emplois créés, l’impact sur l’économie locale, le défi de la transition énergétique via la filière de la batterie (projet Battena en Nouvelle-Aquitaine), le potentiel de recyclage. Soutenir Emme reviendrait à favoriser la souveraineté industrielle de la France et de l’Europe, et une moindre dépendance vis-à-vis de la Chine. ACD Nouvelle-Aquitaine, cluster régional de la filière chimie, y voit une « opportunité unique » de renforcer les liens avec l’écosystème de recherche et développement régional (universités, écoles d’ingénieurs, etc.).
Inondable
Reste qu’à quelques heures de sa clôture, l’enquête publique penche du côté inverse. Le registre en ligne compile plus de 1 200 observations et les avis défavorables (anonymes ou signés) l’emportent massivement. Pour beaucoup, l’implantation de l’usine dans une zone inondable située dans le lit majeur de la Garonne, au cœur du parc des Jalles et à proximité d’une zone Natura 2000 est une ineptie. Le remblai de 500 000 m3 censé mettre la raffinerie à l’abri des scénarios les plus pessimistes de submersion (la tempête de 1999 plus 120 cm de rehausse des océans au Verdon-sur-Mer) ne rassure guère dans un contexte de changement climatique.
« L’entreprise aura beau anticiper les risques encourus pour la population […], nul ne peut prévoir le futur. La nature n’a que faire des modélisations digitales des flux […]. Que vos certitudes d’aujourd’hui ne soient jamais la voie qui fera le malheur d’une multitude demain », peut-on ainsi lire (contribution 449). « Le remblai va entraîner l’artificialisation de plus de 30 hectares, dont environ 15 hectares de zones humides. Cette transformation remettrait profondément en cause le fonctionnement hydraulique du secteur », persiste l’association de défense de la nature Sepanso Gironde, évoquant un impact sous-évalué sur Saint-Louis-de-Montferrand.
Accidents
Une pollution accidentelle de la Garonne est redoutée. Aux garanties de sécurité apportées par Emme répond l’absence de risque zéro. Et certains de rappeler les incendies de Lubrizol à Rouen et d’Elkem à Saint-Fons (Rhône), deux sites pourtant contrôlés en raison de leur qualification Seveso seuil haut. Le choix stratégique laisse également perplexe. Des contributeurs relèvent le caractère « obsolète » des batteries NMC (nickel, manganèse, cobalt) face à la montée en puissance de la technologie LFP (lithium, fer, phosphate). D’autres s’inquiètent des impacts du raccordement électrique RTE de l’usine, une ligne souterraine de 63 000 volts devant saigner Parempuyre sur sept kilomètres.