Suivi par des millions d’Américains, le podcasteur conservateur multiplie les critiques contre la politique migratoire de l’administration Trump, qu’il avait pourtant soutenue lors de la présidentielle de 2024.

C’est une voix qui compte outre-Atlantique et elle se fait de plus en plus discordante. Joe Rogan, dont le podcast cumule des dizaines de millions d’auditeurs, a comparé mardi les agents de la police de l’immigration (ICE) à la «Gestapo», la police politique du régime nazi. Une charge violente de la part de celui qui avait apporté son soutien à Donald Trump quelques jours avant l’élection présidentielle de novembre 2024.

«Est-ce qu’on va vraiment devenir la Gestapo ? « Vos papiers ! » C’est ça qu’on est devenus ?», a lancé le podcasteur à son invité, le sénateur républicain Rand Paul, comme l’a repéré le média américain Axios . Rogan s’est dit préoccupé par «des groupes militarisés qui patrouillent dans les rues, débarquent masqués et embarquent des gens». Il a également affirmé que de nombreuses personnes interpellées par l’ICE seraient en réalité des citoyens américains.

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«C’est odieux»

Ces déclarations interviennent dans un contexte de tensions croissantes autour des opérations de l’agence fédérale en charge de la lutte contre l’immigration. Rogan est revenu sur la mort de Renee Nicole Good, une mère de famille de 37 ans abattue par un agent de l’ICE à Minneapolis. «C’est une terrible tragédie», a-t-il estimé, jugeant l’intervention «complètement anormale». «C’est odieux de voir quelqu’un tirer sur une citoyenne américaine, une femme, en plein visage», a-t-il ajouté.

Selon lui, les images montreraient que la victime tentait d’éloigner son véhicule de l’agent, et non de foncer sur lui. Malgré les demandes d’enquête émanant des élus locaux du Minnesota, le procureur général adjoint Todd Blanche a déclaré mardi qu’il n’existait «actuellement aucun fondement pour lancer une enquête pénale pour violation des droits civiques» .

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Ce n’est pas la première fois que Joe Rogan prend ses distances avec la politique migratoire de l’administration Trump. Dès avril 2025, il alertait ses auditeurs sur le sort de «personnes qui ne sont pas des criminels» et qui se retrouvent «embarquées et envoyées dans des prisons au Salvador». En juillet, il qualifiait les descentes de l’ICE sur des sites de travail ou devant des magasins de bricolage de «délirantes». En août, face à la députée républicaine Anna Paulina Luna, il estimait que l’agence «faisait paniquer» la population, notant que beaucoup s’attendaient à voir les agents cibler des membres de gangs, et non «pas le jardinier». Plus récemment, en décembre, le podcasteur comparait les interpellations de l’ICE à des quotas de contraventions routières, suggérant que l’administration cherchait avant tout à «atteindre des objectifs chiffrés» .

Les Américains condamnent la mort de Renee Good

Dans tous les sondages, une majorité d’Américains condamnent le geste du policier de l’immigration qui a tué par balles une femme de 37 ans, Renee Good, le 7 janvier à Minneapolis (nord). Dans une enquête de l’institut Quinnipiac citée par l’AFP, 57% des électeurs désapprouvent les méthodes d’ICE – 94% des électeurs démocrates et 64% des indépendants, tandis que les républicains les soutiennent au contraire à 84%.

Dans un autre sondage, Economist/YouGov, la proportion de personnes interrogées favorables à la suppression d’ICE (46%) dépasse pour la première fois le pourcentage de celles qui s’y opposent (43%).