Par
Adrien Filoche
Publié le
19 janv. 2026 à 7h12
« Au début, je ne savais pas où j’allais. Mais il y avait bien quelque chose à creuser ! » Sexologue au CHU de Rouen depuis plus de 15 ans, Manon Bestaux a signé en décembre 2025 un article dans la revue scientifique Plos one* où elle partage les résultats de son étude de faisabilité sur la potentielle fonction analgésique du clitoris, c’est-à-dire une réduction de la douleur chez les femmes enceintes. Une avancée qui pourrait en amener d’autres.
Une étude sur la capacité antidouleur du clitoris
Avant de détailler les résultats de cette étude innovante, il faut remonter à 2014. Cette année-là, Manon Bestaux est appelée par une sage-femme après qu’une patiente est arrivée avec « un projet de naissance orgasmique. »
« En fait, cette femme s’était rendu compte qu’elle pouvait soulager ses douleurs pendant sa grossesse en utilisant un objet vibrant. Elle souhaitait également l’avoir pour son accouchement mais ne savait pas comment prévenir l’équipe », relate la sexologue. Et d’ajouter : « Sur cette capacité antidouleur du clitoris, il n’y avait alors pas de recherche. L’idée, c’est de penser qu’il ne sert pas qu’au plaisir sexuel ».
Le clitoris est un organe qui n’est peut-être pas utilisé autant qu’il le devrait.
Manon Bestaux
Sexologue au CHU de Rouen
La spécialiste sent qu’il y a une piste à creuser. Entre 2020 et 2023, elle mène une étude auprès de 32 femmes enceintes dans le but de démontrer une capacité analgésique du clitoris, pas nécessairement liée à la fonction plaisir.
Un soulagement dans 86 % des cas
Les participantes à l’étude reçoivent ce que Manon Bestaux nomme un OVD (outil vibrant de détente) qu’elle baptisera Dolvia® par la suite.
Elles sont invitées à appliquer elles-mêmes le dispositif, en cas de douleur et même au travers d’un tissu, sur la symphyse pubienne au niveau du ligament suspenseur du clitoris, afin de chercher une potentielle fonction analgésique de l’organe.
26 d’entre elles ont utilisé l’OVD plus de deux fois.
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Ainsi, sur un total de 304 épisodes douloureux, les participantes ont signalé une sensation de soulagement dans 86 % des cas après utilisation de l’OVD. L’une d’entre elles indique être passée d’un seuil de douleur 8 à 2 (sur l’échelle visuelle analogique, dite EVA), pour des douleurs issues de contractions utérines.
Ce n’est pas de la masturbation, mais bien un massage. Ce n’est pas un sextoy, mais bien un dispositif vibrant utilisé pour réduire les douleurs.
Manon Bestaux
Sexologue au CHU de Rouen
Si ces travaux demeurent une étude de faisabilité, et non pas une preuve définitive de la fonction analgésique du clitoris, ils constituent malgré tout une avancée importante pour la recherche. Les résultats probants pourraient ainsi être étendus à un autre public (par exemple les femmes victimes de règles douloureuses ou atteintes d’endométriose).
« La suite, c’est de faire des études d’évaluation, chercher à comprendre pourquoi cette vibration du clitoris soulage la douleur », poursuit la sexologue, qui « rêve de trouver un jour un industriel qui pourrait améliorer l’OVD et en faire un dispositif médical spécifique ».
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*L’article publié dans la revue Plos One à retrouver en lien
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