Médiatique députée du Var depuis 2022, l’élue d’extrême droite se présente aux municipales de mars prochain à Toulon. Elle pourrait bénéficier des très bons résultats de sa formation dans le département et d’un contexte politique favorable.

Le Rassemblement national place beaucoup d’espoirs dans sa candidature: à Toulon, la députée Laure Lavalette, en lice pour les municipales des 15 et 22 mars prochains, représente l’une des meilleures opportunités de succès pour le parti d’extrême droite.

Dans cette ville de quelque 180.000 habitants – soit davantage que dans la dizaine de mairies détenues par le RN – « on peut avoir une belle surprise », prédisait Philippe Olivier, conseiller spécial de Marine Le Pen, auprès de BFMTV en décembre.

En l’emportant, le RN prendrait la préfecture du Var pour la deuxième fois de son histoire, après l’avoir ravie à la droite en 1995 sous l’égide de Jean-Marie Le Chevallier, qui a laissé le souvenir vivace d’une gestion calamiteuse.

« Gagner Toulon est très symbolique pour nous parce que ça montrerait que plus grand-monde ne se rappelle de ce qui s’est passé et qu’on nous perçoit comme un parti relativement neuf », observait auprès de BFM un vieux routier du RN il y a quelques semaines, tandis que l’entourage d’un député salivait d’avance:

« Même si à la fin on ne gagne pas beaucoup de villes, avec quelques grosses communes comme Toulon, les gens retiendront qu’on aura gagné les municipales ».

En tout cas, pas question de cacher ces ambitions pour le parti à la flamme. Laure Lavalette a affiché publiquement la couleur récemment auprès de l’AFP, affirmant: « On a des grandes chances de victoires. Le Var est patriote. »

Contexte politique et électoral favorable

L’élue de 49 ans, qui s’est officiellement lancée dans la course la semaine dernière, tiendra son premier meeting ce mercredi 14 janvier à Toulon.

Pour elle, comme pour le parti frontiste, les raisons d’y croire sont nombreuses. D’abord, le RN a le vent en poupe dans le 83. Sept des huit députés du département arborent ses couleurs.

Finalement, seule la circonscription regroupant la majeure partie de Toulon, a échappé à l’extrême droite, même si Marine Le Pen a réalisé des bons scores dans la ville lors de la présidentielle 2022, obtenant 49,57% des voix au deuxième tour face à Emmanuel Macron (50,43%). Soit 5,5 points de plus qu’en 2017.

Autre élément favorable pour le RN: non seulement, le presque inamovible Hubert Falco, maire de la ville pendant 22 ans, a été déchu après sa condamnation en 2023 à une peine d’inéligibilité avec exécution immédiate pour recel de détournement de fonds publics.

Mais en plus de cela, sa succession s’avère très délicate, entre la candidature déclarée du sénateur LR Michel Bonnus, qu’il soutient, et celle possiblement de la maire actuelle, Josée Massi, qui laisse planer le doute sur ses intentions.

Autant dire que la réelection d’Hubert Falco en 2020 dès le premier tour avec plus de 61% des voix est un lointain souvenir pour la majorité sortante.

Figure connue des plateaux télé

Pour faire la différence, Laure Lavalette compte aussi sur son ascension réalisée ces dernières années. Personnalité volubile, reconnaissable à son carré brun et son blazer blanc qu’elle porte régulièrement, la porte-parole de Marine Le Pen lors de la présidentielle de 2022 s’est imposée.

Cela, que ce soit sur les plateaux télé – qu’elle enchaîne régulièrement avec son débit fleuve- ou dans les urnes. À Toulon, sa victoire de 2022 dans la 2e circonscription s’est largement confirmée aux élections anticipées de 2024 où elle a été élue dès le premier tour avec 50,81% des suffrages.

Cette mère de cinq enfants, catholique pratiquante qui assite à la messe en latin et assume d’être opposée au mariage pour tous, est connue pour prôner une ligne très conservatrice.

« Elle ne représente pas le courant de Marine Le Pen, plutôt celui de Jean-Marie, bien du Sud, ou de Marion Maréchal quand elle était au FN », disait son adversaire aux législatives de 2022, la macroniste Cécile Muschotti dans Le Monde, tandis que la principale intéressée répondait: « Je n’ai aucune difficulté avec la ligne sociétale de Marine Le Pen. »

Entrée au FN en 1997

Originaire de la région bordelaise, Laure Lavalette n’aime pas qu’on lui rappelle le passé militant de son père au groupuscule nationaliste Ordre Nouveau. « J’ai le droit d’avoir une pensée propre… j’étais déjà déléguée de classe en 4e, j’aimais la ramener, défendre la veuve et l’orphelin », se défend-elle auprès de l’AFP.

La députée est une militante de longue date. Elle a rejoint le Front national (devenu RN en 2018, NDLR) , dont son père a également été membre, dès 1997, après avoir fait ses armes à l’université de droit de Bordeaux dans un milieu étudiant violent comme le racontait un article de L’Express datant de mars 2023.

La jeune frontiste s’est présentée l’année suivante aux cantonales à Bègles, échouant à l’emporter dans le fief de l’écologiste Noël Mamère. Par la suite, cette dernière s’est mariée à un Toulonnais en 1999, se consacrant à la vie familiale. La même année, elle a suivi l’ex-numéro deux du FN Bruno Mégret, rejoignant pour quelques mois son parti, le Mouvement national républicain (MNR), avant de finalement revenir au parti au début des années 2010.

À cette période, Laure Lavalette a obtenu ses premiers mandats de conseillère régionale et municipale, avant de gagner la députation dix ans plus tard.

Pour poursuivre sa progression, la parlementaire veut mettre toutes les chances de son côté. Elle s’est épargnée l’étiquette de son parti pour les municipales en assurant en janvier sur ICI Provence que « des gens » lui disent: « On n’est pas RN, mais on a envie de voter pour vous ».

Cette prise de distance suffira-t-elle pour l’emporter?