Pourquoi vous lancez-vous dans l’exploitation d’un théâtre à Bordeaux ?
Cela fait déjà deux ans que nous cherchons à nous investir physiquement, mentalement et artistiquement dans un lieu, avec…
Pourquoi vous lancez-vous dans l’exploitation d’un théâtre à Bordeaux ?
Cela fait déjà deux ans que nous cherchons à nous investir physiquement, mentalement et artistiquement dans un lieu, avec une jauge autour de 600 places. Avec 1,618 Prod et l’équipe avec laquelle je travaille depuis dix ans, on a développé notre propre méthode de travail pour la production. On a envie de l’étendre à nos écrins pour accompagner les artistes de A à Z. Que ce soit dans l’humour, mais aussi le théâtre, le spectacle pour enfants, la musique…
Ce lieu est pluridisciplinaire : on peut tout faire sur le plateau, mais aussi peut-être ailleurs dans le château. J’ai été séduit par toutes les possibilités qu’offre cet endroit. Notre boulot, c’est de faire plaisir au public et de donner à l’artiste tout le confort nécessaire pour une véritable progression. À mes débuts, j’aurais aimé que des gens comme nous tiennent des théâtres pour nous lancer, nous accompagner, nous expliquer qu’il vaut mieux faire quatre fois une salle de 600 places que de viser, par pur ego, une salle dix fois plus grande qu’on ne remplira pas. Il y a des étapes à passer.
Des artistes reconnus vous ont accompagné à vos débuts…
Il y en a eu, bien sûr, mais surtout pour des premières parties. Ici, je peux expliquer aux jeunes artistes que je fais le même métier qu’eux. Ils ne partiront pas dans l’inconnu. C’est une histoire de confiance avec eux.

Maxime Gasteuil (à droite) avec Benjamin Demay et Fanny de la Croix, dans le théâtre du château Descas dont ils assurent désormais la direction artistique, à Bordeaux.
GUILLAUME BONNAUD / SO
À quel point serez-vous investi dans le choix des artistes qui se produiront ici ?
À 300 % ! Dès que j’ai annoncé la nouvelle, des amis artistes sont venus vers moi et tout le monde est enthousiaste à l’idée de venir jouer ici. La salle est magnifique, le plateau très large, avec une ouverture de plateau extraordinaire et une modernité qui permet des spectacles immersifs.
Quelle est la part de risques en termes de business pour vous ?
On ne va pas se cacher derrière son petit doigt : nous montons des sociétés pour gagner notre vie. Mais si tu me dis dit « viens, on monte des pizzerias », je dirai non parce que ce n’est pas mon métier. Si je peux étendre mon activité à m’occuper de la programmation d’une salle et de l’organisation autour, c’est avec plaisir. Ici, nous sommes des prestataires de services : nous apportons notre savoir-faire, notre catalogue, nos réseaux et notre instinct pour remplir ce théâtre de bonnes ondes et de bons spectacles. C’est ça notre challenge.
Comment expliquez-vous que l’humour occupe désormais une place si importante dans le spectacle vivant en France ? Que ce soit dans les comedy-clubs ou les très grandes salles type Zénith ?
Avec la crise du Covid, on a traversé une époque très numérisée et « netflixée ». Mais c’est comme si on avait épuisé ce truc ; on a besoin de réel. Dans toutes les grandes villes, les théâtres, les comedy-clubs, les salles de concerts, tout fonctionne et travaille bien. Les artistes vivent de leurs spectacles en tournée et sont sur les routes parce qu’il y a de la demande pour des propositions de qualité. Aujourd’hui, on a envie de sortir, d’être bien installés et de se dire qu’on a passé une super soirée.
Vous êtes Girondin. Était-il important pour vous que votre investissement dans un théâtre soit à Bordeaux ?
Oui, parce que Bordeaux m’a fait. J’y ai rôdé tous mes spectacles, depuis le théâtre de la Comédie-Gallien jusqu’à l’Arkéa Arena. Je suis très fier d’être l’artiste qui a le plus souvent rempli l’Arkea Arena. Je ne dis pas ça pour me la raconter mais parce que cela me touche de sentir que cette ville me porte et me soutient. Et c’était déjà le cas quand je débutais dans des caves ou des petits comedy-clubs comme le Bacchus. Je me sens avoir un devoir envers les spectateurs qui me suivent depuis le début.
Donc oui, commencer à Bordeaux, c’était important pour moi. Et je peux vous l’annoncer : mon prochain spectacle sera rôdé ici, en 2027. Je m’y installerai pour une vingtaine de dates. Ça parlera notamment de ma paternité, parce que figurez-vous que j’ai fait un enfant pire que moi !