Deux grandes berlines de presque 5 mètres, des chromes partout,
un gros six cylindres sous le capot et une
promesse de voyage au long cours. Sur le papier, la Jaguar
XJ6 et la Mercedes Classe S 280 SE
semblent jouer dans la même cour. Dans la réalité, ces deux icônes
nées juste avant le premier choc pétrolier ne racontent pas du tout
la même histoire.
D’un côté, l’anglaise au charme ravageur, souvent présentée
comme l’une des plus belles berlines du monde. De l’autre,
l’allemande à l’allure de coffre-fort roulant, conçue pour rassurer
plus que pour faire tourner les têtes. Quand on parle
comparatif Jaguar XJ6 vs Mercedes 280 SE, on
compare autant deux voitures que deux façons de voir le luxe
automobile, et c’est là que le match devient vraiment
intéressant.
Jaguar XJ6 et Mercedes 280 SE : deux visions du luxe avant le
choc pétrolier
La Jaguar XJ6 apparaît à l’automne 1968. Son
style marque tellement son époque que beaucoup la considèrent comme
la berline de luxe idéale. L’anglaise séduit par sa ligne basse et
fluide, sa modernité et ses beaux six cylindres en ligne, bientôt
rejoints par un V12. Elle évolue vite : dès septembre 1973, la
Série 2 adopte un pare-chocs avant remonté, qui réduit la calandre,
tout en élargissant ses ailes. En 1979, la Série 3 change de
carrosserie en profondeur tout en conservant la silhouette
générale. Derrière cette belle vitrine, Jaguar vit pourtant des
temps compliqués au sein du groupe British Leyland, avec une
qualité de fabrication qui ne suit pas toujours les promesses de la
fiche technique.
Outre-Rhin, Mercedes prépare sa réplique. En 1972, la
marque dévoile la W116, première à porter officiellement le nom de
Classe S. Le style est beaucoup plus sobre, presque timide
face à la britannique, mais l’allemande mise sur autre chose : la
sécurité et le sérieux. Large gamme de moteurs, du 2,8 litres
six cylindres jusqu’au V8 de 6,9
litres, structure étudiée pour encaisser les chocs, équipements de
pointe pour l’époque. Sa silhouette restera pratiquement inchangée
jusqu’en 1980, quand la W126 la remplacera. La 280 SE, avec son six
en ligne d’accès, devient alors la synthèse de ce que Mercedes sait
faire en matière de berline bourrée de rigueur.
Six cylindres Jaguar XJ6 vs Mercedes 280 SE : caractère et
conduite
Au volant de la Mercedes Classe S 280 SE, tout
commence par la porte qui se ferme dans un bruit sourd : une vraie
lourde. À bord, les matériaux ont très bien traversé les années,
avec une sellerie en épais velours beige et des ajustements au
cordeau, malgré un dessin de planche de bord aussi sérieux que son
créateur. Le large siège avant, plutôt ferme, maintient bien, même
si le volant en plastique, façon gouvernail de taxi, jure un peu
dans cette ambiance cossue. Une fois le six cylindres double arbre
réveillé, le ton est donné : malgré une cylindrée de 2,8 litres
seulement, inférieure au 4,2 litres de la Jaguar, il offre plus de
puissance grâce à son injection, tout en contenant mieux la
consommation.
La boîte automatique maison lisse les démarrages, même
si le couple arrive assez haut dans les tours. Pas
sportive, cette 280 SE, mais agréablement pleine dès qu’on quitte
les bas régimes. Tenue de route rassurante, suspensions très
confortables sans mouvements de caisse excessifs, direction à
billes plus précise qu’attendu et rayon de braquage étonnamment
court pour un engin de cinq mètres : tout incite à avaler de
longues distances en famille, d’autant que
cette Classe S a été la première à pouvoir recevoir l’ABS et
l’airbag en fin de carrière.
Face à cette rigueur allemande, la Jaguar XJ6
joue la carte de la force tranquille. Rien que la regarder donne
envie de rouler. Surtout en Série 2, avec sa calandre retouchée,
son pare-chocs relevé et ses ailes élargies, tout en conservant de
petits feux arrière plus délicats que ceux de la Série 3 de 1979. À
l’intérieur, c’est un mélange de bois, de cuir, de chrome,
d’aluminium et, forcément, un peu de plastique. Les ajustements ont
parfois mal vieilli, certaines commandes ne sont pas idéales, mais
les gros boutons tournants pour les feux et la ventilation, ou les
larges basculeurs, donnent une vraie personnalité.
Le six cylindres 4,2 litres, lui, fait l’unanimité : à la
moindre pression sur l’accélérateur, il entraîne l’auto avec
douceur, dans un grondement sourd et feutré. Il donne l’impression
de ne jamais forcer, permet de rouler à bas régime sans faire
hurler la boîte automatique, aussi bien en ville que sur route ou
autoroute. Une vraie force tranquille, capable de montrer
les crocs quand on enfonce franchement la pédale et que la boîte
rétrograde. Les reprises ne sont pas fulgurantes au vu du
poids, mais tout à fait honorables, avec une tenue de route aux
mouvements bien contenus et un léger soupçon de sportivité en plus
par rapport à la Mercedes.
À bord des Jaguar XJ6 et Mercedes 280 SE : fiabilité, confort
et usage en collection
À l’arrière, ces deux grandes berlines n’ont pas exactement la
même ambiance. Dans la Mercedes, on trouve une large banquette
recouverte d’un velours épais rappelant presque un canapé sur
ressorts, avec beaucoup de place et un coffre de 579 dm³.
Du côté de la Jaguar, la banquette est en cuir, avec de
quoi s’affaler et envisager une sieste dans un confort très
feutré. Les plus grands regretteront une assise un peu
basse et une garde au toit comptée, mais l’ambiance cosy gagne
beaucoup de points.
Le coffre est donné pour 481 dm³, inférieur à celui de la Classe
S sur le papier, mais la Jaguar se rattrape avec un seuil de
chargement plus bas et une ouverture plus large. Résultat, à
l’usage, la capacité d’emport est jugée équivalente entre les deux,
chacune ayant ses avantages. Et côté atmosphère, l’anglaise
prend la main, avec un habitacle qui donne immédiatement le
sourire, même quand tout n’est pas parfait.
Reste la question clé pour un collectionneur qui veut rouler :
la fiabilité. Sur ce terrain, l’avantage va clairement à la
Mercedes 280 SE. Son image de coffre-fort n’est
pas usurpée : mécanique endurante,
boîte automatique réputée solide, habitacle qui vieillit bien,
et disponibilité de pièces qui rassure. C’est la voiture qu’on
choisit quand on veut rallier le point A au point B sans se poser
de questions, en profitant au passage d’un haut niveau de sécurité
pour l’époque.
La Jaguar XJ6, elle, traîne une réputation de
capricieuse : fiabilité aléatoire, finition parfois désinvolte,
conception et assemblage moins rigoureux. Elle peut devenir fiable,
mais au prix d’efforts d’entretien importants et réguliers. En
échange, elle offre ce que beaucoup appellent une vraie âme : un
moteur envoûtant, une direction plus vivante, une ambiance
intérieure unique. Au fond, le choix entre ces deux six cylindres
opposés se fait surtout sur vos priorités de conducteur :
- si vous voulez que tout fonctionne, sans surprise, la Classe S
280 SE coche pratiquement toutes les cases ; - si pour vous le plaisir et le charme passent avant les galères
possibles, la XJ6 saura vous le rendre au centuple.