« On n’est pas habitué à autant de morts en si peu de temps. »

Le constat est partagé par ses collègues. À Soyaux, Sophie Pouyade confirme que « depuis 15 jours, ça n’arrête pas. Ce sont beaucoup de personnes nées dans les années 40 », avance-t-elle, en faisait référence au papy-boom. « Pourtant, le taux de mortalité a baissé entre 12 et 14 % depuis le covid. Une baisse peut-être due à la vaccination, au fait que les gens font plus attention à leur santé », donne-t-elle en hypothèse. Un taux de mortalité en baisse « sauf ce mois-ci ».

10 jours d’attente au crématorium

43 personnes sont décédées en décembre à Angoulême. Quinze sont mortes entre le 1er et le 14 janvier. La Maison des obsèques a comptabilisé 30 convois entre le 1er et 13 janvier, sur ses trois sites. « C’est une période où l’on doit gérer beaucoup de décès d’un seul coup. » En janvier 2025, Nicolas Jobit, de la maison funéraire du même nom à La Couronne, en a comptabilisé 52. Et déjà 34 entre le 1er et le 16 janvier 2026. « La grippe a fatigué beaucoup de personnes âgées. »

Le deuxième four du crématorium, actuellement en travaux, sera opérationnel en février.

Le deuxième four du crématorium, actuellement en travaux, sera opérationnel en février.

Julie Desbois

Gériatre à Girac, Céline Baudemont confirme que « l’épidémie de grippe a conduit beaucoup de personnes en hospitalisation chez la population fragile. Ils ne meurent pas toujours de la grippe, mais des complications. Le système respiratoire est souvent fragile. On vit plus confiné en hiver, le système immunitaire est plus faible et on se transmet plus de virus au moment des fêtes. D’où l’importance de la vaccination qui fait baisser le risque des formes sévères, rappelle la médecin. Ce sont souvent les jeunes non vaccinés qui transmettent. Il peut y avoir aussi une explication épidémiologique par rapport à l’évolution normale de la pyramide des âges. »

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La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques indique qu’au niveau national, en 2023, les cancers sont la première cause de décès (27 %).

Le deuxième four du crématorium actuellement en travaux sera opérationnel en février.

Le deuxième four du crématorium actuellement en travaux sera opérationnel en février.

Julie Desbois

À Angoulême, à ce pic de décès, s’ajoute un autre phénomène : une attente importante au crématorium des Trois-Chênes, en travaux. « Plus de dix jours d’attente », confirme Laurent Lalue, le responsable de la structure, rue de Basseau. « C’est exceptionnel. On procède à huit crémations par jour. » Lui aussi a constaté « une hausse de décès par rapport à l’année dernière ». Cela tombe mal. Le crématorium fonctionne avec un seul four depuis le mois de mai. L’autre est en travaux et la salle de cérémonie est en phase d’agrandissement (coût des travaux : 2,3 M€).

Le crématorium a procédé à 132 crémations en décembre 2025 (soit 16 % de plus qu’en 2024) et 59 à la mi-janvier 2026. « Certains viennent des départements limitrophes », précise Guillaume Chupin, élu à la vie quotidienne. Le deuxième four sera en fonctionnement à partir de février. « L’attente va considérablement baisser », assure Laurent Lalue.

Combien coûtent
des obsèques ?
Chez Nicolas Jobit à La Couronne, un des derniers indépendants parmi la douzaine de centres funéraires de l’agglo, des obsèques peuvent coûter entre 3 000 et 3 500€.
Cela comprend le cercueil (entre 400 et 2000€), la cérémonie dans une salle pouvant accueillir 120 personnes, le transport du corps que l’on va chercher à l’hôpital ou en maison de retraite, les démarches administratives, le soin de conservation (280€), la location de la chambre funéraire (un forfait de 310€ pour une durée de 1 à 8 jours), l’ouverture et la fermeture de la sépulture au cimetière, le culte (225€ remis à l’évêché) et la publication de l’avis d’obsèques dans la presse (300€).