l’essentiel
Alors que Donald Trump ne relâche pas ses efforts pour obtenir le Groenland, l’histoire nous rappelle que Washington a déjà fait l’acquisition d’un autre territoire convoité : l’Alaska.

Avant que la bannière étoilée américaine ne flotte sur l’Alaska, cet Etat était bien sous domination… de la Russie. En 1741, Vitus Jonassen Béring, un marin danois au service des Russes, est chargé par le Tsar Pierre le Grand de cartographier les territoires situés entre la frontière orientale de la Russie et le continent nord-américain. C’est au cours de cette expédition qu’il rejoint les côtes de l’Alaska, comme le raconte The Office of the Historian, bureau officiel des historiens du Département d’Etat américain.

Une installation avantageuse mais de courte durée

Dans les années 1790, Grigori Chelikhov et Nikolaï Rezanov créent la Compagnie russe d’Amérique, financée par le Tsar Paul Ier. Ce dernier détient alors le monopole du commerce des fourrures en Amérique du Nord. Au cours du XIXe siècle, l’Alaska perd petit à petit son attractivité économique.

Carte de l'Amérique russe de 1860

Carte de l’Amérique russe de 1860
Domaine public / Wikimedia Commons

Les populations de phoques et de loutres de mer s’effondrent, à cause de la surexploitation. La guerre de Crimée (1853-1856) affaiblit considérablement l’économie russe. De plus, l’expansion des États-Unis vers l’ouest place la Russie dans une position délicate quant au maintien de cette région lointaine et difficile à défendre.

La capitale de la Compagnie russo-américaine se trouvait à New Archangel (aujourd'hui Sitka, en Alaska ) en 1837.

La capitale de la Compagnie russo-américaine se trouvait à New Archangel (aujourd’hui Sitka, en Alaska ) en 1837.
Domaine public / Wikimedia Commons

Un achat à 281 millions de dollars

Face à cette situation, la Russie propose, en 1859, de vendre l’Alaska aux Américains. Elle espère aussi contrebalancer les ambitions de la Grande-Bretagne, son principal rival dans le Pacifique. La Guerre de Sécession retarde la vente. Après le conflit, le secrétaire d’État américain William Seward approuve la proposition d’Édouard de Stoeckl, alors ambassadeur de Russie à Washington, d’acquérir l’Alaska pour 7,2 millions de dollars, soit 281 millions de dollars actuels (242,3 millions d’euros).

Chèque utilisé par le gouvernement des États-Unis pour l'achat de l'Alaska.

Chèque utilisé par le gouvernement des États-Unis pour l’achat de l’Alaska.
Domaine public / Wikimedia Commons

L’Alaska est officiellement transférée aux États-Unis le 18 octobre 1867. L’acquisition de ce nouvel Etat marque la fin de l’expansion et de la présence russe en Amérique du Nord et assure aux États-Unis l’accès à la bordure nord du Pacifique.

L’affaire du siècle ?

Pendant longtemps, les États-Unis ont porté peu d’attention à ce nouveau territoire. Il a été gouverné par l’armée, la marine ou le Trésor, voire parfois sans autorité visible. Jugé inutile et coûteux, peu d’Américains voyaient l’intérêt de cet achat et les sceptiques le surnommaient « la folie de Seward ».

La ruée vers l'or du Klondike.

La ruée vers l’or du Klondike.
Domaine public / Wikimedia Commons

Cette vision change lorsqu’un important gisement d’or est découvert au Yukon en 1896, faisant de l’Alaska la porte d’entrée des champs aurifères du Klondike. Depuis, les États-Unis ont gagné des centaines de milliards de dollars en exploitant les nombreuses ressources naturelles : pétrole, gaz, cuivre, or, bois, poisson, platine, zinc, plomb…Une folie finalement très rentable.