Romain Combaud : Je suis en observation avec l’équipe de développement de Picnic PostNL afin peut-être de devenir directeur sportif en 2027. C’est une opportunité, je ne me ferme aucune porte. J’ai aussi autre chose de plus proche de la maison, devenir conducteur de travaux dans la maîtrise d’œuvre. J’aime bien tout ce qui est lié au bâtiment, à la construction de maisons individuelles ou de la rénovation. Je suis quelqu’un qui travaille avec ses mains.
Ce sont deux possibilités bien différentes…
Il faut que je regarde la bonne balance au niveau familial. J’ai passé les quinze dernières années à vivre du vélo. On laisse donc un petit peu de côté la vie de famille. Je suis papa depuis plus d’un an, j’ai envie de profiter un peu plus de la famille. Il faut que j’aie tous les éléments avant de prendre une décision sur mon avenir professionnel.
« MA PREMIÈRE IDÉE, C’ÉTAIT VRAIMENT DE COUPER »
Avais-tu déjà commencé à réfléchir à ton après-carrière ces derniers mois ?
Pas du tout ! Je m’étais dit que j’y réfléchirais lors de ma dernière année pro. J’espérais refaire un an en 2026. Bien sûr, avec ma femme, ça nous arrivait de parler de l’après. J’avais des idées mais pas du tout celle de rester dans le milieu. Ce qu’on m’a apporté, j’ai envie de le transmettre aux jeunes mais au niveau des associations locales en tant que bénévole. Peut-être plus dans la course à pied que dans le vélo, au niveau départemental ou régional.
Pourquoi ne voulais-tu pas rester dans le milieu ?
Peut-être que j’y resterai mais ma première idée, c’était vraiment de couper totalement pour voir autre chose et d’avoir la vie un peu plus classique de quelqu’un qui travaille “normalement”. Maintenant, je ne sais pas de quoi l’avenir sera fait. J’ai donc deux possibilités. Je pense que, sans me jeter des fleurs, je suis quelqu’un de posé. On a la chance dans notre système français d’avoir le droit au chômage donc ça me laisse le temps de réfléchir. Je vais me donner deux mois à la maison pour décider.
Comment as-tu vécu le fait que l’équipe ne te conserve pas comme coureur ?
C’est peut-être un peu de ma faute. J’étais bien installé dans l’équipe. Je me laissais le temps de voir si j’avais encore le niveau et toujours l’envie de partir de la maison avec l’arrivée du petit. En juin, quand j’ai senti que l’envie était toujours là pour aller m’entraîner, je me suis dit que je pouvais continuer. Mon agent (Joona Laukka) a commencé à parler avec l’équipe à ce moment-là. C’était peut-être un petit peu tard aussi mais comme je l’ai dit c’était un souhait de ma part. Et je n’ai peut-être pas fait le pas de venir parler avec l’équipe, j’ai vraiment laissé Joona travailler.
« J’ÉTAIS ASSEZ CONFIANT AVANT LE LOMBARDIE »
Quand as-tu appris que tu n’allais pas être gardé ?
J’étais assez confiant avant le Lombardie. Il y avait peut-être même un accord qui avait été trouvé entre Joona et le manager principal, Iwan Spekenbrink. Mais au Lombardie, Matt Wilson qui s’occupe du recrutement de la WorldTeam, m’a dit qu’il n’avait pas trop de place pour moi. Pour moi, c’était donc du 50-50 quand je suis parti en vacances aux Etats-Unis. Une fois rentré, Matt m’a rappelé en toute transparence. Il m’a annoncé que c’était fini début novembre. Il y a eu de la déception mais pas non plus immense. Je m’attendais à ce que ma dernière année de coureur soit en 2025 ou en 2026. Pour moi, c’était clair : soit je refaisais un an dans l’équipe, soit j’arrêtais ma carrière. J’ai dit à Joona de ne pas chercher ailleurs.
Pourquoi ?
Je n’étais pas contre revenir en France, mais je ne voulais pas refaire le programme français. Il aurait fallu que je trouve une ProTeam mais à 34 ans avec les jeunes de 20 ans qui poussent… J’étais lucide sur la situation. J’ai fait la carrière que j’avais à faire. C’était le moment de tourner la page.
Mais tu aurais voulu faire une année sans la présence de Romain Bardet dans l’équipe. Ce ne sera pas le cas…
Oui, je voulais montrer aux gens que je n’étais pas dans l’équipe grâce à Romain mais grâce à ce que je faisais et à ce que j’apportais au groupe, que j’étais bien intégré à l’équipe. C’est ce qui me motivait car j’avais eu des remarques à l’extérieur… Bien sûr, Romain m’a beaucoup apporté quand je suis arrivé ici. Je lui dis merci d’avoir évolué au plus haut niveau grâce à lui. Mais au bout de quelques mois, l’équipe a vraiment fait la distinction entre nous deux. Je n’ai pas fait énormément de courses avec lui. Je sais ce que j’ai fait, et l’équipe le sait également. C’est aussi pour ça que je suis encore là aujourd’hui. Ça a été dur pour l’équipe de me dire qu’on ne me gardait pas et qu’ils comptaient privilégier les jeunes. C’est comme ça. Je suis content de mon parcours.
« J’AI FAIT CE QUE JE VOULAIS FAIRE »
Que retiendras-tu de ta carrière ?
Je me dis qu’il manque peut-être une participation au Tour de France. C’est une petite déception. Je n’ai pas fait le Tour des Flandres non plus. Sinon, j’ai disputé toutes les plus grandes courses, Grands Tours et Monuments. Je n’ai rien à regretter de ma carrière. C’était aussi le temps d’arrêter. Je fais partie de la génération qui était amenée à disparaître. Arnaud Démare, Adrien Petit et Romain viennent aussi d’arrêter.
Tu as su rester onze années chez les pros sans être un leader…
On veut toujours plus quand on est dans le milieu mais franchement, je suis fier de ma carrière. J’ai commencé en Continental. Quand je suis passé en ProTeam, je me disais pourquoi pas faire un Grand Tour un jour. J’ai pu le faire en WorldTour. J’ai parlé de tout cela avec un ami qui court en Amateur, Lucas Serrières. Il m’a dit “tu as fait ce que tu as voulu”. Il a raison. Avec le recul, j’ai fait ce que je voulais faire.