Exercer dans des conditions difficiles, Juliette Margirier, médecin urgentiste à Briançon, connaît. Cette Grenobloise âgée de 35 ans est médecin urgentiste depuis 2017, elle exerce depuis cinq ans à Briançon, et depuis trois ans dans l’équipe du secours en montagne. « Il est aussi important d’avoir les connaissances médicales que de maîtriser la géographie locale afin d’estimer notamment les délais entre le lieu de l’accident et l’hôpital, par exemple », exprime-t-elle.

Lorsqu’elle est arrivée à Briançon, elle était déjà titulaire du diplôme inter-universitaire médecine d’urgence en montagne. « Il forme à la médecine en milieu périlleux, comme en canyon et spéléologie, en neige/avalanche, en haute montagne, crevasses et glaciers, en escalade/falaise. Avant de pouvoir intégrer l’équipe du secours en montagne, il faut ensuite, pendant deux années, apprendre à connaître l’équipe, le milieu montagnard, le secteur géographique, participer à des exercices… »

Selon elle, il en existe deux types : premièrement l’entraînement en montagne avec les secouristes, par exemple une journée de ski de randonnée, d’alpinisme, d’escalade… Deuxièmement, les exercices médicaux avec la SAG (section aérienne de gendarmerie, NDLR) et le secours en montagne : avalanches multivictimes, extraction d’un glacier, d’une crevasse, d’une falaise… « La pratique de la montagne à titre personnel est aussi un prérequis. »

« On travaille à mains nues pour faire une perfusion »

Même s’il existe un référentiel des compétences requises, « il n’y a pas besoin d’être guide », précise-t-elle. L’objectif, surtout, est d’être autonome en montagne sans être professionnel, « qu’on ne soit pas une charge en plus pour les secouristes ». Il existe des difficultés inhérentes au contexte imposé par la situation.

« Premièrement, on travaille seuls, sans infirmier, alors qu’aux urgences, on est en binôme. Là, on n’a pas d’infirmier pour poser une perfusion, préparer les médicaments, nous aider dans les gestes techniques comme l’intubation… », décrit-elle. « Deuxièmement, un polytraumatisme grave, par exemple, demande une charge importante, souvent c’est en milieu périlleux. Par exemple, dans un pierrier où la victime n’est pas à plat, où cela fait longtemps qu’elle est polytraumatisée, qu’elle s’est refroidie… », détaille-t-elle.

« On travaille à mains nues pour faire une perfusion et celle-ci peut geler. Quand il fait vraiment très froid, il faut aller d’autant plus vite. » À cela se rajoute la complexité de travailler dans une crevasse, de l’eau, ou suspendue à une corde… « Aucun secours n’est superposable. On anticipe mais, une fois sur place, il faut s’adapter et trouver la moins mauvaise des solutions. »