LE POINT SUR LA SITUATION – L’émissaire américain pour la Syrie Tom Barrack et le chef des forces kurdes syriennes Mazloum Abdi se réunissent ce samedi à Erbil, dans un contexte de tensions persistantes entre Damas et les forces kurdes.
Ce samedi, plusieurs évolutions sont intervenues dans le nord de la Syrie, avec des affrontements signalés à l’est d’Alep, des accusations croisées entre l’armée syrienne et les Forces démocratiques syriennes (FDS), une reprise des échanges diplomatiques sous médiation américaine en Irak, ainsi que des réactions des responsables kurdes après un décret présidentiel sur leurs droits nationaux. Le Figaro fait le point sur la situation au samedi 17 janvier.
Les Kurdes de Syrie affirment qu’une attaque des forces gouvernementales a tué plusieurs de leurs combattants
Les forces kurdes de Syrie ont affirmé samedi qu’une attaque des forces gouvernementales avait tué plusieurs de leurs combattants dans le nord du pays, accusant Damas de ne pas respecter un accord sur le retrait kurde de secteurs situés à l’est d’Alep.
Les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, ont affirmé dans un communiqué que cet accord prévoyait «un cessez-le-feu et un délai de 48 heures» pour le retrait de leurs combattants des villes de Deir Hafer et Maskana. Or le gouvernement a envoyé des convois militaires dans la région «avant que le retrait» ne soit achevé et «attaqué nos combattants, dont plusieurs ont été tués», ont ajouté les FDS.
L’émissaire américain Tom Barrack et le chef des forces kurdes de Syrie se réunissent à Erbil
L’émissaire américain pour la Syrie Tom Barrack et le chef des forces kurdes en Syrie, Mazloum Abdi, sont arrivés samedi à Erbil pour une réunion, a annoncé à l’AFP une source à la présidence du Kurdistan d’Irak. Tom Barrack devait rencontrer le leader kurde Massoud Barzani, puis Mazloum Abdi, le chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), contrôlées par les Kurdes, et Nechirvan Barzani, le président du Kurdistan d’Irak, selon cette source.
Cette réunion intervient après des affrontements entre armée syrienne et forces kurdes dans le nord de la Syrie, alors que les négociations entre Damas et les Kurdes pour mettre en oeuvre un accord signé en mars 2025, visant à intégrer leurs institutions civiles et militaires au sein de l’État syrien, sont dans l’impasse.
Les Kurdes de Syrie jugent insuffisant un décret publié vendredi sur leurs droits nationaux
Les Kurdes de Syrie ont affirmé samedi qu’un décret présidentiel, publié la veille, qui fait du kurde une langue officielle et garantit à cette minorité des droits nationaux, était un premier pas mais restait insuffisant. Le décret du président Ahmad al-Chareh constitue «un premier pas mais ne satisfait pas les aspirations et les espoirs du peuple kurde», a déclaré dans un communiqué l’administration kurde du nord et du nord-est de la Syrie.
Les droits doivent être protégés «par des constitutions à caractère permanent qui expriment la volonté du peuple et de toutes ses composantes», et non par des «décrets temporaires», ajoute le communiqué.
L’armée syrienne annonce contrôler la ville de Deir Hafer, à l’est d’Alep
L’armée syrienne a annoncé samedi matin avoir pris le contrôle de la ville de Deir Hafer, à l’est d’Alep, après de récents combats dans cette région du nord de la Syrie. Dans un communiqué diffusé par la télévision officielle, elle affirme exercer un «contrôle militaire total» sur la ville, tandis qu’un correspondant de l’AFP a constaté le déploiement de troupes syriennes sur place. L’armée précise que ses forces ont commencé à entrer plus largement dans un secteur situé à l’ouest de l’Euphrate, marquant une nouvelle étape de son avancée dans l’est de la région d’Alep.
Au moment où il est engagé dans un conflit avec les forces kurdes qui contrôlent le nord du pays, le président syrien Ahmad al-Chareh a annoncé vendredi soir reconnaître par décret les droits nationaux des Kurdes dont la langue sera désormais officielle. Le chef de l’État islamiste a affirmé que les Kurdes constituaient «une partie intégrante» du pays où ils ont souffert de décennies de marginalisation et d’oppression des régimes précédents.
Des combats depuis la semaine dernière
Ahmad al-Chareh a renversé en décembre 2024 Bachar al-Assad à la tête d’une coalition islamiste et veut étendre son autorité sur l’ensemble du territoire syrien. La minorité kurde avait profité du chaos de la guerre civile (2011-2024) pour s’emparer de vastes territoires du nord et du nord-est de la Syrie – incluant champs pétroliers et gaziers – après avoir défait le groupe djihadiste État islamique (EI) avec l’appui d’une coalition multinationale.
Des combats avaient opposé la semaine dernière l’armée syrienne aux forces kurdes à Alep, où elles ont été délogées des deux quartiers qu’elles contrôlaient. Les forces syriennes ont ensuite massé d’importants renforts dans la région de Deir Hafer, à une cinquantaine de kilomètres à l’est d’Alep, et sommé les Forces Démocratiques Syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, d’évacuer une zone entre cette région et l’Euphrate, plus à l’est.
Le chef des FDS, Mazloum Abdi, a annoncé un retrait programmé, devant intervenir samedi matin. Peu auparavant, l’armée avait annoncé bombarder les positions kurdes dans la région après avoir émis des avertissements aux civils, les FDS faisant pour leur part état «d’un violent pilonnage». L’armée avait accordé un délai aux civils pour évacuer la zone sous contrôle des FDS, et plus de 4000 d’entre eux ont fui selon les autorités syriennes.