(Actualisé avec Bessent, Macron et Starmer)
Huit pays européens ont
publié dimanche un communiqué commun pour manifester leur
solidarité avec le Groenland, convoité par Donald Trump, et
dénoncer les nouvelles menaces douanières du président
américain.
Le locataire de la Maison blanche a menacé samedi d’une
nouvelle vague de taxes douanières plusieurs de ses alliés
européens jusqu’à ce que les Etats-Unis soient autorisés à
racheter le Groenland, marquant une escalade dans le conflit
portant sur l’avenir du vaste territoire autonome danois.
« En tant que membres de l’Otan, nous nous engageons à
renforcer la sécurité de l’Arctique comme intérêt
transatlantique partagé », peut-on lire dans le communiqué publié
par le Danemark, la Finlande, la France, l’Allemagne, les
Pays-Bas, la Norvège, la Suède et la Grande-Bretagne.
« Les menaces de droits de douane fragilisent les relations
transatlantiques et constituent une spirale dangereuse vers le
bas », ont-ils ajouté.
Les huit Etats, déjà soumis à des droits de douane
américains allant de 10% à 15%, ont envoyé ces derniers jours un
petit contingent de soldats au Groenland.
Ces derniers indiquent que l’opération menée dans le
territoire autonome visait à renforcer la sécurité de l’Arctique
et ne représentait une menace pour personne.
Ils se disent ouverts à la discussion, basée sur les
principes de la souveraineté et de l’intégrité territoriale.
La Première ministre danoise Mette Frederiksen s’est dite
satisfaite de la réponse apportée par le Vieux-Continent.
« L’Europe ne fera pas l’objet de chantage », a-t-elle déclaré
dans un communiqué.
Les ambassadeurs des 27 pays de l’Union européenne doivent
tenir dimanche à 16h00 GMT une réunion d’urgence à Bruxelles
lors de laquelle sera abordée la question d’une riposte aux
menaces américaines.
Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre
française des Armées estime que « l’Europe n’est pas désarmée
face à une telle situation, ni diplomatiquement, ni
économiquement, ni commercialement », faisant référence notamment
à l’instrument anti-coercition de l’Union européenne.
Emmanuel Macron demandera l’activation de cet instrument,
a-t-on appris dimanche dans l’entourage du chef de l’Etat. « Le
Président de la République est mobilisé pour coordonner la
réponse européenne suite aux menaces tarifaires inacceptables
formulées par le Président Trump (et) sera toute la journée en
contact avec ses homologues européens », dit-on de même source.
L’association allemande des fournisseurs de machines-outil
et d’équipements industriels a appelé elle aussi la Commission
européenne à envisager d’utiliser cet instrument qui permet à
l’UE de conduire des représailles contre des pays tiers qui
utilisent la pression économique sur des membres de l’UE pour
influer sur leurs politiques.
Outil de dissuasion, il peut être utilisé en dernier
recours pour lancer des contre-mesures, notamment un large
éventail de restrictions liées au commerce, aux investissements
et au financement.
« Si l’UE cède ici, cela ne fera qu’encourager le
président américain à faire la prochaine demande absurde et
menacer de nouveaux droits de douane », a écrit Bertram Kawlath,
président de la VDMA, dans un communiqué publié dimanche.
ECHANGES DIPLOMATIQUES
Le Premier ministre irlandais, Michael Martin, a déclaré que
l’UE allait sans aucun doute riposter mais qu’il était « un peu
prématuré » d’activer l’instrument anti-coercition.
Sous pression, les dirigeants européens ont multiplié les
échanges diplomatiques dimanche.
Emmanuel Macron s’est entretenu avec la présidente de la
Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le secrétaire
général de l’Otan, Mark Rutte, ainsi qu’avec d’autres dirigeants
européens, a-t-on appris de l’entourage du président français.
Le président de la République a réaffirmé auprès de ses
interlocuteurs l’importance d’une réponse ferme, unie et
coordonnée au travers de l’activation de l’instrument anti
coercition si d’aventure les États unis devaient mettre leur
menace tarifaire à exécution, précise son entourage.
Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, s’est
entretenu avec Donald Trump dimanche, après avoir mené des
discussions avec les dirigeants du Danemark, de l’UE et de
l’Otan, a rapporté un porte-parole de Downing Street.
« Dans tous ses appels, le Premier ministre a réitéré sa
position sur le Groenland. Il a déclaré que la sécurité dans le
Grand Nord est une priorité pour tous les alliés de l’Otan dans
le but de protéger les intérêts euro-atlantiques. »
La présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, considérée
comme plus proche de Donald Trump que d’autres dirigeants du
bloc européen, a qualifié d' »erreur » la menace douanière du
président américain, affirmant lui avoir parlé plus tôt.
« Il semblait intéressé à écouter », a-t-elle déclaré en marge
d’un déplacement en Corée du Sud, ajoutant qu’elle contacterait
ses homologues européens.
L’Italie n’a pas envoyé de militaires au Groenland.
Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a déclaré
que les velléités américaines de s’emparer du Groenland
s’expliquaient par la « faiblesse » de l’Europe.
« Nous sommes le pays le plus puissant au monde », a-t-il
déclaré lors d’une interview accordée à NBC. « Les Européens
projettent de la faiblesse, les Etats-Unis projettent de la
force. »
Prendre possession du Groenland est crucial pour les
Etats-Unis dans le contexte géopolitique avec la Russie et la
Chine, a-t-il expliqué, ajoutant penser que l’Europe parviendra
à infléchir sa position.
« Je pense que les Européens comprendront que c’est ce
qui est le meilleur pour le Groenland, pour l’Europe et le
meilleur pour les Etats-Unis. »
(Rene Wagner et Markus Wacket à Berlin, avec Toby Sterling à
Amsterdam, Gilles Guillaume et Zhifan Liu pour la version
française)