Les Émirats arabes unis ont accepté la récente invitation du président américain Donald Trump à rejoindre le « Conseil de paix », a annoncé mardi le ministère des Affaires étrangères des Émirats arabes unis. Abou Dhabi devient ainsi l’un des premiers gouvernements à soutenir publiquement cette initiative.
Le ministère a fait savoir que les Émirats arabes unis étaient prêts à « contribuer activement à la mission du Conseil de paix, en soutenant une coopération, une stabilité et une prospérité accrues pour tous », marquant officiellement leur alignement sur les nouveaux efforts déployés par Washington en matière de résolution des conflits.
« La décision des EAU reflète l’importance de la mise en œuvre intégrale du plan de paix en 20 points du président Donald J. Trump pour Gaza, un plan qui est lui-même essentiel à la réalisation des droits légitimes du peuple palestinien », a déclaré le ministre des Affaires étrangères émirati Abdullah bin Zayed.
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L’acceptation d’Abou Dhabi intervient alors que les gouvernements du monde entier réagissent avec prudence au plan de Trump qui, s’il débute effectivement par Gaza, vise néanmoins à s’étendre à d’autres conflits.
Le Conseil de paix a d’abord été présenté comme un organe exclusivement chargé de superviser la gestion de Gaza après la guerre. En novembre, le Conseil de sécurité des Nations unies a voté afin de lui confier un mandat de deux ans à cet effet.
Mais la charte du Conseil, obtenue par le Times of Israel en début de semaine, ne fait aucune mention de Gaza. Elle semble de plus critiquer l’ONU, affirmant que le nouveau conseil devrait avoir « le courage de prendre ses distances d’avec les approches et les institutions qui ont trop souvent échoué ».
Le document était joint aux invitations à rejoindre le conseil, qui ont été envoyées vendredi à des dizaines de dirigeants du monde entier. Depuis, certains ont confirmé avoir reçu l’invitation, mais peu l’ont acceptée publiquement et moins encore l’ont déclinée.

De gauche à droite : Des responsables du Qatar, du Pakistan, de l’Arabie saoudite, de la Turquie, de la Jordanie, de l’Indonésie et des Émirats arabes unis posant pour une photo lors d’une réunion visant à discuter du plan de paix pour Gaza soutenu par les États-Unis, à Istanbul, le 3 novembre 2025. (Crédit : Ozan Kose/AFP)
Quelques heures après qu’Abou Dhabi a fait part de son intention d’accepter l’invitation, le bureau du président biélorusse Alexandre Loukachenko a confirmé qu’il rejoindrait lui aussi le Conseil de paix.
Loukachenko est par ailleurs un proche allié du président russe Vladimir Poutine, dont l’invitation à rejoindre le conseil a suscité des réactions mitigées en Europe.
Mardi, la Chine a confirmé avoir été invitée à rejoindre le Conseil de paix, mais n’a toutefois pas précisé si elle accepterait. « La Chine a bien reçu l’invitation des États-Unis », a fait savoir le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Guo Jiakun, lors d’un point presse régulier.
Outre les Émirats arabes unis et la Biélorussie, l’invitation de Trump à rejoindre le Conseil de paix a, jusqu’à présent, été acceptée par l’Argentine, la Hongrie, le Kazakhstan, le Maroc et le Vietnam.
Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a pour sa part indiqué mardi que le président Recep Tayyip Erdogan prendrait prochainement sa décision.
« Nous avons reçu une invitation. Notre président, qui est invité en tant que membre fondateur, au nom de la Turquie, devrait prendre une décision à ce sujet très prochainement », a déclaré Fidan au cours d’une interview télévisée avec les médias d’État.
L’Europe fait part de ses inquiétudes
Certains dirigeants ont réagi de manière ambiguë à l’offre de Trump. La Première ministre italienne Giorgia Meloni a ainsi affirmé que son pays était « prêt à faire sa part ». Le Premier ministre canadien Mark Carney a quant à lui rapporté qu’Ottawa avait donné un accord « de principe » en attendant plus de détails.
Le Royaume-Uni s’est quant à lui montré plus clair, dénonçant mardi l’invitation lancée par Trump à son homologue russe, Vladimir Poutine, à rejoindre le conseil.
« Les informations selon lesquelles Poutine et Loukachenko pourraient être membres de ce conseil sont, à notre sens, préoccupantes », a commenté le porte-parole du Premier ministre britannique Keir Starmer, avant que le dirigeant biélorusse ne confirme sa participation.
« Poutine, qui est l’agresseur dans la guerre contraire au droit qu’il livre à l’Ukraine, a prouvé à maintes reprises son manque de sérieux en matière de paix », a ajouté le porte-parole.
La veille, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël avait annoncé que son pays « ne pouvait accepter » l’offre de rejoindre le conseil « à ce stade », en raison des inquiétudes partagées par plusieurs gouvernements européens selon lesquelles le Conseil de paix pourrait nuire au travail des Nations unies, que Trump a accusées de ne pas soutenir ses initiatives pour mettre fin aux conflits dans le monde.

Le président américain Donald Trump (à droite) salue le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre lors d’un sommet visant à mettre fin à la guerre entre Israël et le Hamas qui dure depuis plus de deux ans à Gaza, le 13 octobre 2025, à Charm el-Cheikh, en Égypte. (Crédit : Suzanne Plunkett/Pool via AP)
Une position partagée par le vice-ministre norvégien des Affaires étrangères, Andreas Motzfeldt Kravik, qui a confié mardi au quotidien Aftenposten qu’Oslo ne participerait pas à l’initiative dans son format actuel. Le ministère norvégien des Affaires étrangères n’a pas encore répondu à nos demandes de commentaires.
Le Qatar, en revanche, a défendu la vision de Trump pour Gaza, affirmant qu’il n’y avait « aucune alternative » à celle-ci.
« Le Conseil de paix de Gaza présente une voie à suivre », a déclaré le Premier ministre qatari Mohammed bin Abdulrahman Al Thani lors du Forum économique mondial de Davos (WEF).
« La mise en œuvre de la première phase du plan ne signifie pas que l’accord est conclu », a averti Al Thani, faisant référence au cessez-le-feu à Gaza. « Il nous reste maintenant beaucoup de travail à accomplir. »
« Nous sommes heureux d’apporter notre contribution à la paix et à la stabilité dans notre région », a-t-il ajouté à propos de l’intégration du Qatar au Conseil de paix. « Il n’y a aucune autre alternative pour l’instant. »
Selon Al Thani, l’une des priorités actuelles à Gaza est de « s’assurer que le retrait des forces israéliennes se fasse le plus rapidement possible ».
Le Qatar riposte
En Israël, le Premier ministre Benjamin Netanyahu n’avait, mardi, pas encore confirmé s’il accepterait l’invitation à rejoindre le Conseil.
Le Premier ministre a critiqué la décision de Washington de nommer des représentants de haut rang de la Turquie et du Qatar au sein de la branche opérationnelle du Conseil de paix pour Gaza, baptisée « Conseil exécutif de Gaza », laissant planer le doute quant à sa volonté de légitimer la composition du panel en rejoignant le Conseil de paix.
Lundi, le Premier ministre a admis lundi avoir eu un « vif désaccord » avec les États-Unis au sujet de la « composition » du conseil, et a présenté la participation du Qatar et de la Turquie comme minime, arguant qu’ils étaient « tout juste membres du comité consultatif de l’une des trois commissions, dans laquelle ils n’ont aucune autorité, aucune influence et aucun soldat ».
Une description que le Qatar a semblé contester mardi. Un porte-parole du ministère des Affaires étrangères a fait savoir que le pays était « engagé dans les consultations pour la création du Conseil de paix, impliqué dans le processus de médiation et en contact avec l’administration américaine ».
« Les objections d’Israël ne nous dérangent pas », a-t-il affirmé. « La position d’Israël ne dissuadera pas le Qatar de jouer son rôle. Nous sommes en contact avec les États-Unis à ce sujet. Le Qatar est déterminé à faire aboutir l’accord de cessez-le-feu à Gaza. »

Des engins de chantier lourds arborant les drapeaux de l’Égypte (à l’avant) et du Qatar sont alignés du côté égyptien du poste-frontière de Rafah avec la bande de Gaza, le 20 février 2025, alors que le Hamas a remis les corps de quatre otages israéliens décédés à la Croix-Rouge tôt dans la matinée, dans le cadre d’un accord de trêve avec Israël. (Crédit : AFP)
Ces discussions sur la composition du conseil d’administration se déroulent dans le contexte de l’annonce faite la semaine dernière par les États-Unis du lancement de la deuxième phase du plan en 20 points de Trump visant à mettre un terme à la guerre à Gaza.
La deuxième phase du plan prévoit le désarmement du Hamas, la démilitarisation de la bande de Gaza et la mise en place d’une nouvelle administration palestinienne technocratique pour la gestion de l’enclave.
À cette fin, le journal saoudien Asharq Al-Awsat a rapporté mardi que des membres haut placés du Hamas se préparaient à quitter la bande déchirée par la guerre, après avoir reçu l’assurance qu’ils pourraient partir en toute sécurité durant la deuxième phase du plan de Trump.
Citant une source interne au groupe terroriste, le journal a précisé que l’exil des responsables du Hamas se ferait sur la base du volontariat, en coordination avec les dirigeants du Hamas à l’étranger.
Plusieurs des membres du Hamas devant quitter Gaza au cours des prochaines semaines ont été nommés à des postes de direction au sein de l’aile politique du groupe terroriste, basée au Qatar, a indiqué Asharq. D’autres devraient rejoindre la Turquie, qui accueille un nombre important de hauts responsables du Hamas.