— Alors, t’as réfléchi pour la semaine prochaine ?
— À quoi ?
— À Strasbourg. La manif, mardi !
— Ouais… bof. Encore une journée à perdre, pour se cailler, écouter des discours, et revenir avec un bonnet de la Fédé…

— Toujours aussi motivant, toi.
— Je dis juste que j’ai des betteraves à sortir, pas du temps à perdre dans un bus.
— Justement. Si tu veux continuer à en sortir dans cinq ou dix ans, c’est maintenant qu’il faut bouger.

— On ne monte pas juste pour faire du bruit. On monte parce qu’on est en train de nous vendre avec le Mercosur. Des accords commerciaux avec des produits qu’on n’a pas le droit de produire chez nous, avec des normes qu’on nous impose, mais qu’eux n’ont pas. Ça, c’est pas du commerce, c’est de la concurrence déloyale organisée.
— Ouais, ça, j’avoue que ça m’énerve.
— Ben voilà. Et si on ne dit rien, ils signent tranquille, et après on nous expliquera qu’il faut “s’adapter”.

— Et puis il y a la PAC. On ne parle même plus de l’améliorer, on parle de la maintenir. Juste la maintenir. Parce que sans la PAC, soyons honnêtes, beaucoup de fermes ne tiennent pas debout.
— C’est clair. Moi, sans les aides, je ferme la boutique…
— Ben on est beaucoup dans ce cas. Et ce n’est pas de l’assistanat, c’est une politique agricole. Une vraie. Ou plutôt ce qu’il en reste.

— Et la taxe sur les engrais, tu en penses quoi ?
— Que c’est une blague.
— Une blague très chère. On nous demande de produire plus propre, plus local, plus traçable, et en même temps on veut nous taxer nos outils de production. C’est comme si on taxait le carburant des pompiers pendant l’incendie.

— Vu comme ça…
— Et encore, je ne te parle même pas de la paperasse, des contrôles, des injonctions contradictoires. Mais là, Strasbourg, c’est clair : Mercosur, PAC, engrais. C’est pas du flou, c’est du concret.

— Mon père, quand il montait manifester, il disait toujours : “On y va pas pour le plaisir, on y va parce qu’on n’a plus le choix.”
— Exactement. Et aujourd’hui, on n’a plus le choix non plus. Si on laisse passer ça, on va juste subir encore plus demain.

— Et les gamins ?
— Les miens y vont avec les JA. Et franchement, ça me ferait quelque chose qu’ils montent seuls pendant que nous, on reste au cul du tracteur à dire que ça sert à rien.
— C’est vrai.

— Et puis soyons honnêtes : la Fédé met les bus, le sandwich est offert. Ce sera pas de la choucroute, mais d’habitude, c’est quand même bien.
— Ça dépend du jambon.
— Arrête, tu manges pire à la moisson.

— Bon… et on part à quelle heure ?
— Minuit si tu pars d’Abbeville ; 00h15 à Amiens ; et à 1h, d’Estrées-Deniécourt. 
— Ah, t’es chiant.
— Mais on défend notre métier.
— Bon… tu m’inscris. Mais si la taxe sur les engrais passe quand même, je viendrai râler chez toi.
— Avec plaisir. Et on râlera ensemble. Comme nos pères. Et comme nos gamins.

La FDSEA de la Somme organise plusieurs départs vers Strasbourg, dans la nuit du 19 au 20 janvier, pour rejoindre la mobilisation. Modalités et inscriptions en suivant le lien ci-contre : 

https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLScoDQ7wNsn_v-5fX96awoGWxqGofmS…