Paroles d’américains expatriés, très inquiets du virage pris par leur pays ces derniers mois.

En plus de sa richesse culturelle et de son terroir d’exception, le Minervois a la particularité d’accueillir beaucoup d’étrangers venus s’installer en France. Au marché d’Olonzac, le mardi, il est fréquent d’entendre parler anglais, néerlandais ou allemand. En ce début d’année 2026, il paraissait opportun de prendre le pouls d’une diaspora américaine très inquiète du tournant pris par leur pays d’origine. Jennifer et Aaron ; Wilma, la mère de ce dernier – qui vit toujours à Phoenix – et Carol, livrent leur sentiment sur la période tourmentée que vivent les USA.

« Une des raisons principales de notre décision de venir habiter en France est le problème de la circulation des armes aux USA, et la fréquence des tueries de masse en milieu scolaire, explique Jennifer. Nous ne voulions pas faire courir ce risque à nos enfants. Nous voulions aussi partir à l’aventure, et le Sud de la France nous a beaucoup plu ».

Avec son mari Aaron, ils sont installés à Pépieux depuis 2015. Un constat partagé par Carol, qui vit dans le Minervois depuis 2017 : « Avec mon mari, nous avions toujours rêvé d’habiter en Europe pour notre retraite. Aujourd’hui, nous avons beaucoup d’amis qui disent beaucoup nous envier ! Pourtant, la distance n’atténue pas l’impact des problématiques actuelles aux États-Unis, au contraire. Nous n’avons aucune prise sur ce qui se passe chez nous, et cela nous désespère ».

Comparaison avec l’Allemagne
des années 30

Mise en place par Donald Trump, la police fédérale de l’immigration (ICE) sème la zizanie dans le pays. En plus des critiques concernant ses méthodes, un de ses agents a récemment tué une citoyenne américaine qui tentait d’échapper à un contrôle.

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« Nous sommes rentrés à Phoenix pour Noël, et nous avons, honnêtement, été très effrayés du changement de notre pays en quelques mois seulement, confie Aaron. Il y a, par exemple, des messages gouvernementaux qui passent à la radio qui demandent aux personnes immigrées de se rendre dans des bureaux afin de s’inscrire sur des listes. Ce sont des méthodes qui font beaucoup penser à l’Allemagne des années 30 et au nazisme. C’est une comparaison qui revient beaucoup en ce moment ». Et Wilma d’ajouter : « Les agents de ICE font parfois irruption dans ces bureaux et embarquent les personnes venues volontairement s’inscrire ».

Peu à peu, des mouvements de contestation se mettent en place, comme les manifestations géantes No Kings (pas de rois) qui ont rassemblé plusieurs millions de personnes, ou par le biais d’associations, comme le décrit Carol : « Parfois les agents d’ICE stoppent une voiture au milieu de la route et enlèvent le conducteur. Depuis quelques semaines, des associations se bougent pour retrouver ces personnes enlevées en menant l’enquête grâce aux plaques d’immatriculation pour trouver leur identité et prévenir leurs proches ».

« Le monde ne fait plus confiance
aux USA »

Un sentiment d’impuissance est partagé par Jennifer, Aaron et Carol. Ils font leur possible en continuant à voter lors des présidentielles ou des « mid-terms » (sorte de législatives), mais ont peur que ce ne soit bientôt plus possible. « Donald Trump est en train d’essayer de mettre en place un système qui empêche les citoyens américains expatriés de voter et, avec lui, tout va très vite, donc nous ne savons même pas si nous pourrons participer aux prochaines élections » alerte Aaron.

Pour Carol, le mal est fait : « Je n’ai pas beaucoup d’espoir que la situation s’améliore, je pense que le monde ne fait plus confiance aux Américains désormais ».

Finalement, c’est Wilma, qui habite en plein cœur de la galaxie Maga* qui a le plus d’optimisme pour l’avenir : « Plusieurs choses me permettent de croire à des jours meilleurs, d’abord l’âge avancé et la santé mentale de Trump qui pourrait amener certains de ses alliés politiques à vouloir prendre sa place, mais aussi les nombreuses bourdes qu’il commet à l’échelle internationale ou encore l’affaire Epstein qui peut lui exploser à la figure ». Aaron a, lui aussi, un peu d’espoir dans la réaction de la génération Z, qui pourrait être celle qui met fin à cette période noire de la politique américaine.

*Make America great again, le slogan de Donald Trump.