S’il a subi voilà vingt ans une des plus lourdes défaites de l’histoire des finales en Top 14, le Stade toulousain de 2006 n’en a pas moins fourni au rugby français (et international) actuel une incroyable génération spontanée d’entraîneurs, qui truste tous les titres depuis cinq ans.

On ignore franchement quelle raison nous a poussés à nous poser la question. Peut-être l’approche du Blue Monday, susceptible de faire verser dans la nostalgie les cœurs les plus endurcis ? Allez savoir… Le fait est qu’en ce début d’année 2026, l’idée nous est venue de remonter vingt ans en arrière. Et de nous replonger dans les archives d’une finale historique à bien des titres, puisqu’elle demeura longtemps le record du score le plus large jamais acquis à ce stade de la compétition, avant que le Stade toulousain la fasse voler en éclats voilà deux ans (59-3).

Mais ce qui frappe, à la lecture de la feuille de match de cette finale 2006, remportée par Biarritz devant Toulouse (40-13) ? C’est le nombre de joueurs toulousains devenus entraîneurs, puisque onze des vingt-deux acteurs présents sur la feuille de match se sont lancés dans le coaching à haut niveau. Du trio Poitrenaud-Bouilhou-Lacombe (aujourd’hui en place à Toulouse) au duo Bru-Poux (aux commandes de Bordeaux-Bègles), en passant par les Michalak (Racing 92), Nyanga (Rouen), Bru (Bordeaux), Dubois (Grenoble), Elissalde ou Garbajosa, sans oublier Daan Human ou encore William Servat, absent cette saison-là car en pleine convalescence de sa lourde opération du dos…

Depuis le covid, aucun Brennus n’a échappé aux « fils de Novès »

Un état de fait qui renvoie forcément à la personnalité de leur manager d’alors Guy Novès, dont on ne peut évidemment pas penser qu’il n’a pas profondément marqué ses hommes, les prédestinant qu’on le veuille ou non à leur future carrière… « Quand vous entraînez, vous ne savez pas si un de vos joueurs va devenir un jour ou l’autre entraîneur, nous confiait un jour l’homme aux douze Brennus et quatre Coupes d’Europe. Mais je me rends compte avec le temps que oui, mon staff et moi avons certainement laissé des traces assez indélébiles qui ont fait que ces garçons, avec leurs qualités et leur personnalité, arrivent à transmettre un discours dont ils sont imprégnés. Le fait de les voir s’accrocher, réussir, être parfois en échec, se remettre en question pour être les plus performants possibles dans leur domaine, ce n’est que du plaisir. »

Le plus fort ? Il est que les « enfants de Novès » ne se sont pas seulement contentés d’embrasser une carrière d’entraîneur. Mais qu’ils s’y sont montrés performants, fidèles à l’esprit de compétition de leur mentor… La preuve ? Elle est d’abord que, pour sa dernière saison comme manager du Stade toulousain, Guy Novès a eu le « plaisir » de voir un de ses anciens joueurs être sacré champion, Jeff Dubois avec le Stade français (en 2015), qu’il emmena immédiatement à ses côtés auprès du XV de France en compagnie d’un certain Yannick Bru. « Yannick, quand je lui ai dit que je voulais faire de lui un entraîneur, il n’en avait pas envie au départ, aimait souvent à rappeler Novès. Quand je vois la réussite qui est la sienne et les compétences qu’il a pu m’apporter au Stade toulousain ou en équipe de France, son évolution, ça me séduit et ça ne peut que me faire plaisir. »

Un champion du monde nommé Daan Human

Tout comme il n’a sûrement pas échappé à Guy Novès que, depuis la fin du covid, aucun titre susceptible d’être remporté par une équipe française n’a échappé à un de ses successeurs… En effet, le seul Brennus qui a échappé à la voracité du Stade toulousain ces sept dernières années a échu à Montpellier, dont l’entraîneur des trois-quarts se nommait Jean-Baptiste Elissalde. On pourrait même étirer ce constat à la Coupe d’Europe, puisque l’UBB de Bru et Poux (sans oublier l’historique kiné du Stade Christophe Foucaud) a succédé à Toulouse, s’il n’y avait pas eu l’intermède rochelais en 2022 et 2023. Encore que, pour ces deux titres, le club de la caravelle pouvait compter sur un entraîneur de la mêlée nommé Gurthrö Steenkamp, ex-pilier de Toulouse où il avait débarqué en… 2007.

Alors, ajoutez à cela que les Springboks ont remporté la Coupe du monde 2023 avec dans leur staff un certain Daan Human, et vous ne pourrez que convenir avec nous que l’héritage de Guy Novès n’a pas été dilapidé, dont le ruissellement fait à l’évidence le bonheur de ceux qui en bénéficient. Manière de constater que, si l’herbe lui a été coupée sous le pied en 2017, l’objectif que l’homme de Pibrac s’était assigné de réinstaller une culture de la gagne dans le rugby français n’est finalement pas si loin d’être atteint…