Le site de campagne Sarah Knafo, candidate Reconquête à la mairie de Paris, risque à nouveau de faire parler de lui. Après la polémique des messages racistes, ce sont désormais neuf visuels, censés illustrer des situations réelles prises dans les rues de Paris, qui soulèvent des questions.
En effet, ces « photos », qui sont supposées dépeindre des situations actuelles auxquelles la candidate entend apporter des solutions, ont toutes été générées par intelligence artificielle.
Des « avant-après » 100 % IA
Sur son site, Sarah Knafo propose de « créer le nouvel âge d’or de Paris » face au « déclin » de la capitale. Elle utilise pour cela l’« avant-après » : les internautes peuvent comparer, via un curseur, la situation actuelle avec la vision proposée par la candidate.
Si utiliser cette technologique pour les visuels « après » n’a rien d’étonnant, étant donné que ce sont des projets, les clichés « avant », censés montrer la réalité, interrogent. L’objectif de la candidate d’extrême droite est de dépeindre un Paris malheureux pour mieux promettre une « ville heureuse ». Quitte à déformer la réalité. Exemple avec quatre visuels.
Une fausse crèche
Pour illustrer son souhait d’une « ville habitable pour les familles », l’équipe de Sarah Knafo utilise en deux temps une scène. Celle d’une maman, un bébé dans ses bras, devant ce qui ressemble à une crèche municipale. Derrière l’inscription « Complet » de la crèche, des tonnes de papiers administratifs, un local éteint. Forcément, la mère de famille ne peut qu’être triste.
Cette image, comme toutes les autres, n’a rien d’une photo réelle. Crédit : unevilleheureuse.fr
Sauf que cette photographie n’a rien de réelle. D’abord, le logo de la Ville de Paris utilisé n’est pas le bon et sur le panneau de rue en haut à droite est écrit « Ville Paris », chose qui n’existe pas. Si la photo semble réaliste au premier abord, il n’en est rien.
Le mal-logement péniblement illustré
Autre image qui peut sembler tout à fait réelle, celle d’un couple se prenant la tête, assis face à une table, dans un appartement qui semble insalubre. Le logement a l’air sommaire, fourni que d’une table et de quelques chaises. Au centre, un ordinateur avec inscrit « Aucun bien à louer dans vos critères » et des documents administratifs autour.
L’appartement, les meubles, les occupants… Rien n’existe vraiment. Crédit : unevilleheureuse.fr
Là encore, l’IA a été utilisée. Le site Internet ouvert sur l’ordinateur ne ressemble à aucun qui existe, les textes écrits sur les feuilles posées sur la table sont incohérents et les sites de détection d’IA que nous avons utilisés doutent énormément de la véracité de cette image.
Un Arc de Triomphe (presque) parfait
Pour réclamer une ville propre, Sarah Knafo utilise une image prise au pied de l’Arc de Triomphe, avec au premier plan un feu rouge recouvert de bâches en plastiques et plusieurs détritus au sol. Derrière, deux personnes, dont une qui porte un masque sur le visage, traversent la chaussée.
Plusieurs indices démontrent que l’image a été générée par IA. Crédit : unevilleheureuse.fr
Pour déceler l’intelligence artificielle, mieux vaut zoomer. Car au premier abord, tout semble véridique. Mais les détails de l’Arc de Triomphe, notamment les bas-reliefs, ne sont pas exactement les mêmes que sur les photos réelles du monument parisien. Par exemple, celui de gauche représente une femme avec un ventre plus imposant qu’en réalité. Aussi, en fond, l’arche de La Défense a disparu. Enfin, le poteau au premier plan n’existe pas : le feu piéton ne correspond pas à la réalité, ni son socle.
Une station de métro imaginaire
Pour illustrer le sentiment d’insécurité, choix a été fait de prendre l’image d’une femme qui marche dans une rue sombre. Derrière elle, une bouche de métro de l’arrêt Barbès Rochechouart avec trois hommes à capuche en haut des escaliers.
Cette image est une mise en scène et ne représente en aucun cas une situation réelle. Crédit : unevilleheureuse.fr
Cette fois, l’analyse est rapide. Cette bouche de métro n’existe tout simplement pas. Des cinq accès à Barbès-Rochechouart, aucun ne correspond au visuel. Au-delà ce ça, le numéro de la ligne de métro à côté du nom de l’arrêt est encore une fois flou, et ne correspond en aucun cas aux lignes 2 et 4. Enfin, la rue est créée de toutes pièces. Aucun établissement intitulé « Bodega » n’existe autour de la station de métro.
L’équipe de Knafo assume totalement
Contactée, l’équipe de campagne de Sarah Knafo reconnaît parfaitement l’utilisation de l’intelligence artificielle. « Quand on a inventé la photo un journaliste a dû demander : Pourquoi vous n’avez pas engagé un artiste peintre pour votre affiche de campagne ?. Et quand on a inventé l’imprimerie : Pourquoi vous n’avez pas engagé des moines copistes pour vos tracts ? Pourquoi vous utilisez la technologie ? Parce que des génies l’ont inventée », nous répond-on.
« Sarah Knafo veut montrer sa vision sur ce que Paris sera en 2050. Donc, en effet, elle est la seule à présenter un programme de manière aussi moderne (…). Ni aux États-Unis, ni nulle part ailleurs, on a jamais vu un programme présenté ainsi, si responsive et adapté aux codes numérique », écrit l’équipe de la candidate.
Aussi, avant notre appel, la mention « Images générées par l’IA » n’était indiquée que sur la version mobile du site. Elle a ensuite été ajoutée sur la version classique, mais seulement sur le premier « avant-après ».