« Je me rendais de la rive droite à Mériadeck, dit une usagère ce jeudi 15 janvier. Sur l’avenue Thiers, il fallait attendre le tram pendant un quart d’heure au lieu de trois minutes avant. » Sur les quais de la rive gauche côté gare Saint-Jean, une riveraine s’étonnait ce même jour d’apercevoir une succession de tramways, serrés en file indienne en début de matinée. Une autre personne n’a pas voulu attendre son tram à la Porte de Bourgogne : « J’ai dû marcher tout du long des voies jusqu’au bout du cours d’Alsace-et-Lorraine, et je n’ai vu passer aucun tramway ! »
« Une vraie galère »
« C’est inadmissible, déplore un passager de 29 ans. On nous parle de nouvelles lignes, de modernisation mais, dans la réalité, c’est pire qu’avant. Le tram E, c’est une vraie galère. Il faudrait au moins harmoniser les horaires parce que, là, c’est complètement incohérent. » « On nous vend de nouvelles lignes, mais dans les faits, c’est le bazar », complète une dame de 47 ans.

Présenté sur des affiches dans les stations, le nouveau réseau de trams, compte deux nouvelles lignes et a été créé sans construction de voies supplémentaires.
S. D. / SO
La création de ces deux nouveaux trajets faisait partie des propositions de Keolis dans le cadre de la prolongation de son contrat jusqu’en 2031, un marché record à 2,2 milliards d’euros. La société a aussi proposé de ralentir le temps d’attente, en passant à un cadencement toutes les deux minutes et trente secondes, contre trois minutes et vingt secondes, auparavant. En outre, une nouvelle ligne de bus, la H, qui fait une boucle en reliant rives droite et gauche, était proposée. Celle-ci, contrairement au tram, fonctionne bien.
« Nous étions dubitatifs »
« Le projet de Keolis est peut-être très ambitieux sur le papier mais il se heurte à la réalité de terrain », considère un syndicaliste de l’entreprise. « Moi-même, j’ai attendu dix minutes un tram à Mériadeck et puis j’en ai vu passer trois à la suite. » Un point de vue confirmé par un autre syndicaliste : « Il y a une suraffluence de rames à la Porte de Bourgogne, ça décale tout. Keolis doit aujourd’hui prouver qu’elle peut tenir ses engagements. Nous, nous étions dubitatifs : on avait dit que ça bloquerait à cet endroit et qu’en plus, ça empêcherait la circulation des véhicules. »
« Nous avons des problèmes de signalétique à la Porte de Bourgogne, des problèmes d’infrastructures »
Les représentants des salariés ne manquent pas aussi de rappeler que les nouvelles lignes ont été créées « sans ajout de rames supplémentaires, ni de conducteurs ». « Toutes les lignes à deux minutes trente d’écart entre chaque tram, c’est dur à tenir. Et quand il y a un grain de sable, ça coince vite. C’était prévisible. » En interne, assurent les syndicats, le personnel se retrousse les manches : « Le poste de commande des trams vit ça comme un challenge et fait le maximum » ; « le service d’intervention va être réorganisé pour être plus réactif, des recrutements sont envisagés » ; et « à la maintenance, assure un employé, je peux vous dire qu’on n’a pas faibli ».
« C’est très ambitieux »
« Nous avons des problèmes de signalétique à la Porte de Bourgogne, des problèmes d’infrastructures », confirme-t-on chez Keolis. « Aux heures de pointe, ça coince. Et nous devons faire face à des imprévus. Une rame peut être immobilisée une dizaine de minutes, le temps qu’une équipe intervienne… Nous devons réaliser des ajustements ; de nouvelles actions vont être appliquées pour fluidifier la circulation. »
Béatrice de François, la vice-présidente en charge des transports en commun, admet « des difficultés dans la mise en place du nouveau réseau : la fréquence moyenne des lignes E et F ne correspond pas avec ce qui est prévu dans le contrat avec Keolis. Mais à cela se sont ajoutés une grève et des conducteurs absents pour cause de maladie. C’est très ambitieux de passer à une fréquence de deux minutes trente. Nous avons espoir que tout rentre dans l’ordre fin janvier. »