Malgré toute leur bonne volonté, les éleveurs, mais surtout leurs poules pondeuses, peinent à remplir les rayons des magasins. Surtout quand la demande varie de plus de 100 millions en un mois, comme ces derniers temps. Avec les réveillons, puis la galette des rois, la consommation s’est emballée, contrariée au passage par les « difficultés de livraisons consécutives à la neige », explique Yves-Marie Beaudet, éleveur à Landéhen (Côtes-d’Armor) et président du Comité national pour la promotion de l’œuf. Le CNPO rassemble tous les métiers de la filière, dont quelque 3 200 producteurs.

L’agriculteur préfère parler de « tensions d’approvisionnement » plutôt que de « pénurie », ce qui supposerait de manquer de ce produit de base partout et pendant plusieurs jours.

300 nouveaux poulaillers d’ici 2030 ?

La France compte 48 millions de pondeuses, dont 60 % en Bretagne, Pays de Loire et Normandie. Et il se trouve que les Français aiment les œufs. « On en consomme 300 millions de plus chaque année depuis trois ans, c’est la production d’un million de poules pondeuses ». Pour y répondre, la profession veut construire 300 poulaillers d’ici 2030. Alors que les élevages en cage sont remplacés par des systèmes alternatifs au sol, biologique et en plein air : « Mais cela demande plus de place, ce qui réduit la capacité de production d’environ 20 % ».

La Coordination rurale demande même « un retour aux cages », considérant que l’abandon de ce mode de production « fragilise l’outil de production et impose des investissements lourds ». Alors que la profession est engagée dans la fin de ce modèle pour répondre aux attentes de la société, et n’est pas forcément prête à faire machine arrière. L’aviculture a aussi vécu des catastrophes sanitaires ces dernières années (grippe aviaire, salmonelle) entraînant des abattages, et réduisant la capacité de production nationale.

Le poulailler… et la centrale thermique

La filière pointe surtout une « réglementation trop contraignante » qui ralentirait les projets. « Il faut deux ans pour valider un dossier », indique le président du CNPO. Les permis délivrés à ces installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) sont soumis à des seuils qui dépendent d’une directive européenne sur les émissions industrielles. « La procédure d’installation d’un poulailler est la même que celle d’une centrale thermique », compare la ministre de l’Agriculture. Annie Genevard promet « un grand ménage de la réglementation » et la création d’un « régime spécifique » pour les élevages, « avec des règles moins contraignantes ».  La loi Duplomb votée l’été dernier prévoit déjà d’assouplir ces règles en relevant les seuils nécessitant une demande d’autorisation environnementale.

Pour Yves-Marie Beaudet, ces ruptures de stock ont le mérite d’attirer l’attention du consommateur sur les moyens de production en France, pays champion d’Europe avec plus de 15,4 milliards d’œufs commercialisés en 2024 « Quand on dit qu’il faut construire de nouveaux poulaillers, on a souvent du mal à se faire entendre. »