Par

Thibault Nadal

Publié le

16 janv. 2026 à 22h45

Franck Allisio l’a reconnu lui-même. « Ses vœux ne sont pas les mêmes ». En effet, en cette année 2026, Marine Le Pen, la triple candidate à l’élection présidentielle du Rassemblement national, est venue soutenir celui qui brigue la mairie de Marseille et crédité de 30 % d’intentions de votes dans un dernier sondage. Donnant à cette soirée, devant plus de 1200 personnes, une allure de premier meeting de campagne.

Marine Le Pen plébiscitée face à Franck Allisio

Mais sur la scène, les élections municipales, dont le premier tour se tient dans moins de deux mois, n’ont pas été l’élément central de la soirée. Ni Franck Allisio par ailleurs. La star, c’était Marine Le Pen.

Celle qui a « quitté pour quelques heures la vie parisienne », quatre jours après le début de son procès en appel dans l’affaire des emplois fictifs d’assistants d’eurodéputés. En première instance, elle a été condamnée à quatre ans de prison et cinq ans d’inéligibilité, qui la prive pour l’instant d’une possible candidature en 2027.

Dans le public, impossible de trouver une personne venue pour le député des Bouches-du-Rhône. Tous n’avaient que le nom de « Marine » en tête. À l’extérieur, également. Avant le début du meeting, 500 personnes, dont le député LFI et candidat à la mairie Sébastien Delogu, étaient mobilisées devant les grilles du parc Chanot (8e) pour accueillir Marine Le Pen à coups de chants antifascistes.

Pas d’annonce programmatique

Au pupitre, les vœux de Franck Allisio ont d’abord tourné à la déclaration pour Marine Le Pen. « Il y a un lien particulier entre Marseille et toi », citant son déplacement à l’automne 2021.

Après cette introduction, le membre du RN est redevenu Franck Allisio et a distillé les coups. D’abord à tous les politiques qui « depuis 40 ans ont arrêté de travailler et fait perdre du temps ». Puis à son adversaire désigné, Benoît Payan, coupable selon lui, « d’avoir fait de Marseille le premier port d’accueil des migrants, la seule chose qu’il a réussi ».

Sans entrer en détail dans son programme, le candidat a rappelé sa volonté de « tourner la page socialo-macroniste » et ses objectifs en termes de sécurité : trois fois plus de policiers municipaux et deux fois plus de caméras. « Rien ne sera possible sans le retour de l’ordre », déplorant que « Marseille soit devenue une narcoville qui n’a rien à envier à celle d’Amérique du Sud ».

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Une image de La Bonne-Mère, symbole de Marseille, était projetée tout au long des discours.
Une image de La Bonne-Mère, symbole de Marseille, était projetée tout au long des discours. (©TN / actu Marseille)

Comme un symbole d’une soirée assez peu tournée sur les municipales, Franck Allisio a conclu son discours en évoquant l’élection présidentielle de 2027 où le Rassemblement national fait figure de grand favori. « Nous avons besoin de toi, Marseille a besoin de toi », lance-t-il à Marine Le Pen. « C’est de chez nous que tout recommence.

Marine Le Pen cible Benoît Payan

La cheffe des députés à l’Assemblée nationale avait également des coups à distribuer. À tous les politiques locaux, coupables d’avoir « bâclé » le plan Marseille en Grand, à Emmanuel Macron, coupable de n’avoir rien fait sur la sécurité, à Sébastien Delogu et ses propos sur « la police qui tue » : « M. Delogu, à Marseille, la police ne tue pas, elle souffre », a-t-elle lancé. Rien pour Martine Vassal en revanche.

Tous les efforts de Marine Le Pen étaient plutôt concentrés sur Benoît Payan.

En six ans, coalition de gauche n’a fait que renforcer l’insécurité de la ville. On nous promettait le « printemps marseillais », nous n’avons eu qu’un long hiver budgétaire et sécuritaire.

Marine Le Pen
Cheffe du Rassemblement national

Quelques heures plus tôt, le maire (DVG) et candidat à la mairie déplorait auprès de l’AFP que le RN était « l’anti-Marseille ». Marine Le Pen lui a répondu que son parti était plutôt « l’anti de ce qu’ils ont fait de Marseille ».

Un Rassemblement national qui juge Benoît Payan, responsable de tous les maux sur la sécurité et coupable de ne pas faire le lien « entre immigration et insécurité » et de fermer les yeux sur « l’islamisation de certains quartiers ».

Violente passe d’armes entre le RN et ses adversaires sur le budget de l’État

Benoît Payan et Martine Vassal, unis face à Franck Allisio. Ce jeudi 15 janvier 2026, les deux candidats à la mairie ont attaqué celui du RN après que son parti a voté, à l’Assemblée nationale, une baisse de 4,9 milliards d’euros pour les collectivités dans le cadre du budget 2026. « Incroyable faute du RN à Paris (…) L’équivalent (en tout) d’une école rénovée, d’une piscine construite et de deux postes de police qu’on aurait pu installer dans nos quartiers », a dégainé en premier la droite.

Suivi du Printemps marseillais qui a repris le même argument sur le désamour de Franck Allisio à la cité phocéenne. « À Marseille, cette baisse correspond à une perte de 50 millions d’euros : c’est plus que le salaire de l’ensemble de nos policiers municipaux et supérieurs au budget total de la cantine scolaire de nos enfants. Le parti d’extrême droite de Franck Allisio montre aujourd’hui son vrai visage : le RN n’aime pas les villes, et Franck Allisio n’aime pas Marseille. »

Attaqué, le Rassemblement national a réagi dans un communiqué en dénonçant des « socialo-macronistes qui font semblant de ne rien comprendre ». « S’ils étaient un peu plus sérieux et avaient lu l’exposé des motifs du texte qu’ils critiquent, ils auraient compris que l’amendement du RN vise les EPCI et les Régions », explique-t-on du côté du RN.

De toute façon, cet amendement devrait tomber à l’eau, puisque le gouvernement envisage d’utiliser le 49-3 pour faire voter le budget, ce qui rendrait la motion du RN caduque.

Un Franck Allisio « effacé »

Après une (grosse) parenthèse sur le premier Ministre, Sébastien Lecornu, Marine Le Pen appelé les électeurs « à aller voter » et « au sursaut », pour faire en sorte que Marseille devienne la première grande ville à passer sous l’escarcelle du RN.

À la sortie, tous étaient évidemment conquis par ce qu’ils avaient entendu. Sauf un homme, qui a trouvé Franck Allisio « très effacé » et un discours qui manquait « de punch ».

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