Elle s’appelle Heated Rivalry. Rivalité brûlante. Une série canadienne sortie en novembre sur la plateforme, Crave. En France, elle ne sortira que début février sur HBO Max. Elle est inspirée d’un livre du même nom et sur les réseaux, on ne parle que d’elle. Heated Rivalry raconte l’histoire d’amour très hot entre deux joueurs de hockey beaux gosses que tout oppose. Ils sont dans deux équipes rivales, tombent amoureux, l’un est canadien et l’autre russe. Et c’est important de le noter. Car si la série fonctionne aux US et dans plein d’autres pays où elle est sortie, elle fait partie des programmes censurés en Russie.

Le pays de Vladimir Poutine a des lois très repressives concernant les personnes LGBTQIA+, notamment en ce qui concerne ce qu’ils appellent la propagande gay. Les contenus LGBT sont tout simplement interdits car ils ne montrent pas des couples dits traditionnels, autrement dit hétérosexuels. Il ne faudrait pas pervertir l’esprit des plus jeunes avec une série où il y a énormément de scènes de sexe entre deux hommes. Sauf qu’en ce moment, certains russes contournent ses lois pour pouvoir regarder Heated Rivalry.

Selon le journaliste russe Mikhaïl Zygar qui a écrit un article à ce sujet dans Vanity Fair, les jeunes russes se partagent la série sur des canaux privés Telegram. Ils s’échangent des liens cryptés pour ne pas se faire choper, ils utilisent des VPN et vont sur des sites pirates. Sur Tiktok, des personnes partagent aussi des liens et des méthodes pour pouvoir avoir accès à la série.

Résultat, ça met en colère les mouvements conservateurs qui éxigent que le gouvernement attaque certains services de streaming qui ont diffusé la série illégalement. Plus qu’une série, Heated Rivalry est devenu un véritable objet politique en Russie. Les jeunes veulent la regarder quitte à transgresser des lois homophobes et ils sont prêts à risquer des peines d’amende de plusieurs milliers de dollars.

Pour le journaliste russe Mikhaïl Zygar c’est tout simplement parce qu’avoir un personnage gay, russe, dans une série grand public, c’est inédit. Imaginez, pour les jeunes russes homosexuels qui ne se sont jamais senti représenté dans une fiction, ce que ça peut représenter. C’est d’ailleurs un aspect qui est traité dans la série. Le personnage Ilya Rozanov ne peut pas faire son coming out à cause de son origine.

Je rappelle qu’aujourd’hui c’est quasiment impossible d’être ouvertement gay en Russie. En 2023, le gouvernement a même banni le mouvement LGBTQIA+ pour extrémisme. Des officiers sont venus faire des descentes dans des clubs gays de Moscou. Certaines associations ont quitté le pays. Faire son coming out peut être passible de prison. Sauf qu’évidemment, il y a des personnes homosexuelles russes qui n’ont pas d’autres choix que de rester dans leur pays, sans pouvoir révéler et vivre leur sexualité normalement. On peut imaginer que c’est pour ça que Heated Rivalry résonne autant auprès d’elles. La dernière fois que des gays russes avaient été représenté dans la pop culture Russe c’était avec les deux chanteuses de Tatu au début des années 2000 qui avaient affolé le monde entier avec leur clip où elles s’embrassaient langoureusement sous la pluie. La chanson passe d’ailleurs dans la série et connaît un retour de hype depuis sur Tiktok. Mais il faut savoir que le groupe a été créé de toute pièce à l’époque par un manager qui voulaient surfer sur le fantasme masculin de voir deux femmes en mini jupes écossaise qui s’embrassaient. Elles n’étaient pas du tout lesbiennes. L’une a même dit qu’elle détesterait avoir un fils gay. Heated Rivalry redonne un peu d’espoir dans la triste réalité que vivent des millions de personnes pour qui aimer reste une chose à cacher.