Une ressortissante germano-ukrainienne, accusée de renseigner l’ambassade de Russie en Allemagne sur l’aide militaire à l’Ukraine et l’industrie de défense allemande, a été arrêtée mercredi, selon Berlin, qui a reconnu l’implication aussi d’ex-responsables de la Bundeswehr.

Ce dossier s’ajoute à longue liste des opérations de renseignement, de désinformation et de sabotage que les autorités allemandes attribuent à Moscou, dans le cadre de sa « guerre hybride » présumée contre les Etats européens aidant l’Ukraine à résister depuis bientôt quatre ans face à l’armée russe.

La suspecte, identifiée comme étant Ilona W., est accusée par le parquet d’avoir « rassemblé des informations sur les participants à des événements politiques de haut niveau et cherché des renseignements sur des sites de l’industrie de l’armement, des essais de drones et des livraisons prévues de drones à l’Ukraine ». Toujours selon ce communiqué, cette collaboration remonte à au moins novembre 2023.

Un carnet d’adresse garni

Peu après l’annonce, un porte-parole du ministère allemand de la Défense a souligné que cette femme était soupçonnée d’avoir transmis à l’ambassade des informations obtenues auprès d’anciens responsables de l’armée allemande, un ex-officier d’état-major récemment parti à la retraite, et un ancien haut fonctionnaire ayant quitté l’armée il y a 15 ans. Les deux hommes, laissés en liberté, font encore l’objet d’une enquête pour établir si c’était « sciemment » qu’ils renseignaient la Russie. Des perquisitions ont eu lieu dans le Brandebourg (est), en Rhénanie-Palatinat (ouest) et à Munich (sud).

Par ailleurs, Ilona W. aidait, selon le parquet, son officier traitant russe à « se rendre sous une fausse identité à des événements politiques à Berlin afin d’y établir des contacts utiles pour les services secrets ». Selon le magazine allemand der Spiegel, la suspecte disposait d’un carnet d’adresses garni car elle avait occupé des fonctions dans une association pour la coopération internationale de Berlin bien implantée dans le monde politique et des affaires.

D’après cette revue, l’ex-fonctionnaire allemand soupçonné a travaillé jusqu’en 2018 sur l’équipement de l’armée en drones et était devenu un consultant enregistré parmi les lobbyistes à la chambre basse du Parlement. L’ex-officier était quant à lui jusqu’à sa retraite en poste au ministère de la Défense. Le Spiegel, qui ne cite pas ses sources, affirme que l’agent traitant d’Ilona W. était membre du renseignement militaire russe (GRU) mais travaillait officiellement en tant qu’attaché militaire à l’ambassade.

L’Allemagne, le principal soutien européen à l’Ukraine, se dit la cible d’une incessante campagne d’espionnage, de sabotage et de désinformation orchestrée par la Russie. « La menace de l’espionnage russe est réelle » et oblige la démocratie allemande à renforcer sa « résilience », a réagi mercredi la ministre de la Justice Stefanie Hubig. Le gouvernement de Friedrich Merz, arrivé aux commandes au printemps 2025, a fait de la reconstruction de l’armée et de ses infrastructures une priorité, notamment pour faire face à la menace russe.