

Plats industriels, céréales du petit déjeuner, snacks, sodas ou encore yaourts aromatisés font partie de ces aliments passés par de nombreuses étapes de transformation industrielle. Ils contiennent fréquemment des additifs, des arômes ou des conservateurs destinés à prolonger leur durée de conservation, à modifier leur texture ou à renforcer leur goût.
Ces produits relèvent le plus souvent de la classification scientifique dite Nova, qui distingue quatre niveaux selon le degré de transformation. Les aliments ultra-transformés correspondent au niveau le plus élevé, identifié sous l’appellation NOVA 4.
Les dernières grandes synthèses scientifiques tirent toutes la même sonnette d’alarme. Plus on consomme d’aliments ultra-transformés au quotidien, plus le risque de voir apparaître des maladies cardiovasculaires, certains cancers, une prise de poids durable ou même une hausse de la mortalité prématurée semble augmenter.
C’est dans ce contexte que les députés ont décidé de repartir à l’offensive, bien décidés à encadrer davantage ces aliments… quitte à faire craindre à certains qu’on en vienne, un jour, à nous en interdire quelques-uns.
Ultra-transformé : pourquoi les députés reviennent à la charge ?
Le 13 janvier dernier, une proposition de loi portée notamment par Loïc Prud’homme (LFI) et quelques députés de gauche a été déposée à l’Assemblée nationale. Elle vise à encadrer beaucoup plus fermement la présence des aliments ultra-transformés dans notre quotidien.
Le texte ne se contente pas de dénoncer mais propose des mesures précises, parfois radicales sur le papier. Dans les cantines scolaires, hôpitaux, établissements pour personnes âgées ou encore distributeurs automatiques, les produits ultra-transformés pourraient être interdits. Pour l’heure, il s’agit d’une proposition encore en débat, non d’une loi déjà adoptée.
Nutri-Score, publicité, restauration collective : quelles mesures concrètes ? La restauration collective en première ligne
Les députés souhaitent interdire la présence d’aliments ultra-transformés, classés NOVA 4, dans l’ensemble de la restauration collective publique. Cela concerne les cantines scolaires, les hôpitaux, les EHPAD, les établissements d’enseignement supérieur, mais aussi les distributeurs automatiques présents dans ces lieux.
Autrement dit, si la loi était adoptée en l’état, un yaourt aromatisé, une barre chocolatée ou un sandwich industriel pourraient disparaître des menus et des machines à snacks de ces établissements. L’objectif est de protéger les populations les plus vulnérables (enfants, patients, personnes âgées) en garantissant un environnement alimentaire plus sain et plus cohérent avec les recommandations nutritionnelles.
Rendre le Nutri-Score réellement obligatoire
Deuxième grande mesure : rendre le Nutri-Score obligatoire sur tous les emballages alimentaires vendus en France, sans exception. Le logo est aujourd’hui volontaire, ce qui permet à certaines marques d’y recourir… uniquement lorsque cela les avantage.
La proposition de loi envisage que le Nutri-Score devienne visible dans la publicité, qu’elle soit télévisée, affichée ou numérique. Il ne s’agirait plus seulement de montrer un produit appétissant, mais aussi d’afficher clairement sa qualité nutritionnelle.
Pour mémoire, le Nutri-Score repose sur une échelle de cinq lettres de A à E. A (vert foncé) pour les produits les plus favorables sur le plan nutritionnel, E (rouge) pour les plus riches en sucres, graisses saturées ou sel.
Créé en France, il est aujourd’hui adopté par plusieurs pays européens et constitue l’un des outils phares de la lutte contre l’obésité, le diabète de type 2 ou certaines pathologies cardiovasculaires.
Mettre un frein à la publicité des produits les moins sains
Troisième volet, l’encadrement strict de la publicité. Les députés proposent de limiter fortement, voire d’interdire, la promotion des produits classés D ou E au Nutri-Score, ainsi que de ceux identifiés comme ultra-transformés.
Autrement dit, les chips, sodas, barres chocolatées, desserts industriels, snacks salés et autres produits du même type pourraient devenir beaucoup moins visibles dans l’espace public, particulièrement auprès des plus jeunes.
Plusieurs études ont montré que l’exposition à la publicité alimentaire influence significativement les préférences et les comportements, notamment chez les enfants et les adolescents. Pour les députés, l’objectif est de réduire la pression marketing sur les produits les moins favorables à la santé afin de rééquilibrer le rapport de force avec des aliments plus sains, souvent bien moins mis en avant.
Mais alors, va-t-on nous interdire des aliments ?
Pour l’instant, il s’agit d’une proposition que le Parlement doit encore examiner, discuter, amender et éventuellement rejeter ou adopter. Le chemin législatif est long et complexe.
Ce qui est vrai, en revanche, c’est que ce débat a des racines solides dans des données scientifiques et des préoccupations de santé publique largement partagées sur le plan nutritionnel. Notamment l’augmentation continue des maladies métaboliques ces dernières décennies et le rôle, parfois néfaste, d’une alimentation trop riche en produits ultra-transformés.
Cela dit, des oppositions se font déjà entendre, y compris au sein du gouvernement ou de députés de droite, qui jugent certaines mesures trop strictes, voire impraticables. On retrouve là des lignes de fracture classiques : santé publique vs. industrie agroalimentaire, liberté du consommateur vs. régulation étatique.
Au-delà des interdictions, une prise de conscience nationale
Quoi qu’il advienne de cette proposition de loi, elle témoigne d’un changement de paradigme. L’alimentation n’est plus perçue uniquement à travers le prisme du plaisir ou du marché, mais aussi comme un déterminant majeur de santé publique. Et selon certaines études, jusqu’à 46 % des calories consommées par les enfants proviendraient d’aliments ultra-transformés dans certains contextes.
Dans les années à venir, on peut s’attendre à voir ce débat revenir encore et encore, sous diverses formes : étiquetage, fiscalité, publicité, éducation à l’alimentation… L’enjeu est de taille pour améliorer la santé des populations sans pour autant tomber dans des mesures perçues comme liberticides ou arbitraires.
À SAVOIR
L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) estime que les aliments ultra-transformés représentent près de 36 % de l’apport énergétique des adultes français, un chiffre encore plus élevé chez les adolescents. Ce niveau de consommation place la France dans la moyenne haute des pays européens.


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