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La nouvelle poupée Barbie de Mattel, représentant une personne autiste, suscite des réactions contrastées. Conçue avec des associations, elle vise à refléter la neurodiversité. Pourtant, certaines critiques dénoncent une approche marketing simpliste.
Le 12 janvier 2026, le géant du jouet Mattel a annoncé la mise en vente d’une nouvelle poupée Barbie censée représenter une personne atteinte de troubles du spectre autistique. Cette nouveauté s’inscrit dans la stratégie plus large de la marque américaine visant à élargir la diversité de ses modèles, après des poupées représentant notamment des personnes aveugles, atteintes de diabète, de vitiligo ou de trisomie 21.
Malgré un travail mené en collaboration avec une association luttant pour une meilleure représentation des personnes autistes dans les médias, cette nouvelle poupée Barbie n’a pas fait l’unanimité. À commencer par l’association SOS Autisme France, qui a annoncé vouloir porter plainte contre Mattel. Décryptons cette affaire.
Un travail de co-création mais une représentation discutée
Mattel assure avoir conçu ce modèle en collaboration avec le Réseau d’auto-représentation des personnes autistes (Autistic Self Advocacy Network) après 18 mois de concertation afin de refléter certains aspects de leurs expériences du monde. La poupée présente des articulations aux coudes et poignets permettant des mouvements répétés, un regard légèrement détourné « pour représenter la façon dont certaines personnes autistes évitent parfois le contact visuel direct », écrit dans un communiqué du géant du jouet. La Barbie est en outre livrée avec des accessoires tels qu’un casque antibruit, un fidget-spinner et une tablette de communication.
Selon Mattel, le but est d’offrir une représentation visible de la neurodiversité, permettant aux enfants autistes de se reconnaître et aux autres de mieux comprendre leurs modes d’interaction sensorielles et communicationnelles.
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Des réactions très contrastées
La réaction est loin de faire l’unanimité. « J’ai été extrêmement choquée par ça, c’est quand même un trouble qui est sérieux », a réagi auprès de France Info, mardi 13 janvier, la présidente de l’association SOS Autisme, Olivia Cattan, qui accuse la marque de « réduire complètement ce syndrome en quelque chose de marketing ».
Interrogée par Libération, Sandrine Sonié, pédopsychiatre et coordinatrice du Centre ressources autisme Rhône-Alpes, cette initiative constitue « un premier pas vers la reconnaissance des personnes autistes comme faisant partie de notre société ». Elle regrette toutefois que la poupée renvoie « la forme la plus stéréotypée de l’autisme ». Un avis partagé par André Massin, président de l’association AFG Autisme : « L’autisme est un mode de fonctionnement et on ne peut pas le deviner dans une poupée. »
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« En tant qu’autiste, je trouve l’initiative trop cool »
Pour d’autres, en revanche, la Barbie représente justement la diversité neurologique, avec des gadgets réellement utilisés par certaines personnes autistes. « Je suis autiste et cette poupée, à la différence de la tablette, c’est littéralement moi. […] Si pour vous toute personne autiste […] qui a besoin d’aide et qui est visiblement handicapée avec des aides est un stéréotype, rendez-vous compte du validisme de votre pensée », déclare une internaute en commentaire d’une interview réalisée par M6.
« En tant qu’autiste je trouve l’initiative trop cool. C’est compliqué de représenter un handicap invisible donc oui ça ne représente pas tous les types d’autisme mais c’est super d’avoir cette représentation », commente une autre personne. Une pensée qui semble aller à contre-courant d’une majorité d’associations, œuvrant pourtant pour le même combat.
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Au-delà des critiques, ces poupées peuvent-elles malgré tout jouer un rôle positif auprès des enfants ? Pour la psychologue Marielle Lesecq, elles permettent avant tout de rendre visible un handicap qui ne l’est pas toujours. « Ça donne une image, ça visibilise finalement un handicap invisible. Je pense que ce qui va être aussi intéressant, c’est de faire de la sensibilisation autour de l’autisme », souligne-t-elle auprès de TF1. En France, 700 000 personnes sont atteintes d’autisme selon la Haute Autorité de Santé.