De petits morceaux de tissu ont officiellement été restitués à la France par les archives de la province allemande du Schleswig-Holstein, ce mercredi 14 janvier. Ces fragments proviennent de la Tapisserie de Bayeux, emportés et conservés par Karl Schlabow, un scientifique ayant participé à la mission nazie chargée d’étudier l’œuvre médiévale en 1941. La famille de ce dernier avait fait don de ses archives privées au service des archives de la province allemande.
« C’est au cours de l’inventaire de ce fonds, en 2023, qu’on a découvert une plaque de verre qui enfermait des morceaux de tissu. Avec d’autres documents de ce fonds et grâce à l’étiquetage sur la plaque, il a été possible d’identifier ces fragments comme provenant de la Tapisserie de Bayeux », explique Rainer Hering, le directeur des archives du Schleswig-Holstein.
En juin 1941, l’Ahnenerbe, un institut de recherche chargé de faire le lien entre patrimoine historique et idéologie aryenne, avait missionné quatre scientifiques allemands pour étudier la Tapisserie de Bayeux, sujet d’intérêt pour les nazis, notamment pour les racines scandinaves de Guillaume le Conquérant et la conquête de la Grande-Bretagne. Karl Schlabow était spécialisé dans l’étude des tissus anciens. Un artiste peintre spécialisé dans l’analyse des couleurs, un archéologue et un photographe complétaient l’équipe alors envoyée dans le Bessin.
Le musée bayeusain avait déjà obtenu des reliques de cette mission scientifique nazie. En 2008, par un don de l’épouse du directeur de ladite mission. Puis, en 2019, « la famille de Herbert Jeschke, le spécialiste des couleurs, avait donné des croquis, des dessins, des calques et reproductions aquarellées de motifs de la Tapisserie et des photos en noir et blanc », rappelle Fanny Garbe, la responsable communication du musée. Dont le cliché ci-dessus de trois des scientifiques à l’ouvrage au-dessus de la Tapisserie. Des documents prêtés au musée du Schleswig-Holstein entre avril et novembre derniers, le temps d’une exposition où figuraient également les fameux fragments conservés par Karl Schlabow, retrouvés un peu par hasard lors du catalogage des archives.
La recherche continue
Voilà donc ces vestiges, non brodés, de retour. « Il était évident que ces morceaux de tissu prélevés par les nazis 85 ans auparavant devaient être restitués à la France », ajoute le directeur des archives du Schleswig-Holstein. « On a des soupçons sur l’endroit où a été prélevé le fragment sur la Tapisserie », glisse Fanny Garbe. « Sûrement au début de la broderie. Nous disposons d’une photo de 1941 où on voit qu’un trou est fait. »
Des analyses pourraient être diligentées pour « continuer à enrichir la connaissance de l’œuvre. On a encore des périodes où on ne sait rien. Par exemple, la Tapisserie figure sur l’inventaire du trésor de la cathédrale de Bayeux en 1476 et sur une reproduction du XVIIIe siècle. Et, entre les deux, aucune information », étaye la responsable communication du musée.
Ces fragments pourraient aussi livrer des enseignements sur le vieillissement des tissus. Pour leur préservation, ils ne sont pas voués à être exposés dans le futur musée de la Tapisserie (dont l’ouverture est prévue pour octobre 2027), qui fera tout de même une place plus large à ces éclairages historiques sur la broderie. La restitution des fragments intervient alors que la Tapisserie patiente dans les réserves avant son départ en Angleterre, en début d’été, pour un prêt symbolique et une exposition événement au British Museum de Londres à partir de septembre.