« Plus d’un million » d’habitants de Kiev ont été privés d’électricité mardi soir à la suite de nouvelles frappes nocturnes russes, a déploré le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, tandis qu’un émissaire russe disait avoir eu des entretiens « constructifs » en Suisse avec les Américains sur le conflit en Ukraine.

Des drones russes ont par ailleurs fait trois morts et deux blessés dans la journée à Zaporijjia, dans le sud du pays, selon le ministère ukrainien de l’Intérieur.

À Davos, une station suisse huppée, « les rencontres se déroulent de manière constructive et de plus en plus de personnes prennent conscience du bien-fondé de la position russe », a affirmé en marge du Forum économique mondial l’envoyé russe Kirill Dmitriev après des discussions sur l’Ukraine, notamment avec les Américains Steve Witkoff et Jared Kushner, le gendre de Donald Trump.

Volodymyr Zelensky a pour sa part dit s’nquiéter d’une perte d’attention internationale sur le pire conflit en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale, à cause du différend causé par les velléités du président américain de s’emparer du Groenland.

Le parlement dans le noir

Dans la journée, 4000 bâtiments d’habitation se sont retrouvés sans chauffage, a souligné le maire de Kiev, Vitali Klitschko, la Russie continuant ses bombardements sur les infrastructures énergétiques de l’Ukraine.

Ces bombardements ont aussi provisoirement privé la centrale nucléaire de Tchernobyl d’alimentation externe en courant et ont fait un blessé dans la capitale et un mort un peu plus au nord, à Boutcha, où un massacre a été commis pendant l’occupation russe au début de 2022.

« Tout le monde n’a pas la possibilité de quitter la ville, mais, en ce moment, la population a diminué », a déclaré M. Klitschko dans un entretien avec l’AFP, indiquant que 600 000 personnes avaient quitté la capitale, qui compte 3,6 millions d’habitants.

Des journalistes de l’AFP y ont constaté la fermeture de magasins et de restaurants en raison des coupures de courant ainsi que la mise hors service de feux de circulation et l’extinction de l’éclairage public la nuit dans certains quartiers.

La Rada, le parlement ukrainien, était également sans eau, sans électricité et sans chauffage mardi, a annoncé son président, Rouslan Stefantchouk.

« La température frôle les -20 °C et Poutine s’en sert pour briser la résistance, plonger tout le monde dans la dépression, créer de la tension dans la société », a dénoncé M. Klitschko auprès de l’AFP.

Pendant l’entretien, une alerte aérienne a retenti, avertissant d’un risque d’attaque sur Kiev.

Appel à quitter Kiev

Le 9 janvier, Kiev avait déjà subi une attaque russe, qui avait privé de chauffage 6000 immeubles, la pire attaque russe sur le réseau énergétique de la capitale ukrainienne depuis le début de l’invasion il y a quatre ans.

Son maire a réitéré son appel à quitter la ville, pour ceux qui le peuvent, pendant que les services ukrainiens s’acharnent à réparer les dégâts occasionnés aux infrastructures.

« Imaginez qu’il n’y ait ni électricité ni eau chez vous. Vous ne pouvez pas prendre de douche. Vos radiateurs sont froids. La situation est très critique », a résumé M. Klitschko.

Selon l’armée de l’air ukrainienne, 34 missiles et 339 drones ont été envoyés pendant la nuit contre l’Ukraine, avec la région de Kiev pour « cible principale ».

Pendant l’attaque, Mariana Kravtchenko, 42 ans, s’est réfugiée dans le métro avec son fils et son chat. « On a eu peur parce qu’il y a eu plusieurs explosions », raconte-t-elle. Ils n’ont pas dormi de la nuit.

« On est très fatigués, mais ça ira, on garde le sourire et on croit en la victoire », a dit à l’AFP cette employée d’un entrepôt.

« Violation claire des règles de la guerre »

D’autres régions ukrainiennes ont également subi des bombardements sur leurs sites énergétiques au cours de la nuit de lundi à mardi, notamment celle de Rivné (nord-ouest), où plus de 10 000 foyers se sont retrouvés sans courant, d’après l’administration régionale.

Les Nations unies ont déploré mardi ces « attaques à grande échelle » et répétées de la Russie. « On ne peut que les qualifier de cruelles. Elles doivent cesser. Viser des civils et des infrastructures civiles constitue une violation claire des règles de la guerre », a déclaré le haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk.

Le ministère russe de la Défense a affirmé que des industries militaires, des dépôts de munitions et « des infrastructures énergétiques et de transport » utilisées par l’armée ukrainienne avaient été bombardés.

La centrale de Tchernobyl a été reconnectée au réseau électrique ukrainien dans l’après-midi, a expliqué le directeur du site, Serguiï Tarakanov, tandis que d’autres centrales nucléaires ont été affectées, selon l’Agence internationale de l’énergie atomique.