Elle a toujours eu la fibre. « C’est un long cheminement, l’écologie ». Mais Corinne, 61 ans, l’admet, c’est après le départ du nid de la dernière de ses quatre filles qu’elle a pu tendre vers plus de sobriété. Il y a huit ans. La Nancéienne a commencé par se séparer de sa voiture. Quitte à effectuer son dernier déménagement à vélo… « J’ai bien transpiré ! » Bon, le deux-roues pour être honnête, elle l’a toujours privilégié pour ses déplacements. Mais sa « véritable prise de conscience », elle la fixe à 2008 et la sortie du documentaire écrit et réalisé par Jean-Paul Jaud, Nos enfants nous accuserons. Une claque pour celle qui depuis très longtemps déjà aimait fabriquer des trucs naturels, du pain, du vin avec des fleurs de sureau, qui cultivait un potager, triait bien avant l’heure… À la même époque, cette maquettiste de formation devient journaliste après une reconversion.
« À mon arrivée à la rédaction, je parlais décroissance et on me demandait si j’allais apporter des croissants, on me regardait un peu comme une extraterrestre, une douce illuminée. Voire on se moquait de moi. » Elle était juste pionnière. « Ce que me disent souvent mes enfants… Mais je suis une écoanxieuse en fait. Je m’excuse tout le temps auprès de mes filles de les avoir mises au monde ». Alors, petit à petit, elle a tout fait pour réduire son propre bilan carbone.
« Je ne me prive pas »
Elle ne s’habille plus qu’en seconde main, « dans des friperies plutôt que sur des sites en ligne », prend des douches minute, chauffe son appartement isolé au mieux à 17 °C, « sauf quand je reçois ». Elle chine ses meubles chez Emmaüs ou les récupère dans la rue, décore un ficus avec des objets en papier mâché fait maison à défaut de sapin pour Noël, mange local et bio un maximum… Autant de petits gestes qui ne lui coûtent pas, insiste-t-elle. « Je ne me prive pas, ce n’est pas une punition. On peut être sobre et heureux. Ce n’est pas la propriété ni la consommation qui embellit ma vie. Les relations humaines, c’est ce qui rend le plus riche à mes yeux. »
3,7 tonnes de CO2 par an
Pourtant, quand elle calcule son émission de CO2, elle est encore bien au-dessus du seuil à atteindre d’ici 2050 pour ne pas dépasser un réchauffement global de +1,5°C.
« Je suis à 3,7 tonnes par an, quand il faut viser 2 tonnes, et je ne vois pas sur quoi je pourrais rogner ». Elle l’avoue, elle a toujours un téléphone portable et un ordinateur, car c’est son outil de travail. « Aller au théâtre, au café, utiliser le train, les transports en commun, tout ce que je fais, ça fait monter la note… » Et pour l’instant, elle ne se voit pas renoncer à l’un ou l’autre de ces postes…
Son prochain acte sera de s’engager dans une association qui milite pour l’écologie. « Tout seul, à son petit niveau, c’est gentillet mais ça ne change pas le monde », soupire-t-elle.