Notes of a True Criminal, est un film documentaire écrit, réalisé et produit par Alexander Rodnyansky, Ukrainien de naissance. Projeté au festival international du film politique de Carcassonne, le film retrace à travers sa famille et des archives personnelles, l’histoire tragique de l’Ukraine depuis la Seconde Guerre mondiale jusqu’à l’invasion russe de 2022.
Vous avez été condamné par contumace à une peine de prison en Russie pour avoir pris position contre la guerre. Pourquoi avoir choisi ce titre, Notes of a True Criminal ?
Les notes d’un véritable criminel reflètent ma nouvelle réalité. Le titre, c’est une approche plutôt ironique parce que les Russes me considèrent comme un criminel. Comme je me suis opposé à la guerre, j’ai été condamné à huit ans et demi de prison en Russie. J’ai vécu vingt ans dans ce pays, j’ai produit les films russes les plus importants de ces dernières décennies.
Au début de l’invasion, le ministre russe de la Défense a publié un communiqué exigeant que Zelensky et moi soyons, comme il le précisait, rayés de l’agenda culturel russe. À cet instant précis, il devint évident que je devais partir. Le lendemain, un ami m’emmena.
Votre film, Notes of a True Criminal, est structuré par différentes époques et générations qui s’entremêlent. Vous racontez l’Histoire de l’Ukraine de manière autobiographique en prenant appui sur vos souvenirs et sur des archives d’événements majeurs filmés par vos parents, de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à l’invasion russe de 2022. Comment avez-vous trouvé cet équilibre entre votre récit intime et l’Histoire du pays ?
Je n’ai jamais cherché à raconter l’histoire de l’Ukraine. Ce film, en réalité, retrace toute ma vie, c’est donc un récit très personnel de la guerre. J’ai toujours essayé d’être très précis et de raconter l’histoire de toutes les générations de ma famille. Il ne s’agit pas seulement de mes parents et grands-parents, mais aussi de mon fils, qui vit en Ukraine et qui, à l’époque, était conseiller du président Zelensky.
À travers cet angle précis, j’expose la complexité et les destins qui s’entremêlent avec l’Histoire de ce pays. Je ne me contente pas de parler de tragédies, j’essaie aussi de nuancer le tableau pour donner une idée de la réalité, de ce qui se passe réellement.
À travers les allers-retours entre les époques, s’agit-il pour vous de démontrer un cycle, que l’Histoire se répète ?
L’idée du film repose en quelque sorte sur le principe de notes, car je voyage plus ou moins entre les époques. Le documentaire adopte une approche un peu déstabilisante, très inspirée par la logique de mes recherches personnelles plutôt que la chronologie des événements. Si vous regardez le film, vous verrez qu’il se déroule tantôt dans les années 90, tantôt aujourd’hui, ou encore en arrière.
Je voulais mettre en avant ce cercle infernal de violence et de guerres. C’est comme si cette terre était toujours marquée par tant de tragédies. L’histoire de ma famille est très semblable à celle de beaucoup d’autres, pour ne pas dire toutes.
Cela fait 31 ans que vous n’avez pas produit de documentaires, pourquoi cette absence ? Qu’est-ce qui vous a donné envie de reprendre ?
Lors du tournage de mon dernier documentaire, intitulé prématurément Adieu l’URSS, j’ai notamment filmé le retrait de l’armée soviétique d’Allemagne de l’Est. À l’époque, au début des années 1990, en observant les visages des soldats et des officiers, je me demandais s’ils rentraient chez eux ou s’ils partaient vers une nouvelle guerre. 30 ans plus tard, lorsque la guerre en Ukraine a éclaté, j’ai ressenti le besoin de comprendre ce qui s’était réellement passé, qu’était-il advenu de ces générations qui vivaient autrefois dans un même pays et qui, désormais, s’entretuaient avec une telle violence ? Ce film tente d’expliquer comment certaines circonstances historiques engendrent la haine et le meurtre entre les peuples.
Quelles sont ces circonstances qui font que les gens se détestent entre eux ?
C’est une conversation complexe, et chacun d’entre nous a sa propre lecture. En général, le sentiment d’appartenance à une tribu est lié à la séparation par des frontières, parfois virtuelles, qui fait que les gens se sentent très différents. Vous savez, l’éclatement de l’Union soviétique était particulièrement étrange, car les gens se sont retrouvés séparés du jour au lendemain. On nous a donné des passeports et nous nous sommes retrouvés citoyens de différents pays. On dirait que tous ces maux du passé sont toujours présents.