En quête d’un million d’euros, cet établissement fondé en 1798 a lancé une campagne de financement participatif sur la plateforme Ulule. Plus de 184.000 euros ont déjà été levés.
Longwy va-t-elle pouvoir obtenir un répit ? La manufacture des Émaux de Longwy 1798, qui produit des objets en émail sur faïence, traverse une zone de turbulence. Créée il y a plus de 220 ans, elle a été placée en redressement judiciaire en septembre 2024 et doit être entendue par le tribunal de commerce de Val-de-Briey (Meurthe-et-Moselle) le 19 février. D’ici là, l’entreprise lorraine qui emploie 34 personnes mise tout sur une stratégie de financement en deux volets pour se relancer.
Martin Pietri, le président, doit trouver un million d’euros «pour sécuriser le plan de continuation, investir dans l’outil de production et embaucher un peu». Si un investisseur s’était montré intéressé, des désaccords stratégiques ont conduit son «chevalier blanc» à se désister. En décembre, à trois mois de son audience au tribunal, il a donc lancé en urgence une campagne de financement participatif sur la plateforme Ulule, dont l’objectif est de récolter au moins 250.000 euros à la fin du mois de janvier.
Les contributeurs peuvent faire un don ou acheter pour 99 et 199 euros deux tortues émaillées, «symboles de longévité et de résilience», dont l’une a été imaginée par le créateur Jean-Charles de Castelbajac. Plus de 184.000 euros ont déjà été rassemblés, et Martin Pietri est confiant pour la suite : «Il y a eu un véritable emballement ces deniers jours. Aujourd’hui, on pourrait bien attendre les 30.000 euros récoltés en une seule journée. Un record!», se félicite-t-il.
Après sa levée de fonds, Duralex lance une collecte de dons pour «industrialiser des nouveaux produits»
«Un grand attachement collectif»
Pour le président, cette démarche permet aussi de sauvegarder un «patrimoine vivant». La Manufacture des Émaux de Longwy revendique un savoir-faire unique, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Martin Pietri a repris la maison il y a dix ans, et souhaite «relancer la créativité, proposer des pièces d’exception et travailler avec des designers de plus en plus connus». S’il collabore régulièrement avec des grandes marques de luxes, des hôtels ou des musées, le dirigeant estime manquer de moyens pour investir dans son usine et répondre à la demande.
Sa démarche rappelle évidemment celle de Duralex. La verrerie, également en redressement judiciaire et reprise par ses salariés en société coopérative et participative (SCOP), était parvenue à lever 5 millions d’euros en quelques heures seulement lors d’une souscription, sans compter les manifestations d’intérêt pour plusieurs millions additionnels. Elle a, depuis, lancé un nouvel appel, aux dons cette fois, pour poursuivre ses investissements. «J’ai pensé que comme Duralex, nous avions le profil d’une entreprise pour laquelle il y a un grand attachement collectif dans l’imaginaire lorrain et français», explique Martin Pietri.
Parallèlement, les Émaux de Longwy 1798 vont ouvrir le capital de la manufacture pour boucler leur plan de financement. 3500 actions à 120 euros l’unité ont été éditées, pouvant être souscrite jusqu’à 200%. Soit 840.000 euros qui pourraient être levés au total. Elles peuvent être achetées à l’unité ou en petite quantité, parfois par des personnes ayant un fort attachement à la maison. Martin Pietri s’attelle aussi à convaincre des chefs d’entreprise ou des investisseurs de rejoindre l’aventure avec de plus grands montants. Face à cet engouement, la région Grand Est s’est également mobilisée. Une perspective de financement rassurante, si l’objectif du million d’euros n’était pas atteint.