Maître Laurent-Franck Liénard, avocat de la défense, a aussitôt annoncé faire appel de cette décision. « C’est totalement inhumain. Je n’ai même pas les mots », a-t-il déclaré devant la presse après le verdict.

La thèse du tir accidentel écartée

L’avocat général, écartant lui aussi la thèse de l’accident, avait réclamé dans la matinée une peine de quatre ans de prison dont deux avec sursis. « On a le sentiment que la justice est passée. On a le sentiment d’avoir été entendus et on a le sentiment que la justice a répondu à la hauteur de la gravité des faits », a déclaré Maître Anne Bouillon, avocate de la famille de la victime, partie civile au procès.

Vendredi matin, elle s’était adressée à l’ancien policier, aujourd’hui à la retraite : « Je crois que vous avez manqué de courage. C’est cela qui vous empêche de reconnaître que l’espace d’un instant, vous avez fait volontairement usage de votre arme ».

Après avoir évoqué la légitime défense lors de sa première audition, le policier a affirmé tout au long de l’enquête que le tir était parti accidentellement alors qu’il était penché dans la voiture de M. Fofana, tentant de l’arrêter. Il a finalement déclaré mercredi que le tir était parti après ce « corps à corps » alors qu’il se tenait à l’extérieur du véhicule. L’expert balistique et le médecin légiste se sont toujours accordés sur le fait que le tireur se trouvait à l’extérieur.

Un procès sous haute tension

Lors de sa plaidoirie, Maître Bouillon a remercié un fonctionnaire de police entendu jeudi, présent au moment des faits, qui a évoqué pour la première fois la « bavure » de son collègue, aujourd’hui à la retraite. Alors brigadier-chef membre d’une compagnie de CRS, le policier était jugé pour des violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner lors d’un contrôle dans le quartier nantais du Breil en juillet 2018.

Au volant d’une voiture, Aboubacar Fofana, qui se trouve sous le coup d’un mandat d’arrêt, donne une fausse identité. Lorsque les policiers lui font savoir qu’ils vont le conduire au commissariat, le jeune homme fuit en marche arrière, percutant un véhicule garé avant de « rebondir » vers l’avant puis de repartir en arrière. Tous les témoins ne s’accordent pas sur le moment précis du tir. Touché par balle au cou, le jeune homme est mort à l’hôpital.

L’onde de choc après le décès

L’ancien policier, jusque-là « épanoui » dans un métier qu’il a qualifié lors du procès de « vocation », avait écopé quelques mois après les faits d’une sanction administrative. Avocat de la partie civile, Maître Franck Boezec avait demandé vendredi à la cour de « respecter le principe d’égalité » en jugeant l’ancien policier.