En sortant des rangs juniors, à l’âge où certains disputent leurs premières épreuves Élites chez les amateurs, l’un (Seixas) s’est classé dans le top 10 du Dauphiné, dans le top 15 de l’un des championnats du monde les plus difficiles de l’histoire et, surtout, sur le podium des championnats d’Europe, aux côtés de Pogacar et Evenepoel. Dans l’intervalle, un succès plein de maîtrise sur le Tour de l’Avenir dont il était le grand favori.

L’autre (Magnier), passé professionnel en 2023 par la petite porte d’une équipe continentale britannique (Trinity Racing), est devenu le premier tricolore à compiler autant de victoires depuis trois décennies : 19 (!), une de moins que le cannibale Pogacar, hors catégorie. Certes, il en a décroché plus de la moitié sur des courses de seconde zone, mais quand même.

« La saison de la progression »

Et maintenant ? « Pour tous les deux, ce n’est pas la saison de la confirmation, c’est celle de la progression », nuance Thomas Voeckler. Ce qui passe par du résultat haut de gamme. « Compte tenu de son domaine de prédilection (le sprint), gagner au niveau WorldTour sera plus accessible pour Magnier. Il n’a pas besoin de remporter 19 courses par saison, il doit gagner plus grand », ajoute le sélectionneur national. « Seixas, lui, devra être prêt le jour où Pogacar aura un coup de moins bien puisque c’est le seul coureur du peloton qui est imbattable », poursuit Voeckler qui n’a pas souvenir d’avoir assisté à l’émergence de pareils prodiges dans l’Hexagone.

Ancien coéquipier du Vendéen, devenu consultant pour la chaîne L’Équipe, Pierre Rolland, lui non plus, n’a jamais vu ça. « Dans un registre différent, on le sait, ce sont deux phénomènes. Ce qui m’a le plus impressionné chez Seixas, l’an dernier, c’est sa perf à Kigali (Rwanda) : franchement, être capable de ça sur un Mondial ultra-endurant de 270 bornes et destiné à des forçats qui ont des années de carrière derrière eux, ça parle ! La saison d’avant chez les U19, il disputait des courses de 120 kilomètres. De toute façon, à âge égal, personne n’a fait mieux », ajoute l’Orléanais, impatient de connaître la suite.

« C’est ça, la grande question… »

Pour Seixas, elle débutera, mi-février, sur les routes du Tour d’Algarve au Portugal. Avant les Strade Bianche, les Ardennaises, etc. « À présent, il doit répondre aux attentes, il doit s’affirmer. Je ne lui en voudrais pas s’il termine 2e du Tour de Catalogne et 2e du Tour du Pays basque derrière Pogacar, mais il a déjà le niveau pour jouer avec tous les autres. Le chemin à suivre, c’est celui de Del Toro (le Mexicain de 22 ans, 18 victoires en 2025) », estime Rolland qui, comme Voeckler, ne prête pas vraiment attention à l’âge du joyau lyonnais (il aura 20 ans en septembre). « Dans le vélo actuel, ça ne veut plus dire grand-chose. Ce qui compte, c’est ce qu’il a déjà mis en place pour atteindre ce niveau. C’est ça, la grande question : est-ce qu’il est déjà à 110 % ou est-ce qu’il possède encore une grosse marge de progression ? Est-ce qu’il fait un McDo par semaine ou est-ce qu’il est déjà optimisé ? Personnellement, je n’en sais rien. »

À l’inverse de Thomas Voeckler, qui estime que les deux options se défendent, Pierre Rolland n’est pas très chaud de voir Seixas s’aligner au départ du prochain Tour de France. « À mon sens, il doit seulement s’y présenter seulement s’il est capable de viser quelque chose d’important, minimum un top 5. S’il ne gagne qu’une étape, ce ne sera pas assez. Il doit prendre exemple sur Pogacar qui est monté sur le podium de la Vuelta (3e en 2019) avant de gagner le Tour, l’année suivante. Il ne perdra pas de temps à sauter une année ».

Rolland, grand fan de Magnier – né au Texas où son père travaillait comme chef de projet – a également hâte de voir la fusée de la Quick Step à l’œuvre. « Il passe les difficultés que les autres sprinters ne passent pas, il sait aussi sprinter à 80 km/heure, ça lui offre un tas de possibilités sur les classiques et les courses par étapes. Un coureur comme lui va gagner quinze courses chaque saison pendant dix ans ! ».