Xavier Garcia s’était mis en retrait de la politique locale en 2021, en quittant le poste de secrétaire départemental du Parti socialiste qu’il occupait depuis 2014, après une défaite aux Régionales.
Il avait alors préféré « s’effacer » au second tour pour faire barrage au Rassemblement national.
Pourtant, dans un contexte de duel des droites, il a décidé de revenir dans la course… des municipales, cette fois. En cavalier seul.
Parce qu’une alliance avec LFI était impossible et que les discussions avec l’autre liste de gauche, portée par le trio Chesnel-Picot-Allemand, ont viré au bras de fer à « trois contre un ».
Le voici tête d’une liste fortement inspirée par le micro parti de Rafaël Glucksmann, Place Publique.
Même si Xavier Garcia vise plus large, tant pour ses colistiers que pour ses futurs électeurs.
Vous n’êtes donc pas passé à Place Publique que pour « coller des affiches » ?
Je n’avais pas vocation à être tête de liste aux Municipales quand j’ai rejoint Place Publique. Je pensais qu’il pouvait y avoir une union à gauche et notre chef de file, à Place Publique, c’était Arielle Bergara, une femme haute fonctionnaire qui a été DGS de nombreuses communes. On était partis dans cette idée-là. Mais les discussions ne se sont pas bien passées…
Celles qui englobaient La France insoumise ?
Pour nous, il était hors de question de travailler avec LFI. On l’a fait savoir dès le début. Même s’il y a peu d’animosité avec ses représentants locaux nous n’avons simplement pas grand-chose en commun. Sur l’idéologie, mais surtout sur les méthodes.
Quelles méthodes ?
Les ambiguïtés nationales. Mais aussi à l’international, avec Poutine, le discours sur Gaza qui n’est pas toujours illégitime mais qui ramène le conflit en France. Dans l’état où est le pays, je trouve ça irresponsable. Et puis cette idée de toujours violenter le débat politique… Ça nous déplaît fortement. On ne fait pas partie de la même famille politique, en fait.
Et avec la liste « Unis pour Nice » portée par l’Écologiste Juliette Chesnel-Le Roux ?
Je n’ai aucun problème avec ces personnes. C’est même le contraire. Mais j’en ai un avec la logique d’appareils qui a prévalu lors de nos discussions.
À Place Publique, nous faisons le constat que ce sont ces logiques d’appareils qui ont conduit, depuis 2001, à faire passer la gauche de 41 à 18 % des voix.
Quand les discussions se limitent à vous tordre le bras à trois contre un, on en tire les conclusions et on va faire autre chose. On est heureux, d’ailleurs, de proposer autre chose, enfin…
C’est quoi « autre chose » ?
Autre chose que ces logiques d’appareil, où à chaque fois on reconduit les mêmes sortants pour un résultat encore pire. Chez nous, il n’y a pas de statut. Élus, anciens élus, ça ne compte pas. C’est la qualité des personnes, leurs compétences et leur rayonnement qui prévaut.
C’est ce qu’on appelle la société civile et c’est une très forte connotation de la liste que je conduis. Même si, évidemment, on ne renie pas notre appartenance à la famille politique de Raphaël Glucksmann.
Une liste Place Publique, en somme ?
Je suis Place Publique. Il y a des chefs de file de Place Publique. Notamment Laurent Ciubini, l’ancien directeur des sports de la Ville, aujourd’hui directeur d’une grande fédération sportive. Mais non, ce n’est pas une liste Place Publique.
Il y aura des gens de tous horizons. Nos militants sont d’ailleurs prêts à céder leur place à d’autres issus de la société civile. Ils ne réclament rien. Ils sont là pour construire quelque chose. C’est une autre logique.
C’est quoi alors, votre logique ?
Je viens de le faire pour clarifier les choses, mais nous ne sommes pas là pour parler des autres candidats. Nous sommes là pour faire des propositions. Nous travaillons, depuis longtemps, sur le programme, sur les idées.
Tout est prêt. On va juste avancer nos propositions. Les Niçois adhéreront ou n’adhéreront pas à cette nouvelle méthode. Mais en tout cas, on va essayer quelque chose de différent.

N’êtes-vous pas, vous-même, issu de ces logiques d’appareil que vous dénoncez ?
Durant toutes ces années, je pense avoir montré un visage différent. Je me suis souvent effacé par esprit de responsabilité. Je n’ai pas eu de mal à quitter la politique en 2021. Je n’ai jamais été candidat à tout.
D’ailleurs, je ne l’étais pas pour conduire cette liste. J’ai été désigné pour ça. Parce que je suis un visage connu, que j’ai une expérience. Encore une fois, j’étais prêt à me mettre en dehors de l’équation. Ce n’était vraiment pas un souci. Ce qui compte, c’est le projet que l’on porte.
Quel est-il ? Qu’est-ce qui vous distingue ?
Ce que nous voulons faire, c’est une politique incitative plutôt que coercitive. Surtout, nous voulons être novateurs et parler de sujets qui sont, bien souvent, en dessous des radars. Je pense à des choses concrètes comme le handicap à l’école et les troubles des apprentissages. Un phénomène massif qui touche 20 % des enfants. On pourrait prendre en charge l’évaluation des enfants par une neuropsychologue.
On sait aussi que les bâtiments niçois sont très pauvres énergétiquement. On pourrait les faire rénover gratuitement en mobilisant des prêts de la Banque européenne d’investissement, remboursés grâce aux économies d’énergie. C’est possible, comme c’est possible de lutter contre la vacance des logements mais de manière incitative…
Tout un programme ?
Nous le détaillerons. Je ne suis pas simplement là pour jouer les arbitres d’un duel entre les deux candidats de droite, ni même pour parler, en mal en plus, de mes anciens camarades de gauche.
Pour résumer, qu’est-ce qui fait défaut à Nice ?
Le problème, c’est son modèle économique. Nice souffre principalement de deux choses : son enclavement et son manque de diversité économique. Il faut une action interventionniste, maîtriser le foncier pour faire venir des entreprises en phase d’industrialisation.
Sur l’enclavement, nous sommes coincés entre l’aéroport, qui va finir par asphyxier Nice-Ouest, et la frontière à Vintimille, envahie par les camions les plus polluants d’Europe parce qu’ils sont interdits dans le tunnel du Mont-Blanc. Il en passe 5 000 chaque jour. On pourrait les taxer.
Surtout, il faut relancer le dossier de la ligne à grande vitesse. Parce que 2035 c’est trop loin. De même que les lignes 4 et 5 de tramway sont une priorité mais on ne peut réclamer en même temps la gratuité, pas tout de suite.
Encore faut-il être élu. Une liste de plus, ce ne sont pas des chances en moins pour la gauche ?
Ce sont les listes d’appareils qui ont toujours hypothéqué les chances de la gauche. Ce sont les chiffres qui le disent. Être tombé à 18 % des voix, ce n’est pas une honte quand c’est ce qu’on vaut.
Mais quand on fait plutôt 30 % sur des scrutins nationaux, il faut se poser des questions. Ce que je pense, c’est qu’il y a aujourd’hui des gens de gauche qui ne votent plus pour les listes de gauche aux municipales.
Notre objectif n’est pas de prendre des voix aux autres candidats de gauche, c’est de parler à un électorat orphelin. On espère que les gens adhéreront. C’est notre pari.