Vieillissement non linéaire : quand le corps bascule d’un
coup

La sensation de « coup de vieux » n’est pas qu’une impression.
Publiée le 14 août 2024 dans Nature Aging, une étude de
Stanford montre que notre organisme ne vieillit pas au fil d’une
pente régulière, mais par soubresauts. Les chercheurs parlent d’un
vieillissement non linéaire : une série de vagues,
pas une ligne droite. Des systèmes entiers basculent en même temps,
de la peau au muscle.

Les chercheurs ont suivi 108 adultes de 25 à 75 ans durant 1 à
6,8 ans, avec prélèvements toutes les 3 à 6 mois. Plus de 135 000
molécules et microbes ont été mesurés ; environ 11 000 sont liés à
l’âge, mais seulement 6,6 % évoluent de façon régulière. Le reste
fluctue par pics qui coïncident avec deux périodes de la vie. Deux
vagues se détachent nettement. Lesquelles ?

44 ans : premier basculement métabolique et signes
visibles

Autour de 44 ans, les molécules du
métabolisme de l’alcool et des lipides chutent,
signe d’une tolérance moindre à l’alcool et au gras. Le foie lève
le pied, la récupération cutanée et musculaire ralentit, l’énergie
baisse. Les premiers signaux cardio s’allument, chez les femmes
comme chez les hommes. Selon l’approche des « âgeotypes », ce
basculement touche des sphères variées selon les individus.

« La ménopause a sûrement un impact sur le vieillissement, mais
notre étude a mis en évidence que la plupart des changements liés à
l’âge surviennent autant chez les hommes que chez les femmes », a
expliqué Michael Snyder, généticien à l’Université de Stanford et
auteur de l’étude, à Sciences et Avenir. « Je crois plutôt que ces
changements sont liés au style de vie, qui change beaucoup à la
quarantaine, quand les gens deviennent en général plus sédentaires.
Du même à la soixantaine, au moment de la retraite. Même si des
changements biologiques, tels qu’une dégradation de notre système
immunitaire après les 60 ans, jouent sûrement un rôle important
aussi. »

60 ans : immunité, reins et sucre en alerte

Passé 60 ans, d’autres voies décrochent. Les
molécules du métabolisme de la caféine diminuent,
le système immunitaire perd en efficacité et la
filtration rénale recule. La tolérance au glucose s’érode ; la
glycémie s’élève souvent après 65 ans, comme divers marqueurs
cardiovasculaires et rénaux. Infections plus fréquentes,
convalescences plus longues.

Le taux de près de 1 500 molécules augmente après 65 ans, dont
des marqueurs cardiovasculaires et rénaux, quand d’autres baissent
nettement. « Tous les centenaires ont trois choses en commun : ils
sont restés actifs physiquement à un certain point, ils mangent
relativement bien, et ils sont bien entourés, montrant que notre
comportement et notre style de vie jouent un rôle essentiel »,
souligne-t-il. « Ce qui est plutôt rassurant, car cela veut dire que
nous pouvons agir pour mieux vieillir. »

Que faire à 44 et 60 ans pour amortir
ces vagues ?

Au-delà des mécanismes biologiques, cette étude pointe des
marges de manœuvre concrètes, pile au moment des bascules. Autour
de ces âges, des bilans ciblés aident aussi à détecter précocement
les dérives cardio-métaboliques.

  • Marcher au quotidien : 4 000 pas suffisent pour réduire la
    mortalité.
  • Renforcement musculaire doux et cardio modéré, toute
    l’année.
  • Réduire l’alcool après 40 ans, soigner la qualité des
    graisses.
  • Manger de type régime crétois, riche en végétaux, huile d’olive
    et poisson.
  • Sommeil régulier et gestion du stress par yoga ou
    méditation.
  • Protéger la peau avec une crème solaire quotidienne.

« Actuellement, notre durée de vie en bonne santé est environ 10
ans plus courte que notre durée de vie, c’est-à-dire que la
majorité des gens passent leur dernière décennie à lutter contre
des problèmes de santé », rappelle-t-il. « En améliorant notre style
de vie, nous pourrions améliorer notre santé pour être en forme
tout au long de la vie. »