Par

Glenn Gillet

Publié le

17 janv. 2026 à 14h44
; mis à jour le 17 janv. 2026 à 15h24

Qu’est-ce qui a causé la mort d’El Hacen Diarra lors de sa garde à vue, au commissariat du 20e arrondissement de Paris ? Alors qu’une enquête est ouverte pour déterminer les causes du décès brutal de ce Mauritanien de 35 ans dans la nuit du 14 au 15 janvier, la militante contre les violences policières Assa Traoré et le député Thomas Portes (LFI) ont diffusé une vidéo de son interpellation par les forces de l’ordre, qui lui reprochaient d’avoir refusé de se soumettre à une palpation, selon des éléments communiqués par le parquet de Paris.

Refus de palpation, double chute et taser

Sur cette « vidéo filmée par un voisin », on voit deux policiers s’affairer sur ce qu’on devine être un homme retenu au sol, mais qu’on ne voit pas sur la vidéo car il est caché par un grille. Au début de l’enregistre, on voit qu’un agent fait deux fois un mouvement qui pourrait être un coup de poing ou de taser.

Le parquet de Paris précise qu’un des agents a fait usage de son taser pour appréhender l’homme, « le touchant notamment à la cheville ». L’homme est ensuite immobilisé au sol jusqu’à ce qu’un autre équipage de police nationale n’intervienne sur place. C’est là que la vidéo s’arrête.

Les faits se sont vraisemblablement déroulés à quelques mètres du foyer des Mûriers, un établissement où le trentenaire « habitait depuis quatre ans », selon Ladji Sakho, conseiller d’arrondissement (PCF) qui affirme qu’il « connaissait bien » le défunt puisque lui aussi a habité dans ce foyer et ce « pendant 10 ans ». « Il n’est pas méchant, il est calme. Il a un petit handicap mental mais très léger », confie Ladji Sakho.

Selon le parquet de Paris, El Hacen Diarra a été repéré par les policiers alors qu’il était en train de se rouler un joint dans la rue. Il aurait ensuite refusé de se soumettre à une palpation, après quoi les forces de l’ordre auraient décidé de l’interpeller. L’arrestation, qui a eu lieu vers 22h45, ne s’est toutefois pas passée calmement puisque la victime serait tombée à deux reprises, « entraînant deux policiers dans sa chute », selon les éléments communiqués par le ministère public. Une substance brune semblable à de la résine de cannabis était finalement retrouvée sur lui.

« À son arrivée au commissariat (du XXe arrondissement), les policiers eux-mêmes ont estimé nécessaire une hospitalisation immédiate », ajouté l’avocat, dénonçant des « violences graves » lors de l’interpellation et « peut-être » au sein du commissariat.

Arrêt cardio-respiratoire

« El Hacen s’est fait menotter puis il a été embarqué par la police. Le lendemain, quand son frère est parti le chercher à la police, c’est là où il s’est rendu compte que son frère était décédé », précise Ladji Sakho.

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Selon le parquet de Paris, une fois le trentenaire arrivé dans les locaux de la police, un transfert vers l’hôpital a été demandé en raison d’une plaie à l’arcade, sans que l’origine de cette blessure ne soit mentionnée par le ministère public. C’est alors qu’il attendait sur un banc en vue de son transfert que la victime a fait un malaise. Constatant qu’il était en arrêt cardio-respiratoire, un policier a alors commencé à lui prodiguer un massage cardiaque en attendant l’arrivée des pompiers. Mais le décès d’El Hacen Diarra a finalement été constaté vers 0h20.

Une enquête a depuis été ouverte en recherches des causes de la mort. L’avocat Yassine Bouzrou a annoncé dans un comminiqué que la famille du défunt a déposé plainte pour « violences volontaires ayant entraîné la mort ». Selon lui, cette plainte « s’impose face à l’absence de saisine d’un juge d’instruction par la procureure de la République, alors que les circonstances de ce drame sont marquées par des preuves accablantes », ajoutante que « des témoins ont vu une mare de sang sur les lieux de l’interpellation, attestant de la violence extrême subie par El Hacen Diarra ».

Un rassemblement ce dimanche en hommage à El Hacen Diarra

« Les circonstances de ce drame restent à éclaircir. Nous attendons avec la plus grande attention les résultats de l’autopsie qui devra établir les causes du décès. Il est impératif que toute la lumière soit faite sur les conditions dans lesquelles cette personne est décédée », a réagi le maire du 20e arrondissement Éric Pliez (Place publique), demandant que l’enquête soit conduite « avec rigueur et impartialité ».

Le sénateur de Paris Ian Brossat (PCF) a de son côté dénoncé des faits « totalement inacceptables » et annonce avoir écrit à la préfecture de police pour demander une conduite minutieuse de l’enquête, précisant que l’IGPN a été saisie. Il demande au préfet de police de suspendre les deux policiers impliqués dans l’interpellation d’El Hacen Diarra « en attendant les conclusions de l’enquête ». Selon le sénateur, « c’est une violence policière de plus, c’est abominable et ce n’est pas acceptable dans un pays comme le nôtre ».

« Stop aux violences policières », a quant à lui appelé le député Thomas Portes. « Justice et vérité pour El Hacen Diarra tué par la police », a abondé l’eurodéputée Rima Hassan (LFI).

Un appel a été lancé pour un rassemblement d’hommage à El Hacen Diarra qui se tiendra à 14h devant le foyer des Mûriers, au 16 rue Fernand Léger dans le 20e arrondissement de Paris.

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