Des personnes traversent un pont endommagé alors qu’elles fuient une zone contrôlée par les Kurdes, à Rasm Al-Harmal, à l’est de la ville d’Alep, le 16 janvier 2026. Des personnes traversent un pont endommagé alors qu’elles fuient une zone contrôlée par les Kurdes, à Rasm Al-Harmal, à l’est de la ville d’Alep, le 16 janvier 2026. BAKR ALKASEM / AFP

Le président syrien, Ahmed Al-Charaa, a annoncé vendredi 16 janvier dans la soirée reconnaître par décret les droits nationaux des Kurdes dont la langue sera désormais officielle, au moment où il est engagé dans un conflit avec les forces kurdes qui contrôlent le nord du pays.

Pour la première fois depuis l’indépendance de la Syrie en 1946, la langue kurde pourra être enseignée dans les écoles et le nouvel an kurde, le Nowrouz, sera un jour férié officiel. Le chef de l’Etat islamiste a affirmé que les Kurdes constituaient « une partie intégrante » du pays où ils ont souffert de décennies de marginalisation et d’oppression des régimes précédents.

Dans un discours télévisé adressé aux Kurdes, à la fin duquel il signe ce décret historique, Ahmed Al-Charaa les appelle « participer à l’édification du pays » et s’engage à « garantir leurs droits ». Le texte accorde par ailleurs la nationalité syrienne aux Kurdes, dont environ 20 % avaient été privés de leur citoyenneté à la suite d’un recensement controversé en 1962.

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M. Al-Charaa a renversé en décembre 2024 Bachar Al-Assad à la tête d’une coalition islamiste, et veut étendre son autorité sur l’ensemble du territoire syrien. Son annonce est intervenue alors que ses négociations avec les Kurdes pour mettre en œuvre un accord signé en mars 2025, visant à intégrer leurs institutions civiles et militaires au sein de l’Etat syrien, sont dans l’impasse.

Cette minorité avait profité du chaos de la guerre civile (2011-2024) pour s’emparer de vastes territoires du nord et du nord-est de la Syrie – incluant les champs pétroliers et gaziers – après avoir défait l’organisation djihadiste Etat islamique (EI) avec l’appui d’une coalition multinationale.

Retrait des forces kurdes

Selon l’analyste Fabrice Balanche, spécialiste de la Syrie, les Kurdes sont estimés à quelque 2 millions sur une population de 20 millions d’habitants. Ils sont notamment concentrés dans le Nord-Est (1,2 million), mais ils seraient aux alentours de 300 000 à Damas, autant à Alep, et sont également présents dans d’autres parties de la Syrie.

Des combats avaient opposé, la semaine dernière, l’armée syrienne aux forces kurdes à Alep, où elles ont été délogées des deux quartiers qu’elles contrôlaient. Les forces armées syriennes ont ensuite massé d’importants renforts dans la région de Deir Hafer, à une cinquantaine de kilomètres à l’est d’Alep, et sommé les Forces démocratiques syriennes (FDS, dominées par les Kurdes), d’évacuer une zone entre cette région et l’Euphrate, plus à l’est.

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Le chef des FDS, Mazloum Abdi, a annoncé sur X, vendredi soir, leur retrait. « A l’appel de pays amis et de médiateurs (…) nous avons décidé de retirer nos forces demain matin à 7 heures » et de « nous repositionner à l’est de l’Euphrate », a-t-il déclaré. Peu auparavant, l’armée avait annoncé bombarder les positions kurdes dans la région après avoir émis des avertissements aux civils, les FDS faisant pour leur part état d’« un violent pilonnage ».

La coalition multinationale dirigée par les Etats-Unis était intervenue pour calmer le jeu entre les deux parties, soutenues par Washington. Une délégation de la coalition antijihadiste, déployée dans le nord de la Syrie, a rencontré vendredi des responsables kurdes à Deir Hafer pour « réduire la tension », avait indiqué à l’Agence France-Presse (AFP) le porte-parole des FDS, Farhad Chami.

L’armée avait accordé un délai aux civils pour évacuer la zone sous contrôle des FDS, et plus de 4 000 d’entre eux ont fui selon les autorités syriennes. Elle avait utilisé ce même procédé à Alep la semaine dernière, demandant aux civils de partir avant d’ouvrir le feu.

Les correspondants de l’AFP ont vu des habitants sortir de la zone tenue par les Kurdes, certains empruntant un pont branlant sur un bras de l’Euphrate. Les autorités syriennes avaient accusé les FDS d’empêcher les civils de partir, ce que ces dernières avaient démenti, jeudi. L’armée a par ailleurs appelé les éléments des FDS à faire sécession et à « revenir vers leur Etat », ce que ces forces ont violemment dénoncé.

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Le Monde avec AFP