La mission au musée du Louvre de Philippe Jost a-t-elle été annulée? Pourquoi Rachida Dati laisse-t-elle planer le doute sur l’avenir de Laurence des Cars à la tête du musée? Près de trois mois après le cambriolage spectaculaire, la situation n’est toujours pas apaisée dans le musée le plus visité au monde.
C’était le joker de Rachida Dati en fin d’année. La 14 décembre dernier, la ministre de la Culture officialisait dans un communiqué avoir confié à Philippe Jost une mission « afin de proposer les mesures et évolutions nécessaires pour répondre aux difficultés identifiées et renforcer les atouts du plus grand musée du monde ».
Il était même précisé: « Philippe Jost mènera cette mission en janvier et février 2026, concomitamment à ses fonctions de président de l’établissement public Rebâtir Notre-Dame de Paris ». Le but? Proposer un rapport très rapidement. « Il remettra ses premières recommandations fin février 2026 », promettait le communiqué.
Et pourtant, en ce jeudi 15 janvier, le haut-fonctionnaire n’est toujours pas arrivé au musée. Sa lettre de mission n’aurait pas été signée. Sans elle, impossible de débuter son « enquête » approfondie. « Rien d’écrit ni d’officiel, mais j’ai eu la même information par le ministère de la Culture », confie une source syndicale à BFMTV, confirmant une information révélée par le Figaro.
Traduction: il n’est pas près d’arriver. Une autre source nous indique même, affirmatif: « Il ne vient plus ». Même son de cloche du côté de la commission culture au Sénat qui suit le dossier Louvre avec attention. Le ministère de la Culture et l’entourage de Philippe Jost, eux, n’ont pas répondu à nos sollicitations.
« C’est très tendu du côté de la direction du musée »
L’imbroglio est complexe. « Philippe Jost avait compris qu’il allait prendre la direction générale du musée, une sorte de nouveau poste. Mais Rachida Dati s’y serait finalement opposée », glisse-t-on dans les couloirs du musée. Pourtant, la situation s’enlise au Louvre, qui était fermé au public lundi dernier pour cause de grève.
Le préavis a été reconduit ce mercredi à l’unanimité, mais pas de grève ce jour. La crise commence à s’installer après une pause pendant les fêtes. « L’ouverture du musée peut être perturbée et certaines salles rester exceptionnellement fermées. Nous vous prions de nous excuser de la gêne occasionnée », peut-on lire sur la page d’accueil du site internet du musée.
Pourquoi la Cour des comptes accable-t-elle la sécurité du musée du Louvre?
« C’est très tendu du côté de la direction du musée », explique un salarié à BFMTV. « Le Louvre est devenu un bunker après le cambriolage. C’est aussi pour cela que le mouvement dure: alors que le préavis de grève a été déposé le 8 décembre, ils n’ont communiqué des informations sur les rémunérations que le 9 janvier », s’étouffe un syndicaliste auprès de BFMTV.
Pourtant, chaque journée de grève coûterait au musée jusqu’à 400.000 euros, selon des chiffres avancés par Le Figaro. Et ce n’est pas l’augmentation du tarif d’entrée pour les touristes non-européens à 32 euros, instaurée le 14 janvier, qui va combler le manque à gagner.
Laurence des Cars est-elle menacée à la tête de l’établissement? Possible. Même si sa démission a été refusée après le cambriolage, le vernis semble craquer en ce début d’année. Rachida Dati n’a pas dû rassurer la Conservatrice générale du patrimoine quand elle a rappelé cette semaine qu’il y a « un problème de gouvernance » à la tête du musée.
Pire, la ministre de la Culture a ajouté menaçante: « nous allons prendre nos responsabilités très prochainement ». « La rupture est désormais totale entre Dati et des Cars », affirme une source syndicale auprès de BFMTV. À tel point que la ministre de la Culture aurait déjà acté son remplacement, au plus tard à la rentrée de septembre. Le mandat de Laurence des Cars prendra fin le 31 août et ne serait donc pas renouvelé. Emmanuel Moulin, le secrétaire général de l’Élysée, se serait d’ailleurs déjà emparé du dossier en lien avec la rue de Valois.
Le divorce est consommé
Et ce ne sont pas les salariés du Louvre qui regretteront la présidente actuelle. Les syndicats n’ont que très peu de contacts avec la direction. « On a eu une dizaine de rendez-vous ministériels, mais seulement deux avec la direction depuis le dépôt du préavis de grève. C’est quand même fou que le ministère nous accorde plus de temps que notre propre direction », s’étrangle un syndicaliste.
« Le problème, c’est que le Louvre est un établissement public en autonomie de gestion, et que les possibilités d’intervention du ministère sont statutairement limitées », rappelle, amer, un autre participant à ces réunions.
A Paris, au musée du Louvre, le 8 décembre 2025, des visiteurs venus admirer la Joconde et se prendre en photo devant elle. © ERIC BRONCARD / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP
Laurence des Cars poursuit en tout cas son travail. Sans sourciller, elle a écarté ces derniers jours deux chefs de grands départements. La présidente a débarqué Sophie Jugie du département des sculptures, « quelqu’un de très loyal et respecté », nous dit-on pourtant. « Elle ne va pas se faire plus d’amis en faisant cela », glisse une source à BFMTV.
Xavier Salmon à la tête du département des Arts Graphiques n’a, lui, pas été renouvelé. Ces deux dirigeants avaient pour point commun de ne pas avoir été nommés par Laurence des Cars. « Ils n’auraient pas été suffisamment affables avec la présidente », assurent, d’ailleurs, des proches des anciens chefs de départements.
Aujourd’hui, le divorce semble consommé et attendu dans les couloirs du musée. « Je pense que son remplacement est la seule solution pour sortir vraiment de la crise actuelle. Il y a une telle défiance en interne que même un bon projet serait rejeté s’il était porté par des Cars », prévient une source syndicale à BFMTV.