Alors que la question de l’interdiction des réseaux sociaux pour les mineurs se pose en France, le débat franchit un nouveau cap au Royaume-Uni.
Longtemps réticent à toute interdiction stricte, le gouvernement britannique revoit sa position face à une mobilisation citoyenne massive et à des inquiétudes croissantes autour du temps d’écran, de la santé mentale et des dérives technologiques.
À quelques jours d’un vote décisif au Parlement, la question d’un bannissement des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans s’impose désormais au coeur de l’agenda politique.
Une pression citoyenne inédite sur les députés
À l’origine de ce revirement, une campagne portée par l’organisation Smartphone Free Childhood. En l’espace de quelques jours, plus de 100 000 citoyens ont écrit à leurs députés pour réclamer une interdiction des réseaux sociaux aux moins de 16 ans. Certains élus affirment avoir reçu plus d’un millier de messages, un volume rarement observé sur un sujet de société.
Pour les initiateurs du mouvement, ces plateformes sont devenues trop intrusives dans la vie des enfants, avec des mécanismes pensés pour capter l’attention et prolonger l’usage. Un discours qui trouve un écho grandissant auprès des familles, mais aussi d’une partie de la classe politique, jusque-là prudente sur le sujet.
Un changement de ton au sommet de l’État
Le Premier ministre Keir Starmer incarnait encore récemment cette prudence. Il mettait en avant la difficulté d’appliquer une interdiction et le risque de voir les adolescents se tourner vers des espaces numériques moins encadrés.
Depuis, le contexte a évolué. Les polémiques autour de certains outils d’IA, dont Grok récemment avec les deepfakes, et la multiplication d’études sur les effets des réseaux sociaux sur les plus jeunes ont modifié le discours officiel.
Désormais, le chef du gouvernement assure vouloir examiner toutes les options pour mieux protéger les enfants, évoquant aussi bien l’accès des adolescents aux plateformes que le temps d’écran dès le plus jeune âge. Le ministre de la Santé partage cette inquiétude, pointant les impacts possibles sur le développement cognitif et l’exposition à des contenus violents ou extrêmes.
Un vote décisif et des doutes sur l’application
Le débat va rapidement entrer dans sa phase la plus concrète, car la Chambre des Lords doit se prononcer sur un amendement au projet de loi Children’s Wellbeing and Schools Bill, visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans. En cas d’adoption, la Chambre des communes devra ensuite voter.
La mesure divise toutefois, et certaines organisations spécialisées dans la santé mentale estiment qu’une interdiction générale ferait porter la responsabilité sur les enfants plutôt que sur les entreprises technologiques.
D’autres soulignent les limites techniques de la vérification de l’âge, déjà mises en évidence en Australie, où les VPN, les faux profils et les images générées par IA permettent de contourner les contrôles.
Par ailleurs, avec l’Online Safety Act, le Royaume-Uni dispose déjà d’un cadre réglementaire renforcé. Mais pour le gouvernement, ce dispositif ne serait qu’une étape…