ENTRETIEN – L’aventurier est revenu pour Le Figaro sur sa victoire, jeudi, dans l’un des ultra-trails les plus relevés de la planète disputé dans des conditions épouvantables.
Le lendemain de son exploit sur la Spin Race, une course de 431 km en Grande-Bretagne, Sébastien Raichon est de retour en France. À l’aéroport à Paris, avant de rentrer sur Avignon, l’ultra-traileur a pris le temps de nous raconter son aventure, un peu fatigué. «Le plus dur fut de porter mon sac à l’aéroport, prendre l’avion. La course à côté, c’était facile !», lâche-t-il en plaisantant avant de reconnaître : «J’ai besoin de récupérer, retrouver mon poêle et mon canapé car j’ai terminé la course avec une inflammation au genou antérieur. Et comme souvent, les douleurs masquées pendant l’effort rejaillissent plus fort après.»
Sébastien, la Spin Race se décrit comme l’épreuve «la plus brutale» de Grande-Bretagne et l’une des courses d’ultrafond les plus difficiles au monde. Après l’avoir remportée, confirmez-vous ?
Oui ! Elle a tenu toutes ses promesses d’être l’une des courses les plus dures au monde. J’ai rarement été dans une situation pareille aussi longtemps (96 heures, NDLR). Il y a eu des éditions plus rapides, avec un sol dur parce qu’il faisait froid mais nous avons eu cette année un sol intermédiaire avec toutes les conditions météo. Il passait de verglacé à boueux dans des zones de tourbières avec de la neige et de la pluie…. Il y a même eu des périodes un peu catastrophiques avec deux ou trois degrés et de la pluie glaciale. J’en ai eu pour mon argent ! Ça a été très brutal.
Comment aviez-vous construit votre stratégie de course ?
J’ai fait une course d’attente alors que c’est parti super vite. Je n’ai pas le niveau physique des jeunes qui partent très rapidement (il a 52 ans, NDLR). Je ne suis pas un coureur, plutôt un aventurier au long cours. J’ai pris mon mal en patience et j’étais serein. De toute façon, j’étais là pour vivre une aventure, je n’étais pas venu pour gagner. Même si je suis compétiteur et que je regardais mon classement, bien sûr…
Il était allongé dans une couverture de survie, choyé par les bénévoles mais au bout de sa vie.
Sébastien Raichon
Et il y a eu ce rebondissement à 30 km de l’arrivée lorsque Eugeni Roselio Solé, la «machine» espagnole a craqué… Comment l’avez-vous appris ?
Il a fait une course impressionnante. J’étais dans un deuxième peloton et j’ai remonté petit à petit avec les abandons, jusqu’à me retrouver sur le podium, puis deuxième. J’y ai cru. Je me suis dit qu’il en restait un à aller chercher et puis il a fini par céder dans la tempête. Avec mon téléphone, de temps en temps, je faisais un petit point classement quand j’ai vu qu’il était affiché en noir. Abandon ! Je suis monté et je l’ai retrouvé dans une cabane, à 800 mètres mais on avait des conditions de haute montagne. Il était allongé dans une couverture de survie, choyé par les bénévoles mais au bout de sa vie. Il avait trop forcé dans la fatigue, dans le non-sommeil. Je pense qu’il a mal géré sa fin de course. Il m’a fait un beau cadeau et moi, je, je suis reparti dans la tempête mais la dernière nuit a été terrible.
Sébastien Raichon à l’arrivée de la Spin Race.
Spin Race
Quel a été le moment le plus difficile ?
C’était la première ou deuxième nuit, je sais plus (rires). Il faut que je me remette les idées en place (après la première nuit, près d’un tiers des participants a abandonné, NDLR) mais j’avoue que la dernière nuit a été terrible. Je n’avais pas trop souffert jusque-là mais ce fut une énorme épreuve. En 96 heures, je n’ai dormi que quatre heures. La dernière heure, j’étais dans la tempête, je ne pouvais absolument pas m’arrêter. Je tenais à peine debout, dans le vent, pour rejoindre la deuxième cabane. C’était la porte de sortie de la montagne avant la descente vers l’arrivée. J’étais épuisé.
Avec quatre heures de sommeil, y a-t-il eu des hallucinations ?
Oui. C’était rigolo parce que la dernière nuit, j’ai aperçu des traces de pas de bénévoles dans la neige. Or je voyais des guirlandes, des visages au sol. ça a réussi à me distraire. Mais j’étais encore lucide heureusement.
Quel fut le meilleur souvenir de cette traversée ?
L’avant-dernier jour, le mercredi, on a eu une journée sans pluie. Et même un lever de soleil absolument magnifique le long du mur d’Hadrien. Ce mur, c’est grandiose, comme la Pennine Way, ce sentier historique qu’on connaît mal ici. C’est quelque chose à voir, vraiment je le conseille.
Vous avez tenté la mythique Barkley, remporté sa «sœur jumelle» française, la Terminorum et vaincu la Spin Race. Laquelle de ces trois courses fut la plus difficile ?
La Spin Race je pense car c’est plus long que la Barclay et nous avons eu des conditions météo apocalyptiques. Il a fallu gérer ça et je suis assez fier de l’avoir bien fait. La Terminorum, je l’avais très bien vécue. J’avais de la marge. La Spin Race a été un cran au-dessus.
Vous y reviendrez ?
Peut-être. Ils organisent effectivement une Spin Race version arctique. J’avoue que depuis que Mathieu Blanchard a fait la Yukon Arctic Ultra (608 km en 2025, NDLR), c’est quelque chose qui m’attire. J’ai envie de découvrir des nouveaux territoires et faire de nouvelles aventures. J’ai l’intention d’aller un peu plus au nord…
Quels sont vos prochains objectifs cette année ?
Me reposer ! Derrière, j’ai un gros programme. Je vais tenter la traversée des Pyrénées en mode record, une course d’UTMB fin août, la PTL et les Championnats du monde de raid-aventure en Corse au mois d’octobre.